Journal de l'économie

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L’Homme, l’Animal, le Climat et l’Environnement





Le 13 Mai 2020, par Philippe Cahen

Cela pourrait être une fable dont la morale serait : « creusez, binez, piochez, la Nature ne peut vous rendre que ce que L’Homme a fait en conscience ».
Le monde d’aujourd’hui nous a éloigné de la vie réelle. La pandémie du Covid-19 nous le rappelle brutalement : la vie réelle n’est ni le confinement d’un Terrien sur deux pendant trois mois, ni derrière un écran, ni a fortiori derrière un masque. Rappel des épisodes précédent en commençant par la Saison 1.


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Un jour, l’Homme et l’Animal …

Un jour, et globalement dans le monde entier, l’Homme domestiqua le chien. Ce fut il y a plus de 12.000 ans. L’un comme l’autre partageait les mêmes proies, les mêmes abris. Il se créa une amitié qui dure encore de nos jours. L’homme était chasseur-cueilleur et se déplaçait en petites tribus de 70 membres environ, au gré des saisons, de la flore et de la faune qui le nourrissaient, lui, sa tribu et son compagnon à quatre pattes.

Un jour, un autre jour, l’Homme s’intéressa aux plantes saisonnières qu’il pouvait cultiver et produisaient chaque 3 à 6 mois. Ce fut il y a 6 à 8.000 ans. Et l’Homme cultiva des céréales (orge, maïs, millet, quinoa, sorgho, blé, …), des légumes à bulbes (pois, lentilles, haricot, arachides, …), des plantes à fibres (lin, chanvre, coton, …) et des cucurbitacées.

Un jour donc, de nomade, l’Homme devint sédentaire. Il créa des habitations fixes et des protections contre les animaux indésirables et l’agression possible d’autres hommes en voulant à ses réserves.

Et donc, l’Homme domestiqua des grands mammifères : le mouton, la chèvre et le cochon il y a 10.000 ans, la vache il y a 8.000 ans, le cheval et l’âne il y a 6.000 ans. Et aussi les gallinacées et le pigeon.

Ainsi, 4.000 ans avant JC, l’Homme avait fixé ce qui le marque encore aujourd’hui : l’habitation fixe et sa protection (village puis ville), son alimentation de culture (céréales et légumes à bulbes) et d’élevage auxquels il faut ajouter la production de quelques arbres et fruits « libres » au départ et les animaux de la mer et des eaux douces (poissons et crustacés) abondants et disponibles.

Un jour donc, l’Homme prospéra et se multiplia. Et lorsqu’il était trop nombreux, il migrait. Ainsi les Gaulois furent 10 millions vers 400 et 300 av. J.C, ce qui les amena à Rome (-390), à Delphes (-279) et en Asie Mineure. Selon que le Climat fut favorable, il se multipliait (par exemple bas Moyen-Age, 1000-1500), ou lorsque le climat fut défavorable, il diminuait par famine ou de maladie (par exemple haut Moyen-Age, 500-900).

Depuis des milliers d’année, l’Homme a choisi et amélioré la flore et l’Animal qui l’entouraient. Il avait domestiqué quelques mammifères herbivores complémentaires, les autres animaux étant le plus souvent considérés comme nuisibles ou sauvages.

L’Environnement et la Nature

L’Homme a donc façonné, globalement sur Terre, l’Environnement qui l’entoure. Rares sont les espaces sauvages, libres de l’intervention de l’Homme. L’Homme est intervenu sur tous les espace qui lui étaient utiles et qu’il pouvait modifier à son goût. La faune et la flore répondent à ses besoins et à ses plaisirs.

L’Environnement a empiété sur la Nature jusqu’à la faire quasiment disparaitre. La Nature est spontanée, sans l’intervention de l’Homme. L’Environnement est la nature organisée par l’Homme.

Or la Nature et l’Environnement n’ont pas de frontières, de barrières. La Nature n’est pas exempte de développer des maladies chez l’Homme. Au XIVième siècle, la peste noire serait née en Asie d'une sécheresse qui aurait poussé les gerbilles vers des villes chinoises puis les rats noirs vers les villes d’Europe. Les oiseaux migrateurs déplacent des virus non-zoonoses qui touchent par exemples les volatiles. On a dit pendant le confinement que la Nature reprenait ses droits en voyant des animaux non domestiqués, sauvages, se promener dans les rues des villes, en voyant des plantes se développer dans des rues désertes, en entendant les chants d’oiseaux.
L’Homme croit dominer l’Environnement. Ce n’est pas le cas.

