Journal de l'économie

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Claude Chinardet : « Une nouvelle France pour demain »





Le 3 Juin 2022, par Bertrand Coty interview

Claude Chinardet est docteur ès sciences économiques de Paris, diplômé de Sup de Co du Havre, certifié administrateur des sociétés de l’Ifa/Sciences Po.
Il a occupé des fonctions de direction commerciale et marketing dans des multinationales et des PME de produits alimentaires. Il est aujourd’hui conseil aux entreprises.
Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « Le Piège », paru en 2013, aux éditions Maxima.


Claude Chinardet
Claude Chinardet
Claude Chinardet, vous écrivez dans votre ouvrage publié aux éditions du Panthéon, « Une nouvelle France pour demain », un ouvrage qui questionne l’avenir. Quelles contradictions essentielles la crise sanitaire a-t-elle révélées selon vous ?  

De mon point de vue, en voici les principales :

- les opinions des citoyens et des experts (particulièrement  relayées par les médias pendant les confinements), sans cesse développées, en rupture avec les positions des représentants élus du peuple,

- la performance de l’efficacité de notre système de santé n’est pas en adéquation avec le poids et l’évolution des dépenses publiques ; être le pays qui dépense le plus d’argent à ses dépenses de santé à l’hôpital (11,5 % du P.I.B. contre 11 % en Allemagne avec un reste à charge pourtant plus important), mais être le pays d’Europe qui paie le moins bien ses soignants,

- découverte de l’inexistence d’une commission « Santé » au niveau de l’Union européenne, la santé publique relevant, pour l’essentiel, de la compétence des États membres de l’Union européenne,

- notre liberté (pourtant essentielle) de se déplacer, etc. a été mise à mal brutalement et sanctionnée si nécessaire, pendant le confinement pour lutter contre la pandémie,

- revendiquer la liberté individuelle et la flexibilité, mais continuer d’assouvir la bureaucratie avec trop de lois et de réglementations,

- on cherche à réduire les inégalités (redistribution  des revenus, défense des minorités, etc.). Pourtant le numérique (encore indisponible pour certains citoyens) et le télétravail (non adapté à toutes les fonctions de l’entreprise comme la production sur site) accroissent les inégalités,

- le rôle d’un gouvernement et de prévoir et d’anticiper les crises (« Prévoir, c’est diriger »), ce qui n’a pas été le cas avec le manque de masques, matériel médical nécessaire, etc. pourtant le principe de précaution est inscrit dans notre constitution,

- clamer notre souveraineté, mais laisser notre industrie se délocaliser au risque de manquer de médicaments, de produits stratégiques, etc.

- sacraliser notre État Providence, avec des charges et impôts parmi les plus importants d’Europe, mais chercher à maîtriser notre compétitivité pour mieux exporter,

- faire l’apologie de la décentralisation, mais ne laisser aux territoires que 20 % des dépenses publiques, alors que la moyenne européenne se situe à 31 %,

- perdurer l’exploitation du charbon et des pesticides alors que nous souhaitons rendre plus verte la planète (accords de Paris),

- faire l’euro et laisser les 27 pays construire des politiques budgétaires et fiscales différentes,

- réduire le poids de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité, mais vouloir lutter contre le réchauffement climatique alors que les centrales nucléaires n’émettent que peu de CO2 (CONTRADICTION qui a été éliminée avec le Président Macron fin 2021),
 
Quelle est votre évaluation des effets supplémentaires du conflit en Ukraine ?

Ce dernier a eu pour conséquence de resserrer les liens entre les pays de l’Union européenne (accords sur l’embargo des produits de la Russie),

Il a permis la prise de conscience du besoin de réajuster les budgets de la défense (un peu moins de 2 % du PIB en 2022 contre 3,80 % du PIB sous Pompidou).

