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Philippe Ancelin, Drouot Estimations : "La vente aux enchères publiques reste le bon vecteur de commercialisation des objets"





Le 17 Décembre 2019, par Christine de Langle

Drouot Estimations, une des filiales du groupe Drouot qui gère l’hôtel des ventes de Drouot propose chaque jour des estimations gratuites. Son directeur, Philippe Ancelin, a accepté de répondre à nos questions


Philippe Ancelin
Philippe Ancelin
Quelles sont les qualités d’un commissaire-priseur ?

Être à l’écoute. Avoir un esprit curieux pour ne pas passer à côté d’un objet. Savoir reconnaître ses doutes pour contacter l’expert en la matière. Se tenir informé de l’évolution des prix et du marché, comme des nouvelles tendances. Les originaux de bandes dessinées, le Street art et la mode vintage sont des nouveaux marchés qui n'ont cessé de se développer ces dernières années. Au-delà des compétences techniques, être persuasif pour faire comprendre au futur client l’intérêt de se séparer d’un objet en vente publique, en bénéficiant d'un marché devenu aujourd’hui mondial. Les ventes se font en salle, par téléphone et bien sûr par internet. La notion de distance abolie permet de multiplier l’étendue des possibles. Récemment, nous avons estimé un tableau d’un artiste indien ayant vécu en France ; mis en vente à Drouot il a été acheté par un client de Mumbai.

Une profession qui a bénéficié de la révolution numérique 

Drouot Estimations, c’est une équipe de 15 personnes. Chaque année, à côté des 20000 à 25000 objets qu’on nous apporte et que nous vendons, nous avons de nombreuses demandes d’expertise par internet. Présent sur les réseaux sociaux. Drouot Estimations possède plusieurs comptes Instagram, un pour la structure et un pour chaque commissaire-priseur. Il en est de même pour Facebook. C’est une mise en scène de notre actualité. Un relais d’informations et de visibilité qui nous apportent de nouveaux objets, et de nouveaux acheteurs attirés par les résultats de nos ventes. Nous recevons 200 à 300 mails par jour. Je me rappelle cette demande d’estimation pour un diadème en platine et diamants des années 1910. Non signé, nos recherches révèlent un bijou Cartier réalisé pour une aristocrate russe. Si sa première estimation l’offrait à 50/70000 € la vente s’est conclue à 470000 € prix marteau !

 

Diadème Catier en platine et diamants des années 1910
Diadème Catier en platine et diamants des années 1910
Fixer un prix, un défi

Le prix ne dépend pas uniquement de la connaissance de l’expert, de l’évolution du marché. De nouveau acteurs stimulent les ventes, la Russie ou les pays du Golfe. La clientèle asiatique est très présente ces dernières années. Au-delà des objets chinois, ils apprécient la décoration européenne et les bijoux.
Il arrive qu’un objet estimé au prix du marché s’envole pour des raisons qui échappent à l’expert et à la raison. J’ai souvenir d’une Sainte Famille, dessin d’un « élève de Raphaël » qui a été vendu un million d’euros. La seule mention du nom de Raphaël avait fait bondir les enchères, l’acheteur espérant que des analyses complémentaires permettraient de passer de la mention « élève de » à « de la main de Raphaël » !

Quand l’Etat est acheteur…

De nombreux conservateurs de musées achètent pour leur institution procédant comme les acheteurs privés. Mais lorsque l’Etat préempte, il se substitue à l’adjudicataire qui est dépossédé au profit de l’État, celui-ci a quinze jours pour confirmer son achat. Je me souviens d’un dessin de Picabia préempté par le Centre Pompidou devant un acheteur très dépité.

Vous expertisez mais vous avez aussi à cœur de transmettre votre savoir

Expert gemmologue, je donne des cours au sein de Drouot Formation, la grande école du marché de l’art, sur l’histoire des bijoux, mais aussi sur les bronzes et les tableaux.
J’écris une chronique mensuelle dans Aladin Antiquités, où je décris des objets, j’explique le pourquoi de l’estimation, et je donne des conseils pour bien acheter et bien vendre. Et j’aime que l’histoire passe par les objets, c’est le sens de ma rubrique dans le magazine Femme Actuelle Jeux Histoire « Il faut l’avoir vu » dans laquelle j’étudie un objet qui a appartenu à une célébrité : la pendule de Clémenceau, la ceinture de bananes de Joséphine Baker ou le lit de Voltaire.

Comment voyez-vous l’évolution de votre profession ?

Une réforme est en cours qui prévoit la création des commissaires de justice, réunion des commissaires-priseurs judiciaires et des huissiers de justice, à horizon 2022. C’est encore un peu tôt pour en parler et en tirer des conséquences.
La vente aux enchères publiques reste le bon vecteur de commercialisation des objets car elle instaure une concurrence entre différents acheteurs. C’est une profession de passion que je suis heureux d’exercer.

Propos recueillis par Christine de Langle


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