Journal de l'économie

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La situation des PME françaises décortiquée par des patrons





Le 7 Mars 2014, par La Rédaction

En 2013, le nombre de faillites d’entreprises s’élevait à plus de 63 000 (1). Et les plus touchées sont les plus petites, TPE et PME en tête. Dans ce contexte préoccupant, quel regard portent les patrons de PME sur la situation de leurs entreprises et leur rôle dans l’économie ?


Une vision commune de la place centrale des PME dans l’économie

Les patrons de PME partagent avant tout une vision commune de leur rôle au sein de l’économie française. En effet, les PME représentent 99,9% des entreprises en France, pour 52% de l’emploi salarié et 38% du chiffre d’affaires global (2). Mais surtout, ce sont elles qui créent le plus d’emplois : au niveau de l’Union européenne, entre 2002 et 2010, elles sont à l’origine de 85% des emplois créés. En France, l’ordre de grandeur est similaire.

Et c’est pourquoi les patrons de PME sont bien conscients de leur fonction essentielle dans la reprise : « ce sont les PME qui créent des emplois au niveau national », rappelle Dominique Amirault, dirigeant dans le milieu de l’agro-alimentaire et président de la Feef, qui regroupe 600 PME. Il ajoute : « les entrepreneurs de PME […] sont les starters de la reprise ! ». Ces patrons estiment donc qu’il est vital de protéger les PME et de favoriser leur développement, afin qu’elles puissent sans obstacle passer au stade d’ETI (entreprises de taille intermédiaire), qui manquent pourtant cruellement au paysage économique français. Car, « ce sont ces ETI qui sont au contact des marchés et des besoins émergents. Ce sont également elles qui créent le plus d’emplois sur le territoire national. Elles représentent notre avenir », affirme Jean-Michel Germa, le fondateur de la Compagnie du Vent, ETI spécialisée dans les énergies renouvelables.  

Un regard pessimiste sur leur situation actuelle

Conscients de l’importance de leurs entreprises dans le tissu économique national, les patrons de PME sont aussi globalement préoccupés par leur situation. Selon le dernier baromètre IFOP pour la CGPME et KPMG (3), près de 9 patrons de PME sur 10 sont inquiets de la situation économique, et plus de la moitié d’entre eux le sont pour leur activité dans les mois à venir. Et selon le dernier baromètre Ipsos pour Agefos PME, ils ne sont que 16% à anticiper une hausse de leur activité pour 2014.

Plusieurs causes expliquent ce pessimisme. La crise, d’abord, qui a des conséquences tant sur les carnets de commande que sur l’accès aux financements, et donc sur les capacités d’investissement. Beaucoup soulignent les difficultés qu’ils ont à obtenir des fonds pour développer leur activité, et effectivement, les investissements réalisés par les PME ne représentent que 23,2% des investissements des entreprises en France (4). Les problèmes de trésorerie représentent aussi une vraie menace pour leur survie, alors même que les délais de paiement, dans les faits, s’allongent dangereusement. Pierre Pelouzet, le médiateur des relations inter-entreprises, le souligne : « endémiques, les retards de paiement expliquent encore et toujours 25% des défaillances d’entreprises. ». Mais il ajoute aussi : «  Les abus de position dominante, qui se traduisent par exemple par du racket au CICE, des ruptures unilatérales de contrat ou du pillage de la propriété intellectuelle sont encore trop souvent signalés ».

Il souligne ainsi une autre problématique dénoncée par les patrons de PME : leurs relations avec les grands groupes. Frédéric Motte, le dirigeant de Cedrès Industrie, un regroupement de PME de sous-traitance industrielle, s’en exaspère : « en France, on tue les PME. Celles qui s’en sortent et grossissent sont rachetées par les groupes. Les autres sont étouffées ».  Cet abus est également dénoncé aussi par Jean-Michel Germa qui pointe les risques de l’absorption des PME par les grands groupes dans le contexte juridique actuel : « en France, avec 51% du capital d’une PME, un grand groupe peut ainsi disposer comme bon lui semble de cette entreprise sans qu’il soit réellement possible de le dissuader de faire régner le loi du plus fort ». Une crainte donc pour les PME, qui « est à l’évidence néfaste pour le tissu entrepreneurial français puisqu’elle a conduit à son atrophie et une perte considérable de sa diversité ».

Et de façon plus générale, les patrons de PME se montrent particulièrement critiques à l’égard du contexte législatif et fiscal qu’ils subissent, dans un environnement très mouvant, non favorable à des stratégies de moyen et long terme. Fiscalité excessive, textes juridiques incompréhensibles et difficiles à mettre en œuvre, paperasse démesurée sont autant de travers régulièrement dénoncés.

Des pistes d’évolution

Les patrons de PME sont néanmoins porteurs d’idées pour améliorer la situation de leurs entreprises. Beaucoup proposent ainsi une refonte et un allègement de la fiscalité, assortie d’un vrai projet de simplification administrative. Pour Jean-Michel Germa, rejoint par plusieurs chefs d’entreprises et parlementaires de tous bords politiques, il faut également une loi pour protéger les intérêts propres des PME en cas de prise de participation par un grand groupe – comme c’est le cas en Allemagne où les actionnaires majoritaires doivent dédommager les PME en cas de décision qui leur serait nuisible. Pour d’autres, comme Dominique Amirault, il faut aussi travailler à l’élaboration d’un Small Business Act à la française, en réservant, comme aux Etats-Unis, certains marchés aux PME.

Tous en tout cas affichent un objectif commun : retrouver toute latitude pour pouvoir jouer leur rôle en tant que moteur de la croissance.
 
(1) Selon l’étude Altarès : http://www.altares.fr/index.php/publications/etudes-altares/defaillances-dentreprises
(2) Données du ministère de l’Economie et des Finances : http://www.economie.gouv.fr/cedef/chiffres-cles-des-pme
(3) http://www.kpmg.com/fr/fr/issuesandinsights/articlespublications/press-releases/pages/19eme-barometre-kpmg-cgpme.aspx
(4) Selon une étude KPMG publiée en 2012 : http://www.kpmg.com/FR/fr/IssuesAndInsights/ArticlesPublications/Documents/Evolution-des-PME-depuis-10ans-2012.pdf



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