Journal de l'économie

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Contestation : Le pouvoir craint une conjonction des mouvements d'opposition





Le 4 Novembre 2013, par

Manif pour tous, révolte fiscale, affaiblissement de l'autorité de l'Etat : le gouvernement craint de voir les nombreux mouvements d'opposition à sa politique fusionner en un vaste mouvement déterminé à le faire tomber.


Contestation : Le pouvoir craint une conjonction des mouvements d'opposition
Les politologues appellent cela la "coagulation". Lorsque dans un pays, des mouvements d'opposition au pouvoir en place surmontent leurs divergences et fusionnent leurs actions pour obtenir sa chute, c'est qu'un point de quasi non-retour est atteint. Une nouveauté en France ? Que nenni : en 2002, l'élection de Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen, plébiscité par 83 % des suffrages, en est un exemple "extrême".

Plus récemment, l'élection du candidat du Parti socialiste, François Hollande, soutenu par un aréopage de mouvements politiques, dont certains très éloignés du programme électoral du PS, réunis pour l'occasion sous la bannière de l'anti-sarkozysme, allant même jusqu'à s'offrir une prise de choix en la personne de François Bayrou, prouve s'il en était que l'adage "la fin justifie les moyens" a toujours court de nos jours, y compris en politique. 

Le double recul, à quarante-huit heures d'intervalles, sur la taxation rétroactive des produits d'épargne, puis sur l'écotaxe, prouve que le pouvoir en place, soit manque cruellement de logique et de courage politique, soit, craint que la situation ne lui échappe totalement. Au début de l'année, déjà, lors des grandes manifestations contre le mariage homosexuel, le ministère de l'Intérieur avait du jeter les dernières réserves de gendarmes mobiles et de CRS dans la bataille, en supprimant toutes les permissions possibles et en annulant nombre de manifestations sportives pour pouvoir employer les forces de sécurité qui leur sont normalement affectées à la sécurisation de Paris et de ses points sensibles.

Mais une fois la loi Taubira adoptée, promulguée dans la précipitation, sans l'ombre de l'esquisse d'un début de dialogue ou de concertation, le but recherché, démobiliser les anti-mariage gay, semblait avoir été atteint. C'était sans compter avec la détermination d'un socle d'opposants qui se sont radicalisés au cours des derniers mois. Le succès des "veilleurs", qui attirent plusieurs dizaines de milliers de personnes un peu partout en France depuis bientôt six mois, malgré les vexations policières - arrestations illégales, intimidations verbales- en est une preuve. L'apparition, lors des manifestations de ce week-end à Quimper, de manifestants portants des drapeaux ou des sweat-shirts de la manifpourtous en est une autre.

Désormais, les ex-RG font remonter quotidiennement des notes au ministère de l'Intérieur et à l'Elysée attestant que l'impopularité record dont souffre François Hollande réunit tout ce que le pays comporte de contestations et de contestataires dans un même mouvement, qui ne demande plus qu'à s'étendre sur tout le territoire. Les conseillers du château ont en tête l'explosion de la place Taksim, en Turquie, ou des centaines de milliers d'opposants ont affronté les forces de l'ordre pendant des semaines sous le regard des caméras occidentales. 

Si des manifestants venaient à s'en prendre à des symboles du pouvoir, d'abord en province, ensuite, à Paris, le chef de l'Etat n'aurait plus d'autre cartouche à tirer que le limogeage du Premier ministre et de son gouvernement. Mais, à la différence du limogeage de Necker par Louis XVI le 11 juillet 1789, qui déclencha la révolution que l'on sait, Necker étant apprécié des Français, il y a fort à parier que le limogeage de Jean-Marc Ayrault ne suscitera aucune indignation. C'est plutôt la désignation de son successeur, et de son équipe, qui sera l'objet de toutes les attentions… et source de tous les dangers. 


Jean-Baptiste Giraud
Jean-Baptiste Giraud est journaliste économique, passé par Radio France, BFM, LCI, TF1 et... En savoir plus sur cet auteur


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