Journal de l'économie

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L’avocat est mort ! Vive l’avocat !





Le 24 Avril 2023, par Nicolas Lerègle

Il y a quelques jours est décédé Hervé Temime, avocat pénaliste de renom. Son décès brutal a suscité de nombreux articles de la presse tant spécialisée que grand public, de minutes de silence professionnelles y compris lors d’audience, d’hommages de magistrats et de politiques.


Rien d’étonnant à cela, Hervé Témime était l’avocat des puissants, politiques ou industriels en délicatesse avec le droit faisaient appel à lui et ne barguignaient pas les honoraires demandés. Son nom ne disait certainement rien à l’écrasante majorité des Français. S’exposant avec modération aux médias, il pouvait au demeurant difficilement en être autrement. N’ayant pas recherché l’ajout d’un parcours politique ou artistique à son exercice professionnel, il ne suscitait pas d’invitations grand public. Les chroniqueurs judiciaires ont cependant fait chauffer leur clavier pour rendre hommage à un grand professionnel présenté comme le parangon de l’avocat quand ce n’était pas l’avocat par excellence.

Ils ont peut-être raison, mais l’exemple d’une réussite professionnelle ne fait assurément pas d’Hervé Témime la représentation la plus fidèle de la profession d’avocat. Inaccessible financièrement aux communs des mortels, il l’était aussi par la nature de ses dossiers et clients. En somme un Maitre dans toute l’acceptation du terme qui n’est pas pour autant le mètre étalon de cette profession.
Chaque année sur les 60 000 avocats français il y en a quelques milliers qui décèdent et plus autant qui naissent à cette profession. En somme chaque jour de l’année, plusieurs avocats meurent sans qu’une ligne, autre que celles d’un carnet mondain, ne leur soit consacrée.

Cela est très injuste, car les avocats ne se limitent pas à des professionnels œuvrant dans l’obscurité de leurs cabinets traitant de domaines qui n’auraient pas la noblesse de ceux abordés par les pénalistes, surtout les grands, qui ont toujours su, intelligemment, capter les feux de la rampe. Les avocats, quel que soit leur domaine d’activités traitent d’une matière essentielle, indispensable, utile à tous, le droit et son application dans notre vie de tous les jours.

Le droit, ce fil d’Ariane que tous les avocats tissent plus ou moins brillamment, est le fondement de notre société. Sans lui plus de libertés, plus de démocratie, juste de l’arbitraire et de l’autocratie. En 2023 les exemples ne manquent pas de sociétés qui ont évolué plus ou moins rapidement d’une démocratie parfois imparfaite à une autocratie très organisée. Généralement les premières victimes de cette tectonique des plaques définissant nos libertés sont justement les avocats, reconnaissance par l’absurde de l’importance de leur rôle dans nos sociétés.

Alors il est bon, me semble-t-il, de rendre hommage à cet avocat inconnu mort aujourd’hui quelque part en France.
Généralement il est le fruit d’une vocation et d’une envie, celle de faire du droit, une matière mouvante au gré des modes et des gouvernements, rendue par des magistrats dont ils sont des auxiliaires sans aucun lien de vassalité, et dont l’application peut changer la vie des personnes.

Sa carrière a dû commencer dans l’angoisse de trouver des clients et de répondre de façon satisfaisante aux problèmes qui leur étaient soumis. Aucun de ces problèmes n’était négligeable à ses yeux, car il savait qu’il pouvait fragiliser ou renforcer une existence.
Au fur et à mesure du temps qui passe, son expérience s’est renforcée de même que son acuité professionnelle. Il a pu commencer à se faire reconnaitre et apprécier dans son barreau d’exercice, peut-être a-t-il été membre d’un conseil de l’Ordre, d’une instance de CNB voire bâtonnier. Il acceptait de dispenser ses conseils à de jeunes inscrits et il en a même accueilli dans sa structure pour assurer son développement et le suivi de sa clientèle.

La quête de notabilité a peut-être aussi été un ressort, assurant sa participation à des associations, à une vie locale où son expérience du droit était souvent requise.

Il a pu fonder une famille avec le secret espoir que son flambeau soit repris par un de ses enfants.
L’âge venant, il ne s’est jamais réellement détaché de cette motivation intellectuelle qu’est l’observation du droit et de ses évolutions, souvent le métier qui était une raison d’être prenait une dimension sacerdotale ne vous faisant pas lâcher prise. Le mot retraite n’était pas vu comme un temps de repos, mais plutôt comme une mise en retrait, au rebut, il fallait donc l’éloigner en permanence et continuer à labourer la matière du droit et à apporter conseils et avis, souvent pro bono, à ceux qui le sollicitaient.

Et puis comme tout à chacun, un jour il ne s’est pas levé pour être couché dans l’éternité. Je n’en aurai rien su, un entrefilet dans un journal local peut-être et encore si le journaliste préposé à cette rubrique n’est pas en congé.

On honore bien le soldat inconnu et bien c’est à cet avocat inconnu que je rends hommage. Il était un maillon d’une chaine de compétences sans laquelle notre société ne pourrait pas tenir. Il est parfois inquiétant de se dire que cette profession est parfois vilipendée et sous-estimée, car réduite à quelques figures connues et reconnues. Il est surtout rassurant de savoir que des dizaines de nouveaux avocats rejoignent chaque année cette chaine essentielle.

Un avocat est mort ! Vive l’avocat.
 



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