Journal de l'économie

Envoyer à un ami
Version imprimable

L’Intelligence Artificielle doit-elle être perçue, uniquement, sous l’angle de l’application ?





Le 23 Avril 2019, par Benoit Bérard

En pleine réaffirmation des Puissances, tant privées que publiques, la notion de guerre économique a fait un retour fracassant dans l’actualité comme le démontre la politique de D. Trump ou de la Chine.


Le rapport Villani nous montre que l’Intelligence Artificielle (IA) est trop souvent perçue comme « flottant dans l’air », immatérielle, et que les opportunités pour la développer doivent simplement être saisies dans le champ applicatif. Derrière la création d’applications, des enjeux plus globaux sont à considérer, tel que sécuritaire, ou de souveraineté économique. Ainsi, raisonner de façon holistique, en envisageant la chaîne de valeur apporte une approche plus complète et permet de mieux appréhender les leviers sous-jacents et les relais de croissance. En utilisant cette approche, on observe des mécanismes dépendances et des stratégies de puissance que les acteurs publics et privés (Puissance ou non) mettent en places ou subissent.
Cet angle d’analyse permet d’envisager pleinement les mécanismes qui s’opèrent et les solutions pour se doter d’une IA. L’ouvrage « Guerres économiques pour l’intelligence artificielle » permet d’aborder l’IA sous cet angle. Loin de la mythologie du progrès technique tombant du ciel, prôné par le modèle de Solow, l’ouvrage aborde une vision qui était par le passé mis en avant dans le cadre des secteurs traditionnels, et qui est malheureusement sous-estimée dans les nouvelles technologies de l’information (NTIC).
Le monde économique s’interroge sur les champs applicatifs de l’IA vecteur de croissance et éventuellement leurs moralités, et envisage peu la mois les racines de permettant la création et la maîtrise de l’IA. Cette analyse prônée par les économistes est valable dans un marché mature ou l’ensemble de la filière serait préalablement maîtrisée. Or, l’IA est éminemment moins mature que des secteurs tels que textile ou l’automobile. 
Il faut donc connaître, maîtriser et/ou contrôler la chaîne de valeur dans son intégralité. Cette analyse de la filière doit considérer les ressources naturelles, permettant de sécuriser les approvisionnements pour produire et développer les supports de l’IA, l’écosystème dans lequel les applications s’évolueront, et le progrès et la suprématie technologique (incluant les algorithmes) supportant ou générant l’application.  
En pleine réaffirmation des Puissances, tant privées que publiques, la notion de guerre économique a fait un retour fracassant dans l’actualité comme le démontre la politique de D. Trump ou de la Chine.
L’IA n’est pas exempte de cette guerre économique, comme l’illustre la planification « Made in China 2025 » s’inscrivant dans une volonté de maîtrise de cette technologie, ou la volonté russe réaffirmée en avril 2019 de développer un univers numérique souverain et autonome. Cette guerre économique se retrouve également dans l’affrontement que se livrent les géants des NTIC (GAFAMI, BHATX…).
L’ouvrage « Guerres économiques pour l’intelligence artificielle » prolonge la vision partagée par Ali Laïdi qui avait déjà démontré l’importance de maîtriser les éléments stratégiques d’une filière ou pour accroître la puissance d’un état. Cette Vision par extension permet de se créer des facteurs de croissance pour autant qu’on la maîtrise pleinement. Dans l’ouvrage, la démonstration est faite de comment des puissances sont créées pour obtenir des avantages, en maîtrisant l’ensemble de la filière et de l’écosystème, ceci permettant une croissance multipliée.
 Non content d’aborder la maîtrise de la chaîne de valeur nécessaire à la création de l’IA, il faut envisager une double vision holistique :
  • La première sur la notion de filière ;
  • La seconde sur la considération de l’ensemble des parties prenantes.
Ce second degré d’analyse permet d’appréhender l’ensemble des dépendances et des partenariats stratégiques que l’on peut créer, maîtriser ou subir à chaque maillon du développement de l’IA. Pour cela, l’ouvrage se propose d’analyser tant les acteurs et outils économiques, juridiques, politiques que civils.
Cette vision est déjà appliquée par certaines grandes Puissances, avec en premiers lieux, les deux géants économiques actuels (États-Unis, Chine) et les GAFAMI, et a permis leurs succès. Du côté Européen, souhaitons que le renouvellement du parlement européen permettra de créer une vraie vision globale et non parcellaire du sujet, afin que l’UE puisse tirer les bénéfices de l’IA avec ses champions sur quelques maillons de la chaîne de valeur.



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Le JDE promeut la liberté d'expression, dans le respect des personnes et des opinions. La rédaction du JDE se réserve le droit de supprimer, sans préavis, tout commentaire à caractère insultant, diffamatoire, péremptoire, ou commercial.

France | International | Entreprises | Management | Lifestyle | Blogs de la rédaction | Divers | Native Advertising | Juris | Art & Marché | Billets d'humeur



Les entretiens du JDE

« Dans les échanges économiques entre les entreprises, la professionnalisation et l’éthique sont indissociables de la fonction achat », Bruno Crescent, ancien directeur des achats d’EDF

Pierre Bergounioux : « Les gouvernements, de droite comme de gauche, ont accompli le tour de force, depuis un demi-siècle, de ne rien changer à l’ordre des choses »

Marc Lazar : « La peuplecratie, c’est l’idée que la souveraineté du peuple est sans limites ».

Guillemette Devernois : « Maladies rares : Il faut s’emparer des avancées de la recherche scientifique »

« Appel à la guérilla mondiale »

Nicolas Pham, cofondateur de Beaubleu : « la Maison aux aiguilles rondes »

« Accueillir c’est protéger ! » par Frédéric Giqueaux

Karine Schrenzel, PDG des 3 Suisses : « L’envie d’entreprendre est un sentiment que j’ai toujours porté en moi »










Rss
Twitter
Facebook