Journal de l'économie

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Loi sur les FAKE NEWS





Le 13 Juin 2018, par Hubert De LANGLE

La Loi sur une réglementation des FAKE NEWS est en discussion au Parlement. Premier et seul ouvrage en France sur le sujet, "FAKE NEWS, la grande peur" de François-Bernard Huyghe vient de sortir chez VA Editions. Son auteur se livre ici à quelques réflexions sur l'origine, la définition et les conséquences d'un tel phénomène.


Le philosophe Popper disait que l’homme est un singe menteur et, dans la Bible, l’histoire de notre espèce commence avec une petite pomme et un gros mensonge. La diffamation et l’intoxication politiques remontent au moins à l’Antiquité. L’idée de déstabiliser un adversaire politique avec des pamphlets date de l’imprimerie, celle de montrer des atrocités imaginaires ou de désinformer prospère avec la guerre de 14 et les débuts du cinéma, etc.
En revanche, ce qui a changé quand le terme « fake news » est devenu à la mode (2016 : Brexit, élection Trump...) et même quand il est devenu « mot de l’année » du Oxford dictionnary en 2017, c’est l’incroyable démocratisation du faux, ses moyens techniques et son impact idéologique. Ce dernier se traduit notamment par l’action des États qui veulent légiférer maladroitement contre la désinformation, par la mobilisation des GAFA qui cherchent à éliminer ces fake news qui portent atteinte à leur image et par le succès du fact-checking dans les médias classiques.
D’une part, en effet, sur les réseaux sociaux, n’importe qui peut lancer une photo truquée, une légende urbaine ou rapporter un fait imaginaire (y compris un délire : portant sur les extraterrestres ou sur les avions qui déverseraient des produits pour empoisonner la population). En outre, une partie de la population est persuadée comme jamais auparavant que les médias du Système lui cachent systématiquement la vérité. Du coup, les élites paniquent à l’idée qu’une puissance étrangère, les groupes idéologiques extrémistes ou les opérations sur Internet.

Francois-Bernard Huyghe
Francois-Bernard Huyghe
Ce qui offre une arme à Trump qui retourne l’accusation et passe son temps à accuser de « fakes » les médias « mainstream », qui attribuent son élection aux fausses nouvelles répandues par les réseaux sociaux. C’est un curieux effet de miroir : le fake est devenu l’information de l’autre.
Du reste, les fausses nouvelles délibérément répandues par des acteurs étrangers ou par des groupes idéologiques peuvent-ils changer le résultat des élections ? Ma réponse est non. Et toutes les études d’universités américaines sur l’élection de Trump vont dans le même sens. Même s’il y a des centaines de fausses histoires en ligne et qu’elles touchent une fois des millions de gens, cela représente peu par rapport au flot des médias classiques ; par ailleurs ces nouvelles fausses ou douteuses sont vite repérées et dénoncées par les très nombreux dispositifs de fact-checking, par les médias eux-mêmes, par les GAFA, leurs algorithmes et leurs armées de modérateurs... Donc l’effet des fakes est surtout un effet de confirmation pour une minorité absolument imperméable aux avertissements des experts, des chroniqueurs « sérieux ». C’est plus un symptôme qu’une cause. Pourquoi un message sur Facebook vous ferait-il voter différemment de que disent toutes les télévisions, tous journaux, toutes les élites, etc., si vous n’y étiez prédisposé(e) ?
En revanche des fausses nouvelles délibérées peuvent avoir un effet de chaos limité : « fake » économique faisant baisser une action, ou rumeurs paniquant les foules en cas d’attentat ou de catastrophe naturelle.
En 2011, pendant le printemps arabe, on célébrait le pouvoir intrinsèquement démocratique des réseaux sociaux que les autocrates ne pourraient plus contrôler et qui répandraient la vérité contre toute censure. Depuis, ce sont les démocraties qui ont pris peur du contre-discours en ligne, des informations alternatives, etc. Le réseau social vous met en contact en théorie avec des gens qui vous ressemblent (en théorie parce qu’en réalité, vous êtes peut-être en discussion avec un troll ou un algorithme), avec des gens que vous croirez a priori et qui vont confirmer avec force arguments et documents ce que vous êtes prêt à croire. Chacun peut se bricoler une réalité qui correspond à ses préconceptions et biais idéologiques. Chacun peut contribuer à la répandre. Mais surtout, le régime de vérité a changé : la crédibilité de l’information s’appuie sur la confiance dans le semblable et non plus dans la soumission à la parole des élites.
Le remède à la prolifération des rumeurs et forgeries ne se trouve pas dans des lois qui renforceront chez beaucoup la conviction que l’on nous cache tout et que la vérité est censurée. 
Il faut rendre à la justice qu’il existe près de 150 organisations de fact cheking et que la probabilité est faible qu’une fausse nouvelle échappe aux médias, aux GAFA, aux ONG ou aux simples internautes férus de vérification. Le problème est donc plutôt celui de la confiance dans les sources et du processus de vérification ; surtout il s’agit d’apprendre aux citoyens la bonne démarche de vérification des informations et le bon usage de leur esprit critique. Ce serait une mission pour l’école que de reprendre cette bonne idée qui, après tout, n’a que vingt-cinq siècles si l’on remonte à la rhétorique grecque.

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