Journal de l'économie

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Fusions-acquisitions, innovations et révolution digitale





Le 14 Mars 2016, par

Les fusions-acquisitions sont très souvent le reflet de tendances en matière de stratégies d’entreprise, notamment dans la façon dont elles entendent gérer les processus de création de valeur et les modes de relations inter-firmes. Dans ce domaine, le développement continu des technologies de l’information et de la communication (TIC), la révolution digitale et les changements technologiques en cours viennent profondément modifier les enjeux et l’intensité de ces rapprochements.


Le développement par fusions-acquisitions constitue, aujourd’hui, l’un des modes de développement les plus répandus. Associé aux politiques de croissance externe, il est un des moyens mis en œuvre par les entreprises pour mener des stratégies de spécialisation, d’intégration verticale ou de diversification. Les fusions-acquisitions sont par conséquent au cœur des politiques industrielles et technologiques. Elles n’en sont pas pour autant les seules manifestations en termes de développement. À l’instar d’autres modes de développement (croissance interne et croissance conjointe) (1), les opérations de fusions-acquisitions sont avant tout un instrument au service des objectifs et motivations de la firme.

Illustration: IngImage
Illustration: IngImage
Ces opérations sont essentiellement des pratiques de réalisation à caractère juridique, permettant de mettre en œuvre une stratégie de croissance externe. Elles ne constituent donc pas une stratégie en soi. Elles sont essentiellement un moyen au service du développement de l’entreprise. Elles sont le reflet de certaines tendances en matière de politiques d’entreprise, notamment dans la façon dont les dirigeants entendent gérer le processus de création de valeur et les modes de relations inter-firmes (2). Dans ce domaine, le développement continu des technologies de l’information et de la communication, la révolution digitale et les changements scientifiques en cours viennent profondément modifier les enjeux et l’intensité de ces rapprochements.

En effet, aux motivations de pouvoir sur les marchés ou de valorisation de ressources existantes ou acquises (brevets, marques, technologies, système d’offres), les fusions acquisitions d’aujourd’hui, sans remettre en question l’intérêt de ces démarches, laissent envisager d’autres motifs au rapprochement, qu’il s’agisse de motivations stratégiques défensives ou offensives. Ainsi, lorsqu’on étudie certains secteurs d’activités (grande distribution, hôtellerie, banques et assurances, immobilier…), l'anticipation des ruptures technologiques qui bouleverseront la structure de ces économies apparaît l’une des raisons principales aux mouvements de concentration. Par exemple, dans le secteur de la Distribution, les créations d’alliances depuis 2014 (Système U-Auchan, Intermarché-Casino, Carrefour-Coria) et les mouvements en cours autour de Darty (et la rivalité Fnac-Conforama) ne font qu’amplifier une tendance, qui verra d’ici 10 ans, près de la moitié des enseignes en Europe, passées sous la coupe d’un nouvel acteur économique. Ce virage s’explique en grande partie par les innovations digitales (magasin virtuel 3D, puces RFID, paiement sans contact, buy in one click…) à venir dans la grande distribution et la nécessité d’une stratégie désormais multicanale et ominicanale.

De même, dans des secteurs hautement technologiques et innovants, on assiste également au renforcement de fusions-acquisitions dans les secteurs des Technologies, Médias et Télécom (avec les géants du Web, comme Amazon Web Services, Microsoft ou Google) ou de l'industrie pharmaceutique (avec l'absorption d'Allergan par le groupe américain Pfizer). Le recours à ces opérations dans un environnement hypercompétitif s’explique ici par la volonté de générer de nouveaux "produits-services" (base de données, stockage, réseau, logiciels, sécurité) fondés sur des innovations technologiques et marketing (nouveaux usages).

Les transformations techniques et technologiques combinées au progrès scientifique viennent par conséquent donner aux stratégies de fusions et d’acquisitions, une portée et une ampleur rarement égalées, en raison de la nécessité pour les entreprises de transformer ou réorienter durablement leur modèle économique devant le rythme effréné des changements en cours. Elles posent aussi la question de l’intégration rapide et risquée des équipes techniques, commerciales et R&D (infrastructure IT, nouvelles offres, nouveaux systèmes) dans des rapprochements à forte valeur stratégique (innovation majeure ou de rupture), où efficacité et rapidité sont parfois difficilement conciliables.

Notes

(1) Meier O. (dir.), Stratégies de croissance, Editions DUNOD, 2009.

(2) Meier O., Schier G., Fusions acquisitions: stratégie, finance, management, Editions DUNOD, 2016.


Olivier Meier
Olivier Meier est Professeur des Universités, directeur de recherche au Lipha Paris Est et visiting... En savoir plus sur cet auteur


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