Journal de l'économie

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La sécurité économique étroitement liée à la sécurité nationale





Le 8 Février 2021, par La rédaction

Dans leur ouvrage paru en janvier dernier, Frédéric FRACHON et Philippe GENSOU se posent la question de l’avenir de la France qui traverse une crise systémique. Dans un contexte de guerre économique affirmée et assumée par un grand nombre de partenaires ou concurrents commerciaux de la France, cette dernière utilise-t-elle tous les instruments pour y faire face ?


Pour faire face aux nombreux enjeux actuels dans ce monde complexe et incertain, et finalement éviter que la France ne sorte de l’Histoire, nos dirigeants doivent sortir du cadre traditionnel de la sécurité nationale afin de s’orienter vers un concept de sécurité globale intégrant notamment la sécurité économique et industrielle. Définir une ligne de défense économique ne suffit pas. Il s’agit d’adopter une posture de long terme plus cohérente et offensive. Non seulement la France doit développer ses capacités de résilience face aux crises, mais elle doit aussi protéger ses actifs matériels et immatériels en anticipant les menaces. Le cercle vertueux passe par la réduction de ses dépendances stratégiques, ce qui est parfois contradictoire avec une logique purement comptable. Par exemple, qu’adviendrait-il à un pays qui ne produit plus localement de munitions de petit calibre, si le pays fournisseur décidait un embargo au motif que les options d’intervention du client ne lui convenaient pas ?
 
Sans une vision claire à long terme, il n’y a pas de mise en œuvre possible de politiques audacieuses pour conserver nos fleurons industriels et développer nos jeunes entreprises innovantes. L’enjeu est de taille, car il convient d’enrayer le déclin économique de la France et la paupérisation grandissante de ses territoires. Or nous savons qu’en matière de guerre économique, il ne s’agit pas d’un jeu à somme nulle comportant nécessairement un gagnant et un perdant. Souplesse et agilité sont plus que jamais nécessaires pour augmenter nos chances de succès. Il convient également de développer le partenariat entre le public et le privé, ce qui ne va pas de soi dans un pays en proie à des lourdeurs et à un millefeuille administratif.
 
Un des meilleurs axes d’effort peut être de jouer sur la complémentarité intelligente des territoires, car tous ne sont pas égaux devant les défis à relever pour y ancrer l’activité économique et assurer un réenrichissement progressif du pays. Or les limites à cette stratégie vertueuse de sécurité économique sont principalement d’ordre organisationnel et culturel. La recherche d’efficacité commanderait que la gouvernance de la sécurité économique relève directement du Premier ministre. D’autres freins sont d’ordre idéologique et historique. Ainsi, face à la volonté d’hégémonie économique dont font preuve certains grands partenaires commerciaux de la France, le refus de penser en termes de puissance constitue définitivement une impasse stratégique dont l’Europe et la France en particulier doivent absolument sortir. Il est urgent pour l’État français de rééquilibrer son action en faveur d’un État plus « stratège » et moins « providence ». Les États-Unis et la Chine ont parfaitement su intégrer l’économie dans le périmètre de la sécurité nationale et conduire les politiques cohérentes et efficaces qui s’imposent. À la France de développer sa propre doctrine en la matière.
 
Dépassant la pensée traditionnelle de la sécurité nationale, une stratégie de sécurité globale ou systémique implique la conduite d’une politique publique en mesure de définir des objectifs sur le temps long, et de sanctuariser les moyens et ressources nécessaires pour les atteindre. Cela passe d’abord par une réelle capacité de remise en cause du logiciel de nos grands décideurs vis-à-vis des nouveaux formats revêtus par la puissance des États modernes, la restauration d’une cohésion nationale en voie de délitement et le refus du déclin avec le développement d’une pensée stratégique française originale, encouragée notamment par toutes les filières d’enseignement scolaire comme professionnel.
 



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