Journal de l'économie

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La vérité sur le Revenu Universel





Le 28 Octobre 2021, par La Rédaction

Dans son ouvrage, « Manuel pratique du Revenu Universel, Vous avez tous à y gagner ! », Eric Wuithier explique scrupuleusement comment un revenu de 900 euros pourrait être mis en place. Expert reconnu des questions de rémunérations et de couvertures sociales chez Towers Perrin, il nous démontre la viabilité de cet ambitieux projet.


Le Revenu Universel est-il économiquement viable ?

C'est essentiellement la raison qui a fait que cette idée n'est jamais passée dans les faits et est restée "un doux rêve" jusqu'à aujourd'hui. Signalons cependant que dans divers pays il y a actuellement des expériences de mise en place du Revenu Universel. C'est par exemple le cas de l'Allemagne qui teste un revenu universel à 1 200 euros par mois sans contrepartie sur 122 personnes, C'est aussi le cas en Californie ou l'expérience dure depuis 2 ans avec un montant de 800 $ sans contrepartie. Examinons les divers motifs qui peuvent remettre en cause cette viabilité économique, et pour chacun d'eux, j'exprimerai en quoi mon livre apporte une réponse crédible.
Le premier motif concerne le financement du Revenu Universel. Mon livre démontre que dans notre système actuel, il n'existe aucune marge de manœuvre au niveau de l'Etat pour financer le Revenu Universel. Les deux seuls moyens à disposition ne pourraient être qu'un accroissement de l'impôt ou de l'endettement. Lorsqu'en Italie le mouvement cinq étoiles est venu au pouvoir en 2018-2019, et qu'il a annoncé sa volonté de mettre en place un Revenu Universel, la Commission Européenne s'est opposée à ce projet, au motif que l'Italie s'endetterait encore plus, et qu'il n'y avait aucune garantie que l'économie s'en trouverait dynamisée. Pour la France la réaction risquerait d'être exactement la même car depuis, la pandémie est passée et a contribué à aggraver nos problèmes. Même les signes actuels de reprise dynamique de notre économie ne seraient pas à eux seuls des gages de crédibilisation pour mettre en place un Revenu Universel. A priori, cependant, le regroupement des aides dans un seul système que le pouvoir actuel nomme "Revenu Universel d'Activité" serait envisageable, mais il n’améliorerait en rien le reste de notre situation socio-économique… Dans mon livre le financement du Revenu Universel serait obtenu par une contribution de tous les acteurs de la vie économique, mais aussi de l'Etat et de ses institutions, qui couvrirait amplement le coût de celui-ci s'élevant à environ 600 milliards d'euros. Ce financement intégrerait aussi les 9 milliards d'euros que coûterait la mise en place de la couverture du risque de dépendance qu'Emmanuel Macron avait promis lors de son quinquennat et que Jean Castex a réduit à 400 millions d'euros et à l'embauche sur cinq ans de 10 000 soignants dans les EHPAD, faute de moyens budgétaires.

Cette contribution ne risque-t-elle pas de porter un coup fatal aux entreprises qui font déjà face à des charges sociales élevées ?

Certainement pas, car c'est là où mon livre apporte une nouveauté essentielle favorisant la mise en place du Revenu Universel. Je vais expliquer cela simplement. Prenons un salarié qui gagne aujourd'hui 1 500 euros nets. Si le Revenu Universel de 900 euros net est mis en place, tout le monde conviendra qu'il serait déraisonnable de l'ajouter à son salaire. En fait, ce montant, versé au salarié en tant que Revenu Universel par ailleurs, devrait être déduit du salaire net qui alors s'établirait à 600 euros. La conséquence immédiate de cette décision reviendrait à baisser le salaire brut de chaque salarié de 1 161 euros par mois et donc au bout du compte la masse salariale des entreprises incluant les charges sociales de l'ordre de 1 200 euros à 1 700 euros mensuels selon les niveaux de salaire. Cette manne importante servirait à financer en partie le Revenu Universel et le reste viendrait améliorer la marge nette des entreprises. Il en serait exactement de même pour les autres acteurs de l'économie (indépendants, commerçants etc.) mais aussi de l'Etat et de ses institutions.

Les salaires vont donc baisser fortement dans les entreprises et dans les instances de l'Etat. Mais alors, les salariés ne voudront plus travailler pour si peu et le travail au noir risque d’exploser.

Exprimé comme cela, ma proposition peut faire peur. Mais il y a plusieurs réponses à faire pour montrer que cela ne serait pas le cas. Tout d'abord, les expériences menées sur le Revenu Universel ont démontré que les bénéficiaires gardent leur travail ou mènent une recherche plus active que les chômeurs pour trouver un emploi. D'autre part, ce n'est pas avec 900 euros par mois que l'on peut s'assurer une vie normale, Rappelons que le chômage n'est pas versé à ceux qui démissionnent. Pour ce qui est du SMIC je propose dans mon livre une augmentation de 150 euros bruts, ce qui augmenterait de 11% le pouvoir d'achat de plus de 2 millions de salariés. En ce qui concerne le travail au noir, mon livre fait la démonstration que pour les employeurs, "le jeu n'en vaudrait pas la chandelle"… Je terminerais sur ce sujet en disant qu'avec le Revenu Universel, il faut élargir la notion de travail au bénévolat. Actuellement le bénévolat est majoritairement effectué par des retraités parce qu'ils ont du temps. Beaucoup de jeunes aujourd'hui souhaitent un meilleur équilibre entre une leur vie personnelle et leur vie professionnelle. Il y a fort à parier que le Revenu Universel les amènent à consacrer du temps bénévole au service de ceux qui en ont besoin.

En accroissant le revenu des Français, les salariés, mais aussi les retraités et ceux qui gagnent peu, ne risque-t-on pas de créer de l'inflation ?

L'inflation, c'est comme le cholestérol, il y a la mauvaise et la bonne inflation. La mauvaise est celle qui est importée par nos importations sur laquelle nous n'avons pas de prise. La bonne concerne la croissance de la demande des consommateurs car elle crée une dynamique économique. Par ailleurs j'ajouterais qu'en réduisant sensiblement le montant de la contribution au Revenu Universel des entreprises qui relocaliserait en France des productions actuellement dans des pays à bas coûts salariaux, nous pouvons nous donner une chance de réduire le déficit de notre balance commerciale, de créer des emplois, et de garder à nouveau la maitrise de nos productions.



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