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Eric Jacquemet: "L’international est source d’opportunités pour les ETI françaises"

Entretien avec le président du groupe Sarbec Cosmetics





Le 15 Décembre 2015, par La Rédaction

Frileuses les ETI tricolores? Ces dernières représentent plus de 30% des exportations françaises. Eric Jacquemet est président du groupe Sarbec Cosmetics, une ETI qui a su s’imposer à l’international. Le dirigeant, auteur d’un ouvrage de référence « L’homme au cœur de l’entreprise », a accepté de nous livrer les clefs de la réussite du groupe présent dans 115 pays. Réputé pour son engagement envers la bonne gouvernance, ce membre du conseil de surveillance de Geodis, nous livre sa vision du marché de la cosmétique et plus largement son expérience de manager.


Eric Jacquemet, président du groupe Sarbec Cosmetics
Eric Jacquemet, président du groupe Sarbec Cosmetics

De plus en plus d’ETI françaises visent l’international. Est-ce une stratégie complexe à mettre en œuvre pour ce type d’entreprise ?

L’international est source d’opportunités pour les ETI françaises qui ont tout à gagner à exporter leur savoir-faire. A partir du moment où le savoir-faire est solide, pourquoi ne pas viser l’international ? Néanmoins, cette stratégie mobilise des ressources et des compétences conséquentes. De plus, elle demande du temps et donc de la patience afin de pénétrer des nouveaux marchés. Je l’ai constaté notamment avec notre marque Corine de Farme. Si la marque est aujourd’hui présente dans près de 60 pays, c'est que l'entreprise a eu assez tôt une vision internationale et a su se doter de compétences afin d’amorcer ce développement.
 
De plus, viser assez tôt l’international, permet à une ETI de véritablement s’intégrer à un marché, d’en observer les spécificités pour mieux se différencier comme proposer des produits adaptés aux habitudes locales. Preuve supplémentaire qu’une ETI peut conquérir l’international, nous avons acquis la licence Brumisateur et commercialisons le Brumisateur Evian partout dans le monde. Aujourd’hui, Sarbec Cosmetics effectue près de 50% de notre chiffre d’affaires hors France.
 

Justement, les besoins en cosmétiques sont différents que l’on soit une femme asiatique, européenne ou américaine. Au-delà du marketing, comment proposer des produits adaptés à chaque marché ?

Chaque pays possède ses spécificités de consommation. C’est très vrai dans l’alimentaire comme dans la cosmétique. L’enjeu pour Sarbec Cosmetics et en particulier pour la marque Corine de Farme, est de proposer des produits adaptés au plus grand nombre et ce, grâce à une bonne connaissance des spécificités pays et des circuits de distribution sur les différents marchés. En Asie, les femmes suivent une routine de soins très sophistiquée qui utilise près de 6 produits de toilette et de soin avant le maquillage. La femme européenne, quant à elle, recherche plus de praticité et une routine plus simple.Aujourd’hui nous sommes capables de développer des produits destinés à l’ensemble des pays comme des références spécifiques qui répondent à des besoins bien précis.

Au-delà du marketing, il s’agit donc d’innover, ce que nous faisons grâce à notre laboratoire de R&D. Dans un contexte globalisé et interconnecté, les femmes sont également curieuses de découvrir de nouveaux gestes comme le layering, cette routine japonaise qui consiste à superposer les couches de cosmétiques et qui séduit de plus en plus de Françaises. Notre dimension internationale nous permet alors d’enrichir notre gamme et de proposer de nouvelles habitudes beauté et soin.
 

Corine de Farme se positionne sur un segment naturel et 100% made in France. Elle est également présente dans 60 pays. Est-ce à dire que ces arguments séduisent les consommatrices étrangères ?

Corine de Farme illustre l’ADN de notre marque : ce territoire du naturel est investi depuis trois générations à l’instar de notre dernier concept l'Homéo-Beauté végétale. Cette innovation permet d’apporter la juste dose de plantes et de fleurs purifiées. Pourquoi purifié ?  Car tout ce qui est dans la nature n’est pas forcément bon, il y a beaucoup d’allergènes. Nous avons une volonté de développer des produits naturels, sans conservateur et hypoallergéniques. Ces arguments séduisent particulièrement les mamans en France comme à l’étranger où nous sommes leader sur les gammes bébé. Le fait que nous concevions, produisions et commercialisions nous-même nos produits apporte une caution unique à nos clients.

