Journal de l'économie

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Billets : pour longtemps, le moyen de paiement le plus pratique et le plus sûr (5/5)

Notre série sur l'histoire de la monnaie





Le 24 Octobre 2014, par

(Partenariat éditorial)


Crédit : JDE / Ingimage
Crédit : JDE / Ingimage
Aujourd’hui, sur toute la surface de la planète, des millions d’êtres humains manipulent des billets. Depuis son invention, en Chine, voici plus d’un millénaire, le billet est devenu le support le plus commun des échanges qui, tout au long d’une journée, rythment la vie des hommes.

Même si le nombre de billets en circulation est bien sûr impossible à connaître précisément, on estime qu’à l’échelle mondiale près de 400 milliards de ces petits papiers imprimés passent de main en main ou sont stockés en vue d’une utilisation ultérieure. Mis bout à bout, ces billets atteindraient une longueur totale 750 fois supérieure à la circonférence de la terre ! Sans billet, la plupart de nos sociétés ne pourraient tout simplement pas continuer à fonctionner.
 
De même si, comme cela s’est produit plusieurs fois dans l’histoire, le public venait à douter de la fiabilité des billets en circulation, tout le système économique et commercial se retrouverait rapidement paralysé. D’où un immémorial combat contre le faux monnayage. Celui-ci n’est bien sûr pas né avec le billet de banque : aussitôt que les hommes ont recouru à l’usage de la monnaie pour assurer le paiement de biens ou de services, certains ont eu l’idée maligne de fabriquer de la fausse monnaie.
 
Dans son histoire de la monnaie, Vincent Lannoye souligne l’inventivité des faux-monnayeurs de l’Antiquité : « Les stratagèmes des faussaires étaient éprouvés. Le métal précieux s’obtenait parfois par rognage, grattage ou suage des pièces officielles. Le suage consistait à secouer un sac de pièces. Le frottement des pièces entre elles produisait une précieuse poussière collectée au fond du sac de cuir. Avec les poussières et les copeaux récoltés, les faux-monnayeurs fondaient des rondelles altérées et les frappaient au marteau en imitant les gravures officielles. Également, un ajout de cuivre dévaluait le titre en métal précieux. »
 
Le langage courant conserve la trace de la lutte contre le faux-monnayage. L’expression « espèces sonnantes et trébuchantes » fait ainsi référence à la capacité des changeurs à juger de la qualité d’une pièce en recourant à l’ouïe et, lors de la Renaissance, à une balance de précision baptisée « trébuchet ». Toutefois, avec le développement de la monnaie fiduciaire, reposant sur la seule confiance des agents économiques, l’enjeu s’est encore renforcé.
 
Par définition, les billets ont une valeur intrinsèque bien inférieure à leur valeur nominale, puisqu’il ne s’agit après tout que de bouts de papiers. C’est pourquoi, depuis toujours, les émetteurs et les fabricants de billets ont développé des techniques visant à les rendre infalsifiables. Bien sûr, il s’agit d’un combat jamais gagné exigeant, pour les fabricants, de rester toujours à la pointe de la technologie pour garder un temps d’avance sur les faussaires. La plupart des entreprises spécialisées dans l’impression des billets de banque sont, aujourd’hui, des entreprises de haute technologie investissant une part substantielle de leurs bénéfices dans la R&D.
 
Ici encore, cela ne date pas d’hier. Si bien que l’évolution de la forme et de l’allure des billets au cours de l’histoire résulte grandement de la quête d’inviolabilité. Dans une conférence consacrée à l’histoire et à l’iconographie du billet, Patrick Ladoue, Caissier conservateur des collections numismatiques de la Caisse Générale de la Banque de France rappelait ainsi que l’impression des billets noirs a été abandonnée définitivement en 1862 parce que l’invention de la photographie permettait de les contrefaire plus facilement. « À partir de 1862, explique-t-il, les billets de la Banque de France sont imprimés avec une encre bleue provenant de la manufacture royale de Schneeberg en Saxe, le bleu étant la couleur la moins photogénique qu’on ait pu isoler. De plus, le verso devient différent du recto afin de faire obstacle à la reproduction photographique par transparence (1). » Et c’est un même souci de sécurité qui a conduit à privilégier ensuite la polychromie pour le plus grand plaisir des collectionneurs.
 
Après plus d’un millénaire de bons et loyaux services, le billet va-t-il maintenir sa position privilégiée parmi les moyens de paiement courants ? Certains, peut-être aveuglés par les effets de la révolution numérique, prédisent sa disparition au profit de la seule carte de crédit, ou du règlement des achats quotidiens via son téléphone portable, ce qui ne laisserait subsister à terme que la monnaie scripturale, c’est-à-dire de simples jeux d’écritures entre banques. Mais il est permis de douter de la validité de telles prophéties étendant au domaine monétaire les phénomènes qui frappent aujourd’hui le secteur de la production musicale ou cinématographique.
 
C’est en effet oublier que la monnaie n’est pas un bien comme un autre. Comme nous l’avons vu au fil de notre série sur l’histoire de la monnaie fiduciaire, il s’agit d’un bien stratégique reposant sur la confiance et dont l’altération a des impacts potentiellement dramatiques sur le fonctionnement de la société tout entière.
 
Dès lors, connaissant la fragilité intrinsèque des systèmes complexes que sont les réseaux informatiques, la plupart des États considèrent qu’il serait extrêmement hasardeux de s’en remettre à eux seuls. En effet, sans même évoquer le cataclysme que constituerait un bug de grande ampleur, il est préférable – dans un contexte de développement des fraudes numériques voire du cyberterrorisme - que la persistance de pièces et de billets permette de restreindre les effets d’éventuels dysfonctionnements même localisés ou provisoires.
 
Le billet en effet n’est pas exposé aux mêmes risques qu’une monnaie exclusivement virtuelle. Il cumule les avantages de la haute technologie dont il est un concentré avec la robustesse et la résilience héritée de ses lointaines origines.
 
Enfin, ultime atout, les pièces et les billets ont la faveur des hommes et des femmes de la rue. Et ceux-ci n’ont certainement pas tort de s’y montrer attachés. Il est en effet un autre argument qui plaide en faveur du maintien des pièces et billets : contrairement aux supports numériques, ce sont des moyens de paiement anonymes. Dans une société découvrant peu à peu que la société numérique peut se muer extrêmement rapidement en société de contrôle et de surveillance, le billet pourrait bientôt devenir un instrument indispensable au maintien d’espaces de liberté.
 
Le billet n’est pas seulement simple, pratique, sûr, et souvent beau. Il est aussi démocratique. Voilà pourquoi, il n’est pas près de disparaître de nos poches.
 
 
(1) « Histoire et iconographie du billet », texte préparé par Patrick Ladoue pour une conférence à Poitiers le 17 janvier 2002, dans le cadre du programme « du franc à l’euro : l’histoire de notre monnaie »


Oberthur Fiduciaire
Oberthur Fiduciaire est une entreprise spécialisée dans l’impression de haute sécurité. Fondée en... En savoir plus sur cet auteur


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