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Coronavirus : les maires face à la crise





Le 25 Mai 2020, par La Rédaction


La France vit dans l’incertitude depuis deux mois. Le déconfinement n’y change rien, car déjà il se dit qu’un reconfinement pourrait avoir lieu en cas de nouvelle poussée épidémique. Une majorité de Français ne fait pas confiance au gouvernement et ils se tournent instinctivement vers les collectivités locales et tout d’abord leur mairie afin de traverser le moins mal possible cet épisode sanitaire hors-normes. Les mairies sont particulièrement actives et visibles sur le terrain à l’image de celle de Paris qui fait de la gestion de crise un argument politique pour les prochaines élections ou celle de Troyes qui agit dans la discrétion.

La bataille commence entre le gouvernement et les élus locaux

La crise du Covid-19 commence à faire bouger la tectonique des plaques politiques et une lutte entre l’exécutif national et les élus locaux émerge. Après les masques péniblement trouvés et acheminés par des collectivités locales et finalement accaparés par l’Etat, ces deux acteurs de la vie politique se disputent désormais sur la question du déconfinement. Paris, en raison de son importance économique, de sa densité de population et sa dimension symbolique imprime sa petite musique via Anne Hidalgo. La maire arrivée en tête du premier tour des municipales sait que sa possible réélection passe par une bonne gestion de la crise et c’est pourquoi elle n’hésite pas à aller à l’affrontement contre le gouvernement.

Les parcs et jardins de la capitale doivent-ils rouvrir ? La circulation automobile doit-elle être strictement encadrée ? Autant de questions importantes pour les Parisiens à l’heure où le besoin de décompresser et de respirer à l’extérieur - et donc sous la menace du coronavirus – se fait sentir. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a rapidement calmé les ardeurs de la maire de Paris et a assuré que les « parcs et jardins à Paris et en Ile-de-France ainsi que dans les autres régions classées rouges » ne seraient pas accessibles. La passe d’armes risque de rebondir au cours des prochaines semaines d’autant plus que les élections municipales vont échauffer les esprits.

Toutefois, les prises de position bien visibles sur la scène médiatique peuvent vite se transformer en boulet. Ainsi, le maire de Lyon, Gérard Collomb a changé son discours en l’espace de quelques semaines au sujet du port du masque. Il souhaiterait désormais le rendre obligatoire et a prévu de distribuer des masques « grand public » à ses administrés. Une opération qui tourne au fiasco avec une qualité de masque dénoncée par de nombreux Lyonnais sur les réseaux sociaux qui les comparent à des « torchons » et « serpillères » « parfaits pour les vitres ». L’ancien ministre LREM n’est pas le premier à se prendre les pieds dans les masques, mais les promesses grandiloquentes non tenues se payent cash en ces temps de crise.

Troyes ou l’exemple d’une gestion de crise apaisée

Il faut peut-être sortir des grandes agglomérations pour trouver des villes qui font preuve d’une certaine sérénité dans la lutte contre le Covid-19 et les effets délétères du confinement. L’agglomération de Troyes dans l’Aube compte parmi ces exemples significatifs. La ville de 61 000 habitants appartient à la région Grand Est, première victime du coronavirus, mais la mairie a décidé de multiplier les initiatives tournées vers les habitants plutôt que d’alimenter la machine à polémiques. L’heure n’est pas encore aux comptes à rendre – soixante plaintes ont été déposées contre le gouvernement – mais à la gestion efficace d’une crise sanitaire qui mobilise les personnels municipaux et au-delà.

Ainsi, François Baroin, le maire de Troyes réélu dès le premier tour des dernières municipales a mis le doigt sur les vulnérabilités les plus fortes dès le début de la crise. Conscient de la dangerosité d’avoir des dizaines de personnes âgées vivant dans un même établissement médicosocial, il a appelé les familles des résidents à venir récupérer leur parent le temps de la crise. Si les gestes barrières et toutes les précautions prises par les personnels de soin n’ont finalement pas pu empêcher l’introduction du virus de ce type d’établissement, des vies ont toutefois été sauvées grâce à cet appel à la responsabilité.

La protection des habitants constitue l’une des principales responsabilités de la ville et c’est pourquoi François Baroin s’est engagé dès la mi-avril à fournir un masque réutilisable aux quelques 175 000 habitants de l’agglomération troyenne.  Une promesse tenue qui n’a, là, souffert d’aucune plainte ou moquerie de la part des habitants de ce territoire. Des masques d’ailleurs en grande partie fabriqués à Troyes dans l’usine du groupe Lacoste (Très chic !). Ainsi, Troyes a réussi à son échelle ce que l’exécutif national n’est pas parvenu à mettre en place malgré les discours guerriers et volontaristes : la transformation d’un pan de l’économie pour lutter efficacement contre le virus. La France est plus que jamais tributaire des exportations chinoises tandis que Lacoste a offert la bagatelle de 75 000 masques à l’agglomération troyenne.

De plus, le maire de Troyes s’est engagé à tester tous les résidents de Ehpad afin de circonscrire le virus dans ces établissements. Le volontarisme local montre son efficacité alors que l’Etat est bien en peine de répondre à sa propre promesse de 700 000 tests par semaine (outil pourtant indispensable à un déconfinement en bon ordre). Les nouvelles relativement bonnes venues de l’Aube n’ont pas vocation à mettre en porte-à-faux un gouvernement qui paraît quelque peu dépassé par la situation. Pourtant, en tant qu’adversaire politique, François Baroin aurait pu se servir de son influence et de son poste de président de l’association des maires de France pour décocher des flèches acérées. L’efficacité et le sens de la responsabilité dictent une autre conduite même si toutefois les Français et les oppositions ne manqueront pas de demander des comptes à l’exécutif une fois le gros de l’orage sanitaire passé.




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