Journal de l'économie

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Cécile Duflot, lobbys autour des gaz de schiste et « petites » approximations éoliennes





Le 30 Janvier 2014, par

Interviewée ce matin 30 janvier sur France Info, la ministre du logement Cécile Duflot s’est exprimée sur la volonté d’Arnaud Montebourg de relancer les recherches pour une exploitation « propre » des gaz de schiste.


"La question est de savoir ce qu'on fait. Et ce qu'on fait c'est ce qu'a dit le président de la République. C'est à dire qu'il n'y a pas d'exploitation, pas d'exploration de gaz de schiste. En même temps, je pense qu'il faut arrêter cette sorte de provoc' régulière..." »

(Crédit photo : Fab5669/wikimedia.org)
(Crédit photo : Fab5669/wikimedia.org)
En l’état actuel des connaissances techniques et scientifiques, il n’existe pas d’autres méthodes pour l’exploitation du gaz de schiste que la fracturation hydraulique. Compte tenu des dégâts déjà observés sur l’environnement, dans les pays mettant en œuvre cette méthode, il n’est tout simplement pas envisageable de procéder de la sorte. Les retombées économiques éventuelles ne valent pas les dommages sur l’environnement, aujourd’hui attestés : pollution des sols et des nappes phréatiques, risques sismiques, consommation abyssale d’eau combinée à l'injection de centaines de produits chimiques… Pour autant faut-il fermer la porte au débat, en se réfugiant derrière la position du gouvernement ? Nos échecs actuels à extraire « proprement » du gaz naturel contenu dans les roches de schiste signifient-ils que nous échouerons toujours ?

Les investissements de recherche et développement que la ministre appelle de ses vœux peuvent aussi porter sur la meilleure manière d’utiliser les gaz de schiste, sans dommage pour l’environnement. Rien ne dit qu’une telle chose soit possible, mais rien n’interdit non plus de se poser la question. Il est tout à fait légitime de dénoncer des lobbys qui souhaitent l’exploitation des gaz de schiste selon les méthodes actuellement maitrisées. Mais cette opposition, pour légitime qu’elle soit, s’appuie elle-même sur d’autres lobbys : mouvements écologistes, associations locales, ONG… La dénonciation des « provoc’ régulières » de certains lobbys est un argument un peu faible, sachant que des ONG écologistes se sont faites une spécialité des opérations de provocation, comme lors des intrusions dans les centrales nucléaires. A ceux qui accusent leur adversaire d’utiliser les mêmes méthodes, on serait tenté de répondre que « c’est de bonne guerre ».

« Des pays comme le Danemark aujourd’hui sont capables d’assurer 100% de leurs besoins en électricité par la production éolienne ».

Champs d'éoliennes offshore de Middelgrunden, dans l'Øresund (Photo by Kim Hansen)
Champs d'éoliennes offshore de Middelgrunden, dans l'Øresund (Photo by Kim Hansen)
La ministre a raison de rappeler que la transition énergétique vise à nous faire abandonner l’usage des énergies fossiles, et que le recours aux gaz de schiste pourrait nous éloigner de cet objectif. Néanmoins, en attendant que nous puissions tirer 100 % de nos besoins énergétiques à partir des énergies renouvelables, le gaz naturel (et donc aussi le gaz de schiste) constitue l’une des alternatives de transition les plus intéressantes : grande disponibilité, excellent rendement, émissions de CO2 réduites (par rapport au fioul et au charbon) et faible coût. Car s’il y a une chose sur laquelle les écologistes ne s’attardent pas, c’est sur le coût de cette transition énergétique, et les conséquences sur les tarifs de l’électricité d’origine renouvelable. Seuls les progrès techniques et la recherche permettront en effet dans un proche avenir de réduire considérablement ces coûts et de rendre ces énergies compétitives.

Pour illustrer son propos, la ministre évoque l’exemple de Danemark, il est vrai bien plus avancé que nous dans le recours aux énergies renouvelables. Pour autant, le Danemark n’assure pas 100% de ses besoins en électricité avec l’énergie éolienne, loin de là. Selon Eurostat, en 2011, 36 % de la production d’électricité a pour origine des sources renouvelables (incluant l’éolien, le solaire, la biomasse, la géothermie…), en augmentation notable de 50 % en seulement 7 ans. Mais la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie ne dépasse pas 25%. En avril 2013, la part de l’éolien seul dans la production d’électricité était estimée à 20%. Il est peu probable que cette production, déjà considérable, ait été multipliée par cinq en quelques mois.

Il est vrai que le Danemark a considérablement réduit sa consommation d’énergie fossile, avec l’objectif de s’en passer totalement d’ici 2050. La confusion de la ministre peut provenir de quelques exemples danois très médiatisés : certaines régions comme l’île de Samsø, ou encore la ville de Thisted sont en effet très proche de l’autonomie énergétique.

Peu de pays font autant d’effort que le Danemark en termes de transition énergétique. Mais ces exemples isolés ne sont pas encore généralisables à l’ensemble du pays, et les 100 % d’électricité d’origine éolienne ne sont pas pour demain. Par contre, il ne faut pas négliger le fait que les motivations du Danemark sont peut-être plus économiques qu’écologiques. Dans un autre domaine rappelons que le Danemark a autorisé l’exploitation de l’uranium et des terres rares présents dans les sols du Groenland, au grand dam de toutes les organisations écologistes.


Grégoire Moreau
Journaliste et blogueur, je me suis fait avec le temps une spécialité des questions techniques et... En savoir plus sur cet auteur


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