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La chute de Daech est-elle imminente ?





Le 30 Octobre 2017, par La Rédaction

Alors que la chute de Daech et du territoire autoproclamé "Califat" semble imminente, une affaire de semaine ou de mois tout au plus, nous rencontrons Fançois-Bernard HUYGHE, auteur du livre de référence "Daech : l'arme de la communication dévoilée". Il nous fait partager son expertise et nous présente une esquisse de prospective sur ce que pourrait être l'après Daech.


La défaite de Daech est-elle proche ?

FBH : Sur le plan militaire, en Irak et en Syrie où il avait dessiné son territoire et prétendait exercer sa souveraineté, le califat ne peut guère espérer l’emporter vu la disproportion des forces. Au mieux un sursis. Mais perdre des batailles n’est pas perdre une guerre, du moins tant que le vaincu n’a pas reconnu sa défaite. Cela peut se faire soit formellement (par un traité ou une reddition) soit de fait, lorsqu’il n’y a plus de combattants qui refusent de déposer les armes et continuent  penser en termes de guerre et d’ennemi. Et pour les derniers fanatiques djihadistes, le choix risque d’être plus large que pour des soldats réguliers dans une guerre traditionnelle :
  • Continuer la lutte ailleurs en Syrie ou Irak, comme des groupes de guérilla.
  • Rejoindre d’autres groupes armés djihadistes, comme Hayat Tahrir al-Cham, largement rattaché au « courant historique » al Qaïda / al Nosra (quitte à admettre que la fondation prématurée d’un califat était une erreur stratégique)
  • Aller essaimer et renforcer des groupe affiliés à Daech, mais plus loin, au Pakistan, en Afghanistan, en Égypte, en Libye, etc.
  • Pour les « foreign fighters », Européens, par exemple, revenir dans leur pays d’origine, échapper, s’ils peuvent,  à la prison et relancer une action terroriste.
  • Dernière hypothèse : prendre leur « retraite » en redevenant salafistes « quiétistes » (qui ne font pas le djiahd) ou en se convaincant de l’excellence des valeurs démocratiques qu’ils ont combattues. Nous aimerions que cette option soit la plus vraisemblable.

Pour vaincre, il faut donc convaincre le vaincu ?

FBH : On le voit, la vraie défaite de Daech ne peut être que psychologique - le renoncement à une lutte sans issue aux objectifs impossibles (conquérir le monde) et qui rend ennemi de tous ceux qui ne partagent pas cette utopie-. Mais psychologique, pour eux, cela veut dire spirituel : il faut qu’ils se persuadent que Dieu ne leur commande plus de lancer le djihad universel et de conquérir la Terre. Or, justement, la propagande du califat les prépare à l’hypothèse d’un défaite « apparente » sur le terrain qui ne serait en fait qu’une épreuve, avant une victoire finale plus éclatante encore. Après la période utopique (rejoindre le califat où règne la loi divine et qui « durera et s’étendra »), voici une sorte de prophétisme millénariste : la victoire est d’autant plus proche que nos ennemis croient l’avoir emporté.

François-Bernard Huyghe
François-Bernard Huyghe

Le terrorisme risque-t-il de se développer en compensation ?

FBH : Quand on perd la guerre classique, il est tentant de mener la « guerre du pauvre » qu’est le terrorisme. La multiplication des attentats en Occident pour « compenser » la chute du califat ? Ces derniers mois les attaques avec une voiture, un couteau, des bonbonnes de gaz qui n’explosent pas toujours, éventuellement avec des armes à feu se sont multipliés. Dans certains cas, la piste djihadiste ne peut être prouvée, dans d’autres on incrimine un mécanisme psychologique d’imitation sans réelle conviction. Possible... Il n’empêche que la tendance lourde semble être à des attaques menées sans grands moyens ou grande organisation, donc d’autant plus difficiles à déceler. La possibilité d’une « routine » terroriste, c’est-à-dire d’attentats relativement fréquents pas forcément très efficaces du fait de l’inexpérience de leurs auteurs, mais motivés par le désir de venger le califat et de punir les pays de la coalition est tout sauf absurde. Et la propagande djihadiste basée sur le ressentiment (les « mécréants » et les « hypocrites » ligués pour persécuter l’islam authentique) peut encore nourrir longtemps ce désir de violence compensatrice.

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