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Filière de l’optique, l’union fera la force





Le 8 Octobre 2014, par

Le 25 septembre 2014, près d’une vingtaine d’acteurs de la filière optiques -opticiens, ophtalmologistes et fabricants de produits- se sont réunis pour la première fois pour donner une conférence commune. Principale annonce de cet événement : le lancement d’un document socle de propositions de la filière optique, intitulé « Qualité et santé visuelles. Pour une filière d’excellence ». L’enjeu du document est double : alimenter le débat politique, économique et social sur les soins visuels, mais surtout promouvoir une filière optique de qualité replaçant le patient au centre des préoccupations.


Une initiative sous forme de « Livre Blanc »

(Public Domain)
(Public Domain)
Le milieu de l’optique a été plus que chahuté sur l’année écoulée, avec des débats portant essentiellement sur le prix des prestations optiques ou sur les délais d’attente chez les ophtalmologistes. Après avoir contre-attaqué en ordre dispersé, la filière souhaite reprendre l’initiative sur le fond en rangs serrés, et en finir avec l’image d’un secteur de l’optique vécu comme « le parent pauvre de la santé publique » selon l’expression de Ludovic Mathieu, directeur général d’Essilor France.

Dans un contexte d’évolution de la législation du fait de la loi Consommation qui entend faciliter la vente en ligne), de l’encadrement des prestations optiques dans les contrats des complémentaires santé et de la baisse du pouvoir d’achat des Français, la filière a décidé de s’unir pour agir. « Le gouvernement a entendu tellement de voix discordantes qu'au final, il n'a rien compris de nos demandes et a légiféré. Nous aurions été audibles si nous avions parlé ensemble », glisse sous forme de préambule Yves Guénin, secrétaire général d’Optic 2000.

D’ores et déjà, une vingtaine d’acteurs de la santé visuelle, industriels, distributeurs, médecins, opticiens, orthoptistes, qui espèrent être rejoints par beaucoup d’autres, ont annoncé le lancement du socle de propositions intitulé « Qualité et santé visuelles. Pour une filière d’excellence ».

Ce document a pour objectif principal de replacer le débat sur le terrain des enjeux de santé et de qualité. C’est une des raisons pour lesquelles le projet a réussi à fédérer autour de lui aussi bien des médecins que des industriels de l’optique. 

Liberté et égalité d’accès aux soins, fraternité économique et sociale

L’ambition du manifeste est de resituer les enjeux de la filière optique dans son contexte global : économique, d’une part (prix des équipements, niveaux de remboursements, accès aux soins), mais aussi industriel (made in France et qualité de fabrication), médical (formation des opticiens, fluidité du parcours de soins), et sanitaire (accompagnement des porteurs de lentilles par exemple). « Chacun défend son rôle dans la santé. C’est une fonction logique mais on oublie trop souvent le patient qui effectue tout un parcours de soins », justifie Yves Guénin. La filière optique, du fabricant de produits optiques au suivi de l’usager final, avec une attention particulière pour ce dernier, entend favoriser l’accès aux soins et à la délivrance de produits de qualité.

Cette volonté des acteurs de l’optique se fonde sur une analyse de l’état de la santé visuelle en France et de ses conséquences. 10 millions de personnes auraient besoin de corriger leur vision. Le coût économique d’une mauvaise vision dans le monde du travail est estimé à une perte de productivité de l’ordre de 2,1 milliards d’euros par an, selon l’Observatoire des Enjeux de la Vision. Mais « la santé visuelle dépasse largement les seuls enjeux économiques » martèle le directeur général d’Essilor France. Les soins visuels subissent un effet de ciseaux : alors que le nombre de spécialistes est en diminution (35 % d’ophtalmologistes en moins d’ici 2050), les besoins d’une population vieillissante augmentent (30 % de la population française aura plus de 60 ans à la même date).

Sur la seule question du coût des équipements, les professionnels de l’optique font d’ailleurs remarquer que la TVA prélevée sur la fourniture des équipements est d’un montant cinq fois supérieur à ce que rembourse la sécurité sociale. Mais le collectif entend surtout « être force de proposition constructive pour maîtriser ensemble l’avenir de la filière. »

Propositions et axes de réflexion

« Il n’y a pas de solution miracle, il y a des solutions » fait valoir à juste titre Xavier Subirana, ophtalmologiste parisien associé à la rédaction du socle de propositions. La première piste envisagée par le collectif concerne l’aspect qualité de la filière : qualité des dispositifs médicaux d’une part (normalisation, traçabilité des produits…) mais aussi qualité de prise en charge (certification de la qualité de service, formation des opticiens au niveau licence, création d’une autorité professionnelle indépendante…).

Le deuxième grand volet de propositions concerne plus spécifiquement le parcours de soins : il s’agit de favoriser l’accès à la santé visuelle, en construisant avec tous les acteurs concernés une meilleure répartition des activités ou en utilisant les moyens qu’offrent les évolutions technologiques. Sont évoqués à ce sujet la création d’un dossier médical optique ou encore la télémédecine. Xavier Subirana a notamment souligné le rôle que peuvent jouer les opticiens disposant d’un « maillage territorial privilégié, constituant un véritable appui national. » A l’instar de ce maillage, la filière pâtit pour l’instant d’une trop grande fragmentation entre des acteurs avançant en ordre dispersé, face à un gouvernement qui considère des questions de santé publique sous le seul angle du prix des équipements. L’objectif de la filière est donc de participer à harmoniser les positions.

« Notre démarche est une démarche d’ouverture. Nous sommes prêts à débattre avec tous ceux qui souhaitent valoriser la qualité et la santé visuelles » conclut Yves Guénin. Et c’est là l’opportunité représentée par ce Livre blanc : avancer sur ces enjeux de santé publique sur la base d’un dialogue et d’une concertation.

Mis à jour le 23 octobre 2014


Grégoire Moreau
Journaliste et blogueur, je me suis fait avec le temps une spécialité des questions techniques et... En savoir plus sur cet auteur


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