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Foulards rouges : la bataille des couleurs





Le 28 Janvier 2019, par François-Bernard Huyghe


La manifestation dite « des foulards rouges » se veut apolitique, même si elle est née de la fusion d’un groupe LREM et d’un collectif de commerçants. La thématique est des plus rassembleuses : « pour la République et la démocratie » et « contre la violence dans les manifestations ». Il est rare d’être prêt à mourir pour les idées opposées et #marcherepublicainedeslibertes sonne plus attirant que #stationroyalistedesservitudes.
 
L’idée stratégique était de polariser sur le thème de la violence, déjà bien exploitée dans le discours médiatique : à chaque apparition, les experts ou les Gilets jaunes sont sommés de condamner la violence en acte, en pensée, violence par action, complicité et passivité... Le mantra du casseur facho soralien dont il faut se désolidariser avant d’énoncer le moindre mot est devenu un rituel obligatoire. De là à rassembler des foules pour la gentillesse ou des masses apolitiques autour du thème pas très discriminant qu’il faut faire attention à l’extrémisme, il y a encore à faire.
 
 Certes, le paralogisme est subtil : certains manifestants sont violents, donc si vous approuvez les manifestants vous êtes violent ; nous sommes contre la violence, donc nous sommes apolitiques, rejoignez-nous si vous aimez la démocratie. Si vous ne nous rejoignez pas vous êtres violents. Conclusion : votez LREM pour faire reculer la violence...   Mais attention, nous ne soutenons pas explicitement Emmanuel Macron et nous n’avons aucun préjugé contre les Gilets jaunes (même si certains manifestants à la Bastille les traitent de « fachos, losers, grosses merdes »).
 
Cette rhétorique gentils contre méchants peut-elle être efficace ? Il faudrait pour cela que l’actualité s’y prête. Ce qui n’est pas le cas.
  • D’une part les Gilets jaunes multiplient les initiatives pacifiques type « chaînes humaines » qui cassent cette image le même jour
  • D’autre part, parler violence au moment où il n’est question que des manifestants énucléés par des tirs de balle caoutchouc et occulter ipso facto la question de la répression policière n’est pas très convaincant. Être à la fois pour la pensée complexe et pour le flashball, n’est pas très logique : main tendue ou œil crevé ?
  • Enfin, il y a le problème du ridicule, récurrent depuis les débuts du macronisme. Vu la composition sociologique de la manifestation, il est tentant de jouer sur la corde « Auteuil, Neuilly, Passy, tel est leur ghetto ». Il circule déjà sur les réseaux sociaux des images d’une manif parodique avec ses magnifiques slogans « 1°, 2°, 3° génération. Nous sommes tous des exilés fiscaux », « Les enfants au boulot » et « Moins de fonctionnaires, plus de milliardaires ». Il semble que deux farceurs aient pu introduire dans la manifestation des banderoles « J’aime Benalla et Castaner » et « Mon amie la finance » sans que cela ne gêne vraiment personne. La question de l’arme du grotesque devient préoccupante quand les ironistes sont dépassés par une réalité plus parodique que sa parodie.
 
Le pire est que tout cela n’est pas sans embarrasser le gouvernement, soucieux à la fois de jouer l’apaisement en promouvant le Grand Débat (effet parasite) et de ne pas se ridiculiser si l’on venait à comparer l’événement au défilé sur les Champs Élysées en faveur du général de Gaulle en 68 (effet contraste).



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