Journal de l'économie

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Qui est vraiment Abdel Fattah Al-Sissi ?





Le 28 Juin 2023, par Roland LOMBARDI

Le 30 juin prochain, l’Égypte commémorera les dix ans de la Révolution du 30 juin 2013, la chute des Frères musulmans et la reprise en main du pays par l’armée. À l’occasion de cet anniversaire et de la sortie de son dernier ouvrage, Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023), Roland Lombardi revient sur le rôle et la personnalité de l’actuel président égyptien qui demeure encore un mystère pour les Occidentaux…


Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue et spécialiste du Moyen-Orient et des relations internationales. Directeur général du CEMO (Centre des Études du Moyen-Orient) et rédacteur en chef du Dialogue. Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à la Business School de La Rochelle. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence. Ses derniers ouvrages sont Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021).

Dans quelques jours en Égypte, ce sera l’anniversaire des dix ans de la Révolution du 30 juin 2013, présentée en Égypte par les médias et institutions officielles comme une avancée extraordinaire contre le fanatisme politico-religieux complice du terrorisme et l’autoritarisme et la corruption islamiste. Mais chez les démocrates américains et l’Union Européenne (qui a condamné les atteintes à la liberté) cet épisode est encore présenté comme la fin de la démocratie et même un coup d’État, comment faire la part des choses ?

Il est nécessaire pour cela (et c’est le but de mon dernier livre) de rappeler le contexte de l’époque et rétablir certaines vérités.

Tout d’abord, je rappellerais à ceux (et surtout à certains « experts ») qui ont cru que les printemps arabes aboutiraient partout dans cette région à des démocraties à la scandinave, qu'ils faisaient preuve d’une immense méconnaissance de cette zone. Ceux qui affirmaient cela étaient de mauvaise foi. C’étaient soit des idéologues, soit des idiots !

A cause d’un regard du monde arabe vu par le petit bout de nos lorgnettes occidentales, cela a été une grave erreur de beaucoup que d’occulter, les hommes, l’histoire, les cultures, les traditions et les philosophies intrinsèques de cette partie du monde, pour comprendre vraiment ce qui était en train de se passer et ce qu’il allait advenir avec les printemps arabes.

L’idéologie et « l’illusion désirée » sont de véritables fléaux dans la recherche et les analyses en France et en Occident en général. Pour ma part, dans mes travaux, je m’efforce toujours de décrire le monde tel qu’il est, et non tel que j’aimerais qu’il soit ! C’est ma règle !

Ainsi, le principal message que j’essaie de faire passer aux lecteurs, c’est que si un homme d’État n’a pas le droit de laisser ses sentiments interférer et que les autocraties ne sont absolument pas défendables, elles sont néanmoins explicables.

De même, finalement, qui sommes-nous, nous Occidentaux, pour juger et donner encore une fois des leçons de morale ? Surtout nous Français, puisqu’il nous aura fallu trois révolutions et cinq républiques afin de parvenir à une démocratie encore bien imparfaite…

« Sissi ou le chaos »... pas un slogan !

Que cela nous plaise ou non, aujourd’hui, le raïs égyptien est un sauveur pour certains. Pour d’autres, sûrement plus nombreux, il est un moindre mal.

« Sissi ou le chaos » n’était donc pas qu’un slogan de propagande. En dépit aujourd’hui en Égypte des atteintes à liberté d’expression et aux libertés en général, que l’on ne peut que condamner, si Sissi, fort du soutien populaire des journées de l’été 2013, n’avait pas usé de la force envers l’organisation islamiste des Frères musulmans, la plus dangereuse de la planète et matrice idéologique d’Al-Qaïda et de Daesh, l’Égypte aurait pu aussi connaître une situation à l’algérienne des années 1990 ou plus récemment syrienne (devant la destitution de leur président, on oublie que les Frères musulmans s’apprêtaient à prendre les armes, à s’attaquer aux manifestants et à passer à la lutte armée !). Assurément une crise migratoire bien plus grave qu’en 2015 aurait alors touché l’Europe ! Cela aurait été un tournant tragique pour toute la Méditerranée et tout le Moyen-Orient et il suffit juste d’imaginer le cauchemar pour la région, l’Europe et surtout les Égyptiennes et les Égyptiens !

De même, imaginons simplement une Égypte et un monde arabe actuel sans Sissi. Car un autre scénario, qui fait froid dans le dos, était possible avec le printemps du Nil : les plans du Qatar et de la Turquie sont un succès dans cette Égypte de 2012, première puissance militaire et pays le plus peuplé de la région. Les Frères musulmans au pouvoir parviennent à purger l’armée et Morsi s’affirmant tel un véritable « Erdoğan égyptien », aussi retors et brutal que l’original, matent dans le sang les manifestations populaires de l’été 2013 et instaurent la plus grande république islamiste du monde arabe ! Si certains commentateurs ou « spécialistes » osent encore nous présenter les Frères musulmans égyptiens comme des « islamistes modérés » (qui n’existent pas !) ou mieux, comme des victimes ou de gentils moines bouddhistes persécutés par un « méchant dictateur », la réalité est tout autre et la perspective d’une république islamiste en Égypte devrait en faire réfléchir plus d’un quant au sort alors de la région et même du monde… 




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