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Aubercy : « Le beau est ce qui ne se voit pas »





Le 21 Avril 2017, par Jean-Côme TIHY

Xavier Aubercy, 3ème du nom du très renommé bottier parisien, a accordé au JDE la faveur d’une interview. Amoureux du soulier de luxe, le petit-fils du fondateur nous fait partager dans cet entretien l’histoire de sa famille et sa passion pour la Grande Mesure.


Pouvez-vous, dans les grandes lignes, nous retracer l’histoire de la maison Aubercy ?

La maison Aubercy est née en 1935. Elle est le résultat de l’histoire d’amour de mes grands-parents qui ont souhaité créer, au début de leur mariage, une enseigne de prêt-à-chausser pour homme de grande qualité.

A cette époque, un grand nombre d’hommes, n’appartenant pas forcement aux classes les plus aisées, s’habillait en sur-mesure. Chacun avait son tailleur et son bottier. Mais mes grands-parents ont compris que cette habitude ne durerait pas et ont souhaité dans un formidable rapport qualité prix, allier un luxe artisanal et un soulier disponible immédiatement.

Mon grand-père, qui était un grand travailleur, s’est efforcé, avec ma grand-mère, de monter une maison prestigieuse et respectable. Ils ont souhaité s’installer au 34 de la rue Vivienne, à l’ombre de la Bourse, qui était à l’époque le centre économique de Paris, avec notamment le siège d’entreprises et de grandes banques.

A partir des années 1950, l’entreprise connut un véritable essor grâce à l’amitié que tissa mon grand père avec le dandy parisien Arturo Lopez, collectionneur chilien et grande figure mondaine parisienne. Ce dernier, lui fera rencontrer les plus grands bottiers britanniques qui inspirèrent le style Aubercy. En effet, mon grand-père profita de ces voyages à Londres pour imaginer un style français imité du savoir faire anglais (solidité et rigueur) et italien (finesse des formes et des coutures). Une sorte de synthèse entre ces deux écoles de référence.

Pourriez-vous, nous présenter davantage votre grand-père ?

Mon grand-père André est né en 1898 en Auvergne dans des conditions sociales difficiles. Très tôt, il eut l’ambition de monter à Paris pour prendre son destin en main. A force de rigueur et de travail, et avec l’aide de sa femme Renée, responsable d’un grand magasin de chaussures à Paris, il est devenu, une des références de son métier et de son époque.

Alors que dans sa jeunesse, personne ne lui avait appris au delà de l’essentiel, il devint un véritable puriste dans l’art de vivre à la française. Jamais prétentieux, ni emphatique, il recherchait l’authenticité, il avait compris que la transmission du beau passe par la générosité du cœur et l’affection que l’on porte aux autres. C’est cette vision du monde à nulle autre pareille, cet amour de l’élégance et du raffinement, qui a forgé l’ADN de notre maison et que nous nous efforçons de faire perdurer.

Vous vous situez dans une lignée familiale puisque votre père, après votre grand-père, a présidé à la destinée de la maison Aubercy. Vous avez repris en 1995 les rênes de la maison Aubercy. A quoi ressemble actuellement votre enseigne ?

Mon père, Philippe, a pris la suite de mon grand-père en 1970 et a souhaité, devant l’insistance des épouses de nos clients, développer une gamme de souliers féminins. Je lui ai ensuite succédé en 1995 et nous avons ouvert il y a une dizaine d’années, à Paris, un atelier pour réaliser des chaussures sur mesure. J’avais à cœur, pour satisfaire toujours plus nos clients de leur proposer un soulier unique et personnalisé selon leurs envies. Tout est possible et par exemple, j’ai pu dessiner pour un consul, une paire lui rappelant le Malawi, pays où il résidait et qu’il voulait honorer. C’est cette idée d’un luxe singulier, pensé et réalisé pour chaque client qui est une des singularités de notre maison.

Aujourd’hui nous sommes restés une entreprise à taille humaine. Nous avons sept salariés et nous créons en moyenne mille paires de souliers par an, dont une vingtaine sur mesure, et nous sortons environs 8 à 10 nouveaux modèles par an.

Combien de modèles avez-vous conçus ?

Très honnêtement, je suis incapable de vous répondre, d’autant plus que nous avons créé un certain nombre de paires exclusives que nous n’avons jamais reproduites.

Etait ce, pour vous, une évidence de reprendre les rênes de la maison Aubercy ?

Oui et non. Mon premier rêve a été d’être psychanalyste. J’ai exercé pendant un temps à Paris, puis j’ai fermé mon cabinet pour succéder à mon père en 1995. Si j’ai repris les rênes de notre maison c’était plus pour faire perdurer encore une certaine idée du métier et de ce qu’avaient fait mes ascendants, que pour vendre des souliers.

Depuis tout petit, j’ai grandi dans l’ambiance construite par mon grand-père et je souhaitais prolonger cette culture et l’héritage qu’il nous avait transmis. J’ai toujours passé du temps au magasin où dans l’atelier où j’ai appris le métier. Très tôt, j’ai été marqué par les relations que mes parents ont su tisser avec les clients. Ce sont ces moments humains et de partage qui m’ont convaincu de reprendre le flambeau.


Combien de points de vente avez-vous ? 

Nous en avons trois. Deux à Paris et nous sommes également présent en Corée. Ce n’est pas beaucoup mais nous ne voulons pas risquer de standardiser nos créations et notre relation à chaque client en multipliant nos points de vente. Aubercy doit rester un petit cercle de connaisseurs.

Si nous sommes sensibles à la demande de revendeurs nous posons deux questions préalables avant d’envisager une collaboration.
  • La première consiste à savoir si nos chaussures vont être vendues avec d’autres marques. En effet, nous souhaitons garder une totale indépendance et ne pas nous confondre avec d’autres bottiers.
  • Ensuite, nous demandons à notre interlocuteur s’il a l’habitude de porter nos souliers. Nous nous considérons comme les ambassadeurs de notre maison et nous ne pouvons pas concevoir que nos vendeurs ne connaissent pas véritablement nos produits.
Ces deux questions surprennent, mais elles sont pour nous essentielles. Cependant, nous serions très heureux de rencontrer, de par le monde, de véritables ambassadeurs de notre maison et favorables à l’ouverture d’autres magasins qui pourraient également vendre, par exemple, des vêtements venant d’ateliers indépendants et de maisons de qualité.

Avez-vous d’autres projets pour l’avenir de votre maison ? 

Oui, je souhaite poursuivre le travail engagé depuis plus de 80 ans en réalisant des souliers dont nous sommes fiers de signer de notre nom. J’aimerais continuer à proposer des souliers de prêt à porter, des commandes spéciales pour les amoureux des beaux objets qui pensent que le luxe est unique et des chaussures de Grande Mesure qui sont, la Haute Couture de mon métier.

Je souhaiterais également embaucher un bottier supplémentaire et un maroquinier pour partager et diffuser le plaisir du cuir, du geste et de l’art du soulier fait main. Continuer de faire vivre l’émotion, l’authenticité et l’élégance. Susciter de nouvelles rencontres car pour reprendre les mots de Saint Exupéry, « La grandeur d'un métier est peut être avant tout d'unir les hommes, mais il n'y a qu'un luxe véritable et c'est celui des relations humaines ».

https://www.aubercy.com




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