Une autre prise de conscience s’est révélée, celle de notre dépendance énergétique (pétrole, gaz, etc.) et en matières premières agricoles, versus des pays « autocratiques, non surs » comme la Russie et la Chine. Nous avons clamé notre souveraineté, mais été obligés de rechercher de nouvelles sources d’approvisionnement pour le blé (l’Ukraine= le grenier de l’Europe) et énergétique comme le pétrole et le gaz (sanctions contre la Russie).

La prise de conscience que l’Occident (Europe + USA) est bien réelle, il ne peut pas imposer son modèle démocratique aux autres pays de la planète, contrairement à ce qu’il a pensé après la chute du mur de Berlin en 1989.
 
Dans ce contexte, quelles sont pour vous les priorités d’une réorientation politique ?

Il s’agit de retrouver notre souveraineté en matière économique et industrielle sur des secteurs définis comme stratégiques (électronique, numérique, hydrogène, produits pharmaceutiques, etc.) et pour cela plusieurs actions doivent être menées :

- réorganiser le monde des médias et des réseaux sociaux : la liberté de parole doit pouvoir s’asseoir sur des faits réels et non pas sur des souhaits ou des idéologies,

- redonner du pouvoir aux patrons à l’hôpital : rééquilibrer la relation entre les actes médicaux et chirurgicaux d’une part et celui des affaires administratives et de gestion d’autre part. Il s’agit de recréer une gouvernance à l’hôpital, qui motive les équipes de soignants (pas uniquement sur les salaires) et d’arrêter de juger la performance des hauts fonctionnaires des ARS, par exemple, uniquement sur l’équilibre des dépenses et des recettes,

- l’Éducation nationale est une priorité également. Il faudrait revenir à plus de méritocratie, réévaluer le poids des sciences et mathématiques dans le cursus scolaire,

- Pour les retraites, introduire dans notre système par répartition une dose de capitalisation ne serait pas un mal.
 
Nos démocraties sont ébranlées avons-nous des raisons de rester optimistes ?

Oui, si nous arrêtons de détricoter les institutions du V ème République, et revenons aux fondamentaux, notamment l’article 3 de la constitution : « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par voie de référendum »,
par ailleurs,

- c’est le premier ministre qui gouverne et non le président de la République dont le rôle est d’arbitrer et diriger les armées, mais cela a été réellement appliqué uniquement pendant les trois cohabitations Mitterand / Chirac, Mitterand / Balladur et Chirac / Jospin),

- la durée du mandat du président de la République ne devrait pas être identique dans la durée à celle d’une législature,

- la représentativité des élus du peuple à l’assemble nationale, devrait se restructurer avec une dose de proportionnelle et une répartition des candidats à la députation par professions (indépendants, artisans, commerçants, cadres, agriculteurs, etc.) au niveau de chaque parti politique (sinon, par métier au Conseil économique, social et environnemental reformaté),

- Il faudrait réutiliser le référendum comme outil de décision pour les grandes causes sociétales, et retrouver la confiance du peuple en arrêtant de ne pas suivre les décisions du peuple (avec par exemple le traité de Lisbonne pour contrer les résultats du référendum pourtant négatif du 29 mai 2005 sur le projet de constitution européenne ou celui du projet d’aéroport du grand ouest de Notre-Dame des Landes accepté par consultation locale en 2016 et abandonné par le gouvernement d’Édouard Philippe le 17 janvier 2018),

- diminuer le nombre de textes de loi en supprimant d’anciens (2 suppressions pour un nouveau) et systématiser des décrets d’application à toute nouvelle loi,

- faire appliquer les peines tout en reconsidérant le droit pénal,

- le Conseil d’État et le Conseil Constitutionnel ne devraient pas non plus se transformer en ministre de l’Intérieur bis ou en Parlement bis !

- Pour l’Europe, il faudrait revisiter certains traités pour construire une Europe davantage basée sur les États-nations, avec des cercles d’implication différents des pays suivant les sujets à traiter et sans mutualisation des différentes dettes.

Ainsi, la France serait mieux armée pour affronter un futur semé de difficultés.
 
 




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