Le Covid-19

Nous avons beaucoup appris avec le Covid-19 des rapports de l’Homme, l’Animal, le Climat et l’environnement.
  1. De très nombreuses pandémies ou maladies récentes sont nées de l’Animal, le plus souvent de la chauve-souris (anagramme paradoxal : souche à virus). La zoonose, maladie infectieuse qui se transmet des vertébrés vers l’espèce humaine, utilise un hôte intermédiaire (pangolin pour le Covid-19, grand singe pour le Sida)
  2. Pour nourrir ses animaux, l’Homme élargit son Environnement et met en culture de nouvelles terres, donc déforeste le plus souvent et met à découvert des hôtes de la Nature et déséquilibre des écosystèmes composés d’Animaux, de plantes, de sols, des réservoirs faunistiques abritant une biodiversité de microbes dont certains pourraient être pathogènes pour l’Homme. Chacun se souvient que l’asséchage des zones humides d’Alsace a fait disparaitre les grenouilles et les cigognes.
  3. Or la Nature est un tout qui s’équilibre. Les Animaux, insectes et oiseaux dont les écosystèmes sont perturbés se rapprochent de l’Homme, vulnérable à des agents infectieux inconnus. Parmi les zoonoses, ont connait la tuberculose, la brucellose, la rage et même la petite vérole. Et aujourd’hui les SARS-Cov1 (ou SRAS, de 2002 à 2004 dans la province du Guangdong en Chine) et le SARS-Cov2 sont des zoonoses. Demain, avec l’accélération notables des pandémies, il peut y avoir un Sars-Cov3 ou une mutation du Covid-19 en Covid-20, l’apparition d’un nouveau microbe pathogène à partir d’un ancêtre qui ne l’était pas, voire une zoonose transmise de l’Homme à l’Animal !
L’Homme, l’Animal, le Climat et l’Environnement

Revenons : l’Homme a créé des liens avec l’Animal. Pas tous les animaux. L’Homme, l’Animal et la Nature ont un équilibre qui se rompt par l’Environnement créé par et pour l’Homme.

Dans cet équilibre, le climat peut être versatile. Mais l’Homme, en élargissant son environnement, notamment par la ville et les transports, bouleverse le climat. On convient que dans le dérèglement climatique actuel, le réchauffement est lié à l’activité de l’Homme qui impacte sur son environnement. Ce réchauffement peut par exemple développer le Chikungunya, la maladie du Nil, et Zika en Europe et impacter fortement l’Homme. La sècheresse de certaines régions peut en déplacer la faune terrestre et aérienne vers d’autres contrées. La fonte du permafrost de 20 millions de km² du nord de l’hémisphère nord (nord Amérique, Sibérie, Groenland). peut déplacer, attirer ou disperser des espèces avec des conséquences inconnues à ce jour pour l’Homme. La montée des mers et océans peut modifier les littoraux et côtes et envahir de nombreuses villes. Etc. l’Homme a un impact certain sur la Nature.

Avec le Covid-19, l’Homme a démontré qu’il n’était pas capable de tout maitriser. L’anthropocène - temps où l’Homme domine la Nature communément daté depuis la découverte de la machine à vapeur - et la crise du Covid-19 dévoilent à l’Homme qu’il ne peut pas dominer à ce jour la Nature, sauf à vivre dans un univers totalement clos, comme une bulle, une immense serre, où tout serait sous son contrôle. Comme ce n’est pas le cas, l’Homme doit vivre avec la Nature.

L’élan qui a précédé le Covid-19, les trente dernières années, a été rompu. Il est remis en cause sur les sources d’énergies, les matières premières, l’expansion des zones urbanisée et bétonnées, etc. qui impactent la Nature avec la pollution, la diminution des espaces de vie des espèces de la faunes et de la flore, voire transforment l’Homme en l’urbanisant et en l’affaiblissant envers la nature [une question reste ouverte à ce jour : l’Homme plus en contact avec la Nature a-t-il été moins contaminé par le Covid-19 que l’Homme urbain ?]. La destruction de la Nature s’accélère, des zones « sauvages » entières, de très nombreuses espèces sont en voie de disparition.

Vouloir reprendre le mouvement tel que laissé à l’automne 2019 serait une profonde voire fatale erreur.
Le monde d’hier n’est pas la réponse. Il faut inventer le monde de demain. Il faut l’inventer maintenant, aujourd’hui. Dans un an, lorsque la machine d’hier aura été relancée, il sera trop tard.
La réponse au Covid-19 est que le monde de demain est un équilibre entre l’Homme, l’Animal, le Climat et l’Environnement. Reste à situer cet équilibre. Il ne va pas s’agir de planter un arbre pour se donner bonne conscience, mais d’imaginer comment cet équilibre peut vivre avec ce que l’Homme souhaite en fonction de ses expériences et de ses connaissances.
Quel futur voulons-nous ? Au travail, vite !
 
Je repars en plongée …
 

Philippe Cahen
Conférencier prospectiviste
Dernier livre : « Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles  », éd. Kawa


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