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Elections américaines : Et s'il gagnait encore ?





Le 8 Mars 2019, par Hubert De LANGLE

Jean-Éric Branaa qui est maître de conférences à l’université Panthéon-Assas (Paris II), chercheur au centre de relations internationales Thucydide et chercheur associé à l’IRIS est spécialisé dans la politique et la société américaines. Il vient de sortir chez VA EDITIONS "ET S’IL GAGNAIT ENCORE ?" ; nous vous présentons ici quelques extraits.


De l’avis général, largement partagé dans les médias, les élections intermédiaires allaient donner le « La », montrant l’effondrement du système trumpiste et le retour à un ordre des choses plus conforme avec la raison, ou l’ordre établi, et en tout cas pas celui de Trump. Les sondages – enfin réhabilités après la mise en cause cuisante qu’ils avaient affrontée en novembre 2016 – montraient bien comment enflait le vote protestataire : les Américains, unis dans un front de résistance, s’étaient soudain réveillés, avaient compris, et allaient réagir. Personne n’en doutait. Partout, les groupes s’organisaient, nous disait-on : les Afro-Américains se mobilisaient en masse, notamment en Géorgie et en Floride, les femmes exprimaient une colère forte, dans une année Me Too [1] marquée, quelques semaines avant le vote, par cet épouvantable épisode Kavanaugh[2]  ; même les femmes républicaines n’étaient plus que 30 % à le soutenir encore, nous expliquait-on. Hispaniques, Asiatiques, Amérindiens, catholiques, musulmans, juifs, gays, transsexuels, les jeunes, les classes moyennes, tous voulaient que l’on arrête ce massacre. Dans la Rust Belt[3] , les ouvriers étaient déçus ; dans le Midwest, les paysans avaient peur de la guerre commerciale. Faut-il aussi évoquer tous les articles qui ont expliqué comment les évangéliques avaient réalisé quelle est la vraie nature de cet homme et s’étaient finalement repris, retournant à une lucidité qui ne pouvait que les éloigner très rapidement de ce païen impur ? On s’attendait donc à une énorme claque.
 
Puis les Américains ont voté. Et le résultat est tombé, et ce fut une énorme surprise pour tout le monde : la claque n’est pas venue et, après 2016, Donald Trump a été en quelque sorte réélu une deuxième fois. Oh, pas directement : il n’était pas sur le bulletin de vote, mais politiquement. Et c’est bien ce qu’il a aussitôt annoncé lui-même sur les réseaux sociaux : « c’est une énorme victoire ! » Ses opposants se sont à nouveau aussitôt dressés comme un seul homme pour dénoncer cet abus d’optimisme et se faire recréditer une victoire qu’ils estimaient bien évidemment être la leur.
 
[1] Lancé en octobre 2017 avec la mise en cause du producteur de cinéma Harvey Weinstein, ce mouvement n’a cessé de prendre de l’ampleur au cours des mois qui ont suivi et de nombreux hommes, très puissants ont été à leur tour mis en cause. Beaucoup d’entre eux ont dû démissionner de leur emploi, de leur poste électif ou quitter leurs fonctions, poursuivis en particulier sur les réseaux sociaux.
[2] La confirmation du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême a donné lieu à une joute violente entre les démocrates et les républicains, sur fond d’accusation d’une agression sexuelle par le juge qui remonterait à 35 ans auparavant.
[3] La Rust Belt (Ceinture de la Rouille) est l’ancienne région industrielle du nord des États-Unis, qui comprend les États autour des Grands Lacs. (...)

Les démocrates qui vont affronter le président Donald Trump en 2020 ont longtemps abordé la carte électorale avec deux objectifs en tête : tout d’abord rétablir la domination du Parti dans le Haut-Midwest et reprendre du terrain dans de tous les États plus traditionnellement conservateurs. Avant les élections de mi-mandat, cet objectif semblait à leur portée et on parlait encore de « vague bleue[1]  », voire de tsunami, comme l’avait dit un peu vite Chuck Schumer, le leader du Parti au Sénat, en évoquant 2018. Les résultats n’ont toutefois pas été au rendez-vous et ont rappelé à quel point la compétition est toujours difficile sur le terrain. Mais l’avancée a été réelle et a mis en danger le président sortant : il sait que rien ne sera acquis dans beaucoup de contrées qui lui ont pourtant été acquises en 2016.
 
En dépit du rétrécissement de l’écart avec les républicains dans des compétitions prestigieuses en Géorgie, en Floride et au Texas, les démocrates ont néanmoins rencontré des plafonds de verre dans ces États au cours des derniers scrutins, une situation traditionnelle, mais qui pourrait ne pas durer encore bien longtemps, car la démographie est là aussi de leur côté. La montée de la proportion d’Hispaniques au sein de la population texane ou en Floride n’arrange pas les affaires du Parti républicain, surtout depuis la bouillonnante élection de 2016, au cours de laquelle Donald Trump les a pris pour cible. Alors, les démocrates mettent toutes leurs forces dans la bataille parce que le jeu peut rapporter une sacrément grosse chandelle : si la Floride et le Texas tombent dans leur escarcelle, il n’y aura certainement plus de président républicain avant très longtemps, peut-être même des dizaines d’années, si jamais il y en a un qui parvient à se faire élire à nouveau ! De quoi les motiver pour pousser encore plus fort !
L’équation est devenue très compliquée pour Donald Trump, avec une multiplication du nombre d’États qu’il lui faut absolument gagner, alors qu’il pensait que sa fonction les ferait naturellement rejoindre sa bannière. Les parieurs regardent plutôt tous les autres critères que nous avons longuement énumérés et pensent majoritairement que le président sortant a de bonnes chances de rester quatre ans de plus dans cette magnifique maison de cent trente-deux pièces du 1600 Pennsylvania Avenue.
 
Bien sûr, donc, qu'il peut gagner encore. Mais si vous êtes également un peu joueur et s’il vous reste un dollar, ramené par exemple d’un voyage aux États-Unis, il pourrait ne pas être si idiot de le placer plutôt sur celle ou celui qui sortira vainqueur des primaires chez les démocrates. Votre billet pourrait bien faire des petits.
 
[1] Le bleu est la couleur qui représente le Parti démocrate aux États-Unis, alors que les républicains sont représentés avec la couleur rouge.



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