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Sur fond d’incertitudes en Arabie Saoudite, le Congo se rêve en nouvelle réserve pétrolière mondiale





Le 4 Octobre 2019, par Aboubacar Yacouba Barma - Journaliste

La menace continue de planer sur le marché de l’or noir, moins de deux semaines après que le premier exportateur au monde, le Saoudien Aramco, détenteur des deuxièmes réserves de la planète, ait subi une attaque de drones affectant ses installations les plus importantes.


Les conséquences sont substantielles : l’Arabie Saoudite est amputée de la moitié de sa production et prive le monde d’au moins 5% de l’offre pétrolière. Il s’agit tout simplement de la plus soudaine baisse de production de l’histoire de l’Or Noir. La flambée des prix est tout autant historique au vu de l’ampleur de la hausse des cours : le prix du baril de Brent subit un bond de 14.6%, ce qui n’était plus arrivé depuis la seconde guerre du Golfe. Malgré les messages rassurants de Donald Trump, qui a assuré qu’il n’hésiterait pas à puiser dans les réserves stratégiques américaines, pour de nombreux experts, l’Arabie Saoudite doit rétablir sa production au plus vite afin d’éviter d’entraîner l’économie mondiale sur la pente d’un sevrage de pétrole forcé.

Or, pendant que Ryad court après le temps, un abondant gisement de pétrole a été découvert dans la Cuvette du Congo. S'étalant sur une superficie de 9392 mètres carrés, le gisement, rebaptisé “Delta de la Cuvette”, devrait être en mesure de quadrupler la production de la République du Congo, et hisser ainsi ce petit pays d’Afrique centrale au rang des plus grands producteurs de pétrole selon les premières estimations. La découverte intervient à un moment où la production mondiale de pétrole connaît une tendance à la baisse depuis plus d’une décennie. L’Agence Internationale pour l’Energie (AIE) estime en effet que le déclin ne sera pas interrompu au regard des réserves mondiales prouvées jusqu’ici.

Le temps des incertitudes ?

Sur fond de baisse des cours, la production de pétrole de schiste par les États-Unis stagne depuis le début de l’année 2019. Les experts s’accordent à affirmer que le pétrole américain se trouve “face à un mur”, pour reprendre l’expression de Dan Steffens, Président d’Energy Prospectus Group. La production du Venezuela, minée par la crise économique majeure qui affecte le pays, est également en baisse. La Russie, quant à elle, connaît un essoufflement de ses grands gisements pétroliers. Le Golfe Persique suit la même tendance : la production Saoudienne étant étirée à son maximum. Enfin, la production iranienne, majoritairement captée par la Chine, est à nouveau sous tension du fait de la reprise des sanctions américaines.

De ce fait, l’AIE a publié en 2019 un rapport alarmant sur le devenir du marché pétrolier affirmant que “ces trois dernières années, le nombre moyen de nouveaux gisements de production de pétrole conventionnel ne représenterait que la moitié du volume nécessaire pour équilibrer le marché jusqu’en 2025”, et affirme que les découvertes de pétrole conventionnel depuis 2017 n’ont jamais été aussi faibles depuis les années 1940, “en dépit des efforts d’investissements et des progrès techniques accomplis depuis plus d’un demi-siècle”.
A cela s’ajoute un sentiment d'incertitude généralisé provoqué par la cadence soutenue des tensions actuelles. D’une part, les attaques sur les installations saoudiennes indiquent une incapacité des pays pétroliers à protéger leurs sites et à éviter ainsi les risques liés aux pénuries. D’autre part, les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine pèsent déjà sur les marchés : le prix du baril a réagi à la publication d'un indicateur de confiance des consommateurs aux États-Unis qui s'est dégradée en septembre.

De fait, l’actualité du pétrole n’a cessé de démontrer que la géopolitique constitue un facteur crucial pour la stabilité des marchés. Les tensions commerciales Sino-Américaines annoncent une reconfiguration des rapports de force, des enjeux et des acteurs. C’est pourquoi l’on devrait s’attendre à une mutation de la géopolitique d’un marché mondial aux jeux d’alliances jusqu’ici périlleux. Tous les yeux sont donc rivés sur l’Afrique.
 
Le Delta de La Cuvette à la rescousse ?

Le Congo (Brazzaville) n’est pas nouveau sur la scène pétrolière. Les premières découvertes ont été faites dans les années 1970. La République du Congo fait partie des trois plus gros producteurs de pétrole d’Afrique subsaharienne aujourd’hui, avec une production de 350 000 barils de pétrole par jour. Le pays possède d’importants gisements d’hydrocarbures, avec des réserves de pétrole et de gaz naturel estimées respectivement à 1,6 milliard de barils et 90 milliards de mètres cubes. Toutefois, ses abondantes ressources sont pour la plupart non exploitées. Le Delta de la Cuvette devrait changer la donne tant au niveau national que régional. Selon la Société africaine de recherche pétrolière et distribution SARPD-oil et l'entreprise PEPA chargées de son exploitation, ce gisement pourrait produire jusqu'à plus d'un milliard de mètres cubes d'hydrocarbures, dont 359 millions de barils de pétrole. Ceci représenterait un triplement de la production congolaise, soit 983 000 barils par jour selon l’AFP.

Fort de cette nouvelle découverte, le pays devrait ainsi pouvoir enclencher une nouvelle dynamique économique qui permettrait le financement de projets d’investissements et d’infrastructures de grande envergure favorable au marché pétrolier congolais, alors même que le pays traverse une période de stress budgétaire l'ayant obligé à renégocier avec le FMI le financement de sa dette. Le Congo a d’ailleurs lancé en 2018 un autre appel d’offres, pour proposer des permis d’exploration pétroliers sur 18 nouveaux blocs, dont cinq concernent le Delta de la Cuvette. Le pays essaie de stimuler les investissements en quête de nouveaux gisements.

Par ailleurs, les pays africains ont représenté au cours des cinq dernières années 1/3 des nouvelles découvertes d’hydrocarbures dans le monde. 18 pays sont exportateurs nets de pétrole. On estime que la production de pétrole représente environ 12% de la production mondiale. Cette nouvelle découverte du Delta du Congo devrait permettre à l’Afrique de peser plus lourd sur le marché du pétrole et d’attirer de nouveaux investissements.
 
Sur le Continent les nouveaux jeux d’alliances se dessinent déjà. La Chine achète plus de pétrole africain pour éponger la baisse de son ravitaillement en gaz naturel en provenance des Etats-Unis. La Chine s’éloigne également du Moyen-Orient et notamment du pétrole iranien. En 2017, 40 % du pétrole importé en Chine provenait du Moyen-Orient et 20 % d’Afrique. La part de cette dernière pourrait atteindre les 30 % dès 2020. Le Delta de la Cuvette prend une importance géostratégique majeure...



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