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Grippe aviaire H5N1 : la France est-elle préparée à affronter une épidémie ?





Le 9 Janvier 2014, par

Après plusieurs années de « silence » de la souche virale, la grippe aviaire fait à nouveau des victimes chez l’homme au Canada. Après les errements de la vaccination préventive à grande échelle contre la grippe A, quelle évaluation font les autorités sanitaires de la situation ?


(Credit : Creative Commons Attribution / wikimedia.org)
(Credit : Creative Commons Attribution / wikimedia.org)
Après un voyage en Chine, une canadienne est décédée début janvier des suites d’une infection par le virus H5N1, sous-type le plus virulent du virus de la grippe aviaire. Il s’agit du premier cas mortel en Amérique du Nord.

Le virus H5N1 est une épizootie, une ''maladie qui frappe simultanément un grand nombre d'animaux d'une même espèce'', selon la définition du gouvernement. Elle est propre à plusieurs espèces d’oiseaux et de volailles qui ne présentent généralement aucun symptôme apparent de la maladie, et se répand à très grande vitesse dans les élevages industriels d’Asie et en particulier de Hong-Kong, « zone administrative spéciale » de Chine dans laquelle le virus a été détecté pour la première fois en 1997. Après plusieurs années sans qu’aucun cas mortel de transmission à l’homme ne soit détecté, le virus réapparait entre 2003 et 2004 et se répand en Asie, en Afrique et en Europe où il s’installe durablement au sein de plusieurs espèces d’oiseaux endémiques et provoque plusieurs centaines de décès chez l’homme.

Bien que l’infection nécessite pour l’instant un contact quasi-direct entre un volatile infecté, mort ou vivant, et un être humain, la probabilité de transmissions interhumaines augmente en fonction du nombre de personnes infectées, du fait des capacités du virus à muter vers une forme transmissible d’hommes à hommes au fur et à mesure des contaminations. En clair, contrairement au virus H7N9 qui a tout de même fait début décembre deux morts en Chine, mais qui ne peut se transmettre d’homme à homme, le virus H5N1 a la faculté d’évoluer vers une forme qui pourra directement se transmettre d’un hôte humain vers un autre.

Une personne contaminée à la fois par une souche aviaire et une souche humaine pourrait ainsi provoquer « naturellement », par mutations, l’émergence d’un nouveau sous-type, transmissibles entre êtres humains. C’est la raison pour laquelle, sur sa page consacrée à cette infection en particulier, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) précise : « le virus aviaire H5N1 demeure un virus grippal à potentiel pandémique, car il continue à circuler à grande échelle dans certaines populations de volailles. La plupart des personnes ne sont probablement pas immunisées contre ce virus qui peut occasionner chez eux de graves maladies et des décès. »

Depuis 2003, environ 650 cas de grippes H5N1 ont ainsi été répertoriés dans 15 pays ; 60% des patients contaminés sont décédés des suites de l’infection, avec un bilan provisoire d’environ 350 décès. Il n’existe à l’heure actuelle aucun vaccin, ni aucun traitement fiable pour le contrer, bien que l’action d’antiviraux comme l’oseltamivir soit mise en avant par l’OMS comme moyen de lutte. Avec un temps d’incubation moyen de sept jours, il est tout à fait possible d’être contaminé en Chine ou ailleurs et de ramener avec soi le virus dans son pays d’origine, bien avant l’apparition des premiers symptômes. L’OMS, ajoute ainsi que « dans le monde interconnecté d’aujourd’hui, une épidémie localisée peut se transformer rapidement en pandémie, laissant peu de temps pour préparer une riposte de santé publique permettant d’enrayer la propagation de la maladie. »

Pour l’instant, c’est la non-transmissibilité d’hommes à hommes qui nous met à l’abri de scénarii pandémiques. Mais en 2011, le professeur Ron Fouchier et ses collaborateurs de l’Erasmus Medical Center de Rotterdam parviennent à créer en laboratoire un virus transmissible entre mammifères, et donc potentiellement entre hommes. Bien que l’expérience ait été jugée dangereuse par une partie de l’opinion mondiale, elle a néanmoins été saluée par communauté scientifique, comme piste prometteuse dans l’élaboration d’un futur vaccin. Il ne s’agit pas en effet d’attendre que le virus mute naturellement pour commencer à se poser la question d’un vaccin.

Échaudées par l’affaire des vaccins contre la grippe A, il n’est pas évident non plus que les autorités sanitaires françaises se risquent à récidiver dans des actions de prévention massives : elles avaient eu à l’époque une utilité très discutable et des coûts démesurés par rapport à la réalité de la menace.


Grégoire Moreau
Journaliste et blogueur, je me suis fait avec le temps une spécialité des questions techniques et... En savoir plus sur cet auteur


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