De plus, le savoir-faire français est très apprécié des consommateurs étrangers car gage de qualité. C’est une belle récompense pour notre marque et la cosmétique made in France. Nous sommes engagés et fiers des produits que nous fabriquons en France. Ces deux arguments sont des arguments forts face à la concurrence forte qui existe sur le marché. A condition qu’il ne s’agisse pas d’un simple positionnement marketing mais d’incarner une conviction profonde.
 

Quels sont selon vous les nouveaux marchés de la cosmétique qu’il reste à conquérir ?

Le marché mondial de la cosmétique est estimé aujourd’hui à plus de 180 milliards d’euros et connait un développement régulier depuis les dix dernières années. Cette croissance s’explique en partie par les classes moyennes qui émergent dans les nouveaux marchés. De plus, la part des consommateurs utilisateurs de cosmétiques, femmes comme hommes, ne cesse d’augmenter. Ces derniers sont à la recherche de produits toujours plus innovants ce qui laisse présager un dynamisme dans le secteur dans le futur. Et aujourd’hui, il existe une diversité croissante dans les aspirations et les conceptions de la beauté.

Corine de Farme surfe sur ces tendances et cherche autant à développer sa position en Europe que dans les pays émergents. Nous avons la chance formidable d’être entourés d’opportunités ! Corine de Farme est implantée dans 60 pays. Nous venons d’ouvrir des bureaux à Jakarta et à Ho Chi Minh car un développement fort s’opère sur le front asiatique. J’ai à cœur de consolider cette position et d’aller chercher des nouvelles parts de marché dans les pays où nous sommes déjà bien implantés. Nous partons chaque jour à la conquête de nouveaux marchés avec l’ambition forte de développer  nos marques.
 
 

Les entreprises familiales occupent de plus en plus le terrain international. Cette gouvernance est-elle, selon vous, un atout dans votre développement à l’international ?

Nous sommes le premier groupe français familial indépendant fabricant des cosmétiques. J’insiste bien sur « familial » car cela fait partie de notre ADN. Il est évident que notre totale indépendance financière nous a permis de mettre en place une stratégie de développement à long terme et de nous internationaliser rapidement. Dans le domaine de la cosmétique, la confiance est indispensable. Aussi, nous nous efforçons de maintenir depuis trois générations des standards élevés de qualité pour nos produits. Cette dimension est renforcée par notre gouvernance familiale. Car derrière Sarbec Cosmetics il y a un nom, une famille, une équipe qui portent des valeurs et une identité forte. C’est la force des entreprises familiales : nous nous engageons et incarnons notre entreprise. C’est un atout pour nous implanter sur un nouveau marché vis-à-vis de nos partenaires qui voient dans les entreprises familiales, un acteur responsable.
Et cette dimension est également plébiscitée par les consommateurs, car ils entendent donner du sens à leurs achats.
 

Présider un groupe international, implique de nombreuses responsabilités. Comment faites-vous face à ces exigences ?

Je suis entouré d’une équipe et j’ai toujours eu la chance dans ma carrière d’avoir à mes côtés les bonnes personnes pour réaliser mes rêves. Par ailleurs, j’ai toujours occupé des fonctions qui m’ont permis de prendre du recul et d’apporter mon expérience dans différents domaines. Je crois au rôle du manager : celui qui développe les compétences de ses collaborateurs.

J’ai gardé un lien fort avec la logistique ce qui est assez précieux dans mon activité aujourd’hui. Concevoir des produits est une chose, mais ces produits doivent arriver à nos clients dans les meilleures conditions et avec des prix maîtrisés. Le coût de transport et l’optimisation des flux sont alors déterminants. Il s’agit d’optimiser les transports et de proposer des formats les plus compacts possibles. Cette approche pluridisciplinaire invite également à être plus pragmatique. Et ce pragmatisme permet tant de réaliser des économies que d’agir en faveur de l’environnement.
 

Éric Jacquemet est né en juillet 1963.

De 1999 à 2004 il a été Directeur général de Jet Services et a occupé par la suite le poste de Président de TNT Express France (2004-11). Il a piloté le rapprochement entre Jet Services et TNT Express France. Depuis 2011, Éric Jacquemet a repris le poste de Président opérationnel du groupe de cosmétique SARBEC. Depuis 2014, Éric Jacquemet siège au conseil de surveillance de GEODIS.





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