Le géant du luxe a surpris les analystes. Mais pas dans le sens attendu. Ce 14 avril 2025, LVMH a dévoilé un repli inattendu de ses ventes. À contre-courant des prévisions, la première place mondiale du secteur laisse entrevoir des nuages à l’horizon.
Le marché n’a pas attendu pour réagir. En quelques heures, la valeur de LVMH plongeait de plus de 7 % à Wall Street, révélant un malaise plus profond qu’un simple trimestre manqué. Une alerte isolée, ou le début d’un basculement pour l’empire Arnault ?
Un premier trimestre en contre-performance pour LVMH
Le chiffrier de LVMH pour les trois premiers cycles de l’année 2025 a pris de court les opérateurs. Avec un volume d’affaires de 20,311 milliards d’euros, le groupe affiche une contraction de 2 % en données publiées, et de 3 % en données comparables. Ce repli met fin à une progression qui, bien que modeste, avait persisté en 2024, avec encore une hausse de 1 % au quatrième trimestre.
La désillusion est d’autant plus marquée que les prévisionnistes anticipaient une croissance de 2 % en organique selon Visible Alpha, cité par Reuters. Ce décalage entre l’attente et la réalité a nourri la nervosité des acteurs boursiers.
Le coup de froid vient surtout de la branche la plus emblématique du conglomérat : la mode et la maroquinerie. Cette division, qui regroupe les griffes phares comme Louis Vuitton ou Dior, voit ses revenus chuter de 5 % en organique. Ce n’est pas un simple essoufflement : la tendance s’aggrave, après un repli d’à peine 1 % en 2024.
Ce repli s’explique en partie par un effet de base défavorable. L’an dernier, la clientèle chinoise boostait les dépenses au Japon. En 2025, le territoire nippon affiche un recul sensible. Le reste de l’Asie, plombé par une consommation atone en Chine, suit la même direction.
D’autres divisions en repli, sauf en Europe
Le continent nord-américain, qui pèse un quart du résultat global de LVMH, affiche une « légère baisse », selon le communiqué du groupe. Mais derrière cette formulation prudente, les indicateurs virent à l’orange.
Sephora, acteur phare de la distribution sélective, tient bon en magasin mais souffre en ligne, face à une stratégie agressive d’Amazon. « Nous essayons d’éviter cette technique », a déclaré Cécile Cabanis, directrice financière.
Et l’effet Trump inquiète. La question des droits de douane ajoutent une dose d’instabilité dans un marché déjà fébrile. Comme le souligne une étude de Bernstein publiée la semaine dernière, « ce qui nous préoccupe, ce sont les effets de deuxième et de troisième ordre : l’incertitude, le récent crash boursier, la dévaluation du dollar et la menace d’une récession mondiale ».
La branche des vins et spiritueux accuse le choc : -9 % en données comparables. Le cognac, en particulier, est plombé par la faiblesse de la demande aux États-Unis et en Chine. Même la champagne connaît un ralentissement, malgré le retour remarqué de Moët & Chandon sur le podium de la Formule 1.
Les parfums et cosmétiques sont stables, tout comme les montres et joaillerie. Sephora limite les dégâts grâce à ses boutiques physiques. DFS, le duty free du groupe, reste en difficulté.
Seule l’Europe continue de progresser, « à devises et périmètre comparables », précise LVMH. Une performance qui reste marginale dans un tableau globalement morose.
Face à ces données, le discours du groupe se veut rassurant. « Dans un contexte géopolitique et économique perturbé, LVMH reste à la fois vigilant et confiant en ce début d’année », souligne le communiqué officiel.
Reste à savoir si la confiance affichée résistera aux prochains trimestres. Les forces de LVMH sont indéniables : implantation mondiale, diversité des secteurs, marques iconiques. Mais les tensions du marché du luxe, elles, sont bien réelles. Le rebond espéré pour 2025 devra encore attendre. En attendant, la Bourse a déjà tranché : pour les investisseurs, le doute s’installe.

