Journal de l'économie

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« Les c… ça ose tout"





Le 1 Juillet 2020, par Nicolas Lerègle

« C’est même à cela qu’on les reconnait »… réplique culte des « Tontons flingueurs » qui n’a rien perdu de sa pertinence, qui est même devenue d’une brûlante actualité ces dernières semaines avec l’émergence de mouvements visant à réécrire l’histoire.


« Les c… ça ose tout"
Le débat entre histoire et mémoire n’est pas récent. L’histoire est factuelle, la mémoire est subjective et permet, au fil du temps, de modifier son appréciation sur un événement, une personne, une époque.

Maintenant si l’Histoire comme le temps ne peut être modifiée, il est certain que la mémoire est plus sujette à l’encensement ou l’effacement. Nous avons tous en tête ses photos de Staline entouré de ses acolytes, qui, au gré des purges, se voyaient effacer les uns après les autres. On conviendra que ces pratiques sont rarement celles d’un régime démocratique et plus encore d’un esprit ouvert et tolérant. En somme la mémoire est un devoir qui repose autant sur le refus de l’oubli que la mise en perspective d’événements et de comportements au regard d’une époque.

Il est donc utile d’avoir une grande circonspection face aux volontés exprimées de bannir de l’espace public des rues, des statues, des monuments aux motifs qu’ils mettraient en valeur des personnages historiques (donc réels) qui auraient eu des prises de position jugées inacceptables en 2020.

L’Histoire ne se modèle pas en fonction de ses desideratas, elle s’étudie et se respecte tant elle a tendance à se répéter.
On ne peut pas réduire les acteurs de notre Histoire à un épiphénomène de leur histoire qui est aussi la nôtre.
On ne peut pas non plus être sélectif dans son indignation et, rattachant notre histoire à un événement qui lui est complétement étranger, ériger comme une nouvelle vérité devant entrainer une relecture orientée de l’histoire en chaussant des lunettes 2020.

Bien sûr, en accord avec le titre, Jean-Marc Ayrault veut débaptiser la salle Colbert à l’Assemblée Nationale – espère-t-il que son nom lui soit donnée ? – mais ce sujet a été clairement tranché par Emmanuel Macron. Jusqu’à quand ? la question peut être posée tant les mouvements communautaires impliqués ne renonceront pas attendant les compromissions politiques et la lassitude.

Détruire les statues ou les représentations n’est pas un acte anodin. Les Égyptiens étaient coutumiers de l’effacement dans la pierre des noms qui ne convenaient plus, ainsi furent martelées les représentations d’Aménophis IV. Plus de 3000 ans plus tard les statues des rois ornant le portail de Notre-Dame de Paris eurent droit au même sort lors de la Révolution Française. Et, plus proche de nous encore, le soin des talibans à détruire des statues de Bouddhas afghans ou la politique de Daech visant à  méthodiquement vandaliser les cités antiques syriennes montrent que les tentations iconoclastes ne sont pas mortes. La résurgence en France de telles velléités ne doit donc pas être traitée avec désinvolture mais bien combattue avec force.

La France de 2020 devrait-elle laisser de nouveaux vandales faire de même avec les représentations publiques de personnages qui ont cheminé dans notre histoire et ont participé à faire de la France ce qu’elle est aujourd’hui ?
Cette question n’est pas neutre et la réponse doit bien entendu être négative.
 
Le C…. de l’intitulé est bien entendu celui auquel on pense cinématographiquement parlant mais, on peut lui accoler une autre signification celle de « communautariste ». En effet, ces revendications s’inscrivent dans une droite ligne de démarches strictement communautaires qui visent, au travers des attentes d’une minorité agissante, à modifier en profondeur les équilibres de notre société. Et quoi de plus fondamental que l’Histoire et sa représentation.
Le « roman national » conçu par Michelet au XIXème siècle faisant de l’Histoire de France le plus petit dénominateur commun de notre nation avait bien entendu ses limites et ses excès mais n’a en rien interdit la création de l’Ecole des Annales ou des approches pluridisciplinaires des faits historiques pour mieux les contextualiser.

Nous n’avons pas attendu 2020 pour savoir que Colbert avait souhaité un « code noir » (dont la raison d’être est assez éloignée de l’image que l’on souhaite en véhiculer aujourd’hui) ou que la grande partie de la classe politique, administrative, militaire et dirigeante française a vu, jusqu’en 1945, la colonisation non pas comme une domination mais comme un progrès pour les territoires concernés membres à part entière de « l’Empire » et un vecteur de développement économique de ce dernier.

Que l’Histoire soit enseignée de façon moderne est une évidente nécessité mais, de grâce, ne laissons pas des communautés actives la réécrire aux motifs d’une exigence morale qui n’est que le paravent des pratiques totalitaires qui étaient illustrées par les photos staliniennes.

Pour être clair et reprendre le propos d’un ancien ministre, la France on l’aime ou on la quitte et bien on pourrait dire, l’Histoire de France est ce qu’elle est, si on ne l’apprécie pas et bien on s’en va aussi. Colbert, puisqu’il cristallise aujourd’hui l’essentiel des reproches, était un homme de son temps et du passé mais son action, il y a 300 ans, irrigue et enrichit encore nos territoires et notre économie, il est peu probable que dans 300 ans on en dise autant de nombre de nos présidents et ministres, alors rendons lui hommage Cette conclusion permettra certainement à certain de rattacher l’auteur et le titre et bien, honnêtement, cela m’est bien égal !
 


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