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Innover en France : perspectives et avenir





Le 16 Juin 2014, par


Journal de l'Economie : Avec un peu de recul, peut-on porter un regard optimiste sur la situation de la France en matière de R&D ? Sommes-nous encore une puissance technologique et une nation entreprenante et créative ?

Innover en France : perspectives et avenir
Sébastien Pichon : En France on parle souvent des trains en retard et trop peu des entreprises ou des sites qui performent.
 
Je travaille par exemple actuellement avec un site industriel français d’un grand groupe international, qui est le leader en production de toutes les usines de son groupe, tous pays confondus. C’est la preuve qu’on peut être une usine en France et être plus performant que tous les autres pays, même ceux à bas coût. Sans une organisation innovante de son process de production, cette usine n’y serait jamais arrivée. Ils sont également d’ailleurs très bien placés en R&D par rapport aux autres sites ailleurs dans le monde… il n’y a pas de hasard dans cette affaire.
 
Et je ne parle pas de toutes les PME qui fourmillent d’idées et que nous croisons régulièrement sur le terrain.
 
Stéphane Sapolin : Il est en effet aujourd’hui accepté de considérer que la recherche française ne rayonne plus autant qu’elle a pu le faire au cours des siècles passés. Pour autant, dans ce monde en pleine mutation, la France continue de tenir un rang de premier plan, et je ne la perçois pas en déclin. Bien entendu, les métiers évoluent, la transition n’est pas aisée et certains secteurs peinent plus que d’autres, mais la France construit son avenir, elle porte une dynamique positive.
 
Cela se traduit de multiples façons.  D’un point de vue des décisions politiques, avec, par exemple, la mise en place des investissements d’avenir, de l’élargissement des prérogatives de la BPI, de structures adaptées telles que les Pôles de Compétitivité, qui doivent encore évoluer vers plus de maturité.
 
Sébastien Pichon : En fait nous sommes une nation très créative. C’est la mise en application de cette créativité qui pèche parfois, mais les dispositifs comme le CIR existent justement pour aider à concrétiser cette créativité.
 
Personnellement, les innovateurs que je croise au quotidien, ingénieurs et chefs d’entreprises, me font un peu penser aux explorateurs des temps passés : ils se lancent dans une aventure dont ils ne savent pas avec certitude où elle les emmènera, ni même si elle va aboutir ! Et à force d’énergie et de détermination ils aboutissent, non sans mal, à de belles découvertes. Mais l’investissement matériel et humain demandé est prodigieux…
 
Il ne faut donc pas que ces personnes perdent leur envie d’investir une telle énergie en France. Pour l’instant des dispositifs comme le CIR assurent que ces projets se déroulent encore sur notre territoire, ce qu’on a souvent tendance à oublier lorsqu’on le critique.
 
Stéphane Sapolin : Les chefs d’entreprises que nous rencontrons régulièrement ne sont pas abattus, et continuent de faire vivre la R&D et l’innovation au travers des projets de leurs sociétés. Les laboratoires publiques participent de plus en plus aux projets de recherche en collaboration avec le secteur privé, et se nourrissent les uns des autres. Là encore, la simplification des appels à projet pour les demandes de l’Agence Nationale de la Recherche, ou la mise en place des Laboratoires Communs, la création des SATT (Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies) va dans le bon sens, même si on peut déplorer un formalisme encore trop complexe. Mais ce sont surtout les mentalités qui évoluent, et si ces deux mondes ne se connaissent pas encore assez, gageons cela devrait évoluer positivement dans les années à venir.
 
La société civile, au-delà des structures existantes, apporte sa pierre à l’édifice via l’émergence du crowdfunding. Ce type de financement participatif, qui peut assister les projets arrivés à maturité sur le marché, vient d’être promu le 14 février 2014 par un nouveau cadre réglementaire, qui devrait placer la France en pionnier de ce système.
 
Sébastien Pichon : On peut toujours arguer du fait que lorsque les crédits se resserrent, certaines entreprises trouvent des solutions originales pour se financer. Mais d’une part, toute énergie consacrée à ce sujet n’est pas consacrée directement à produire ou à innover, ce qui constitue un handicap par rapport à la concurrence internationale. Et d’autre part, rien ne se délocalise plus facilement que le capital intellectuel. S’il devient plus facile d’innover ailleurs, pourquoi rester en France ? Il faut donc être vigilant sur le sujet, si on ne veut pas que la majorité de nos jeunes entrepreneurs partent à l’étranger et décident d’y rester pour de bon.
 
Stéphane Sapolin : Il faut bien avoir conscience que la France possède parmi les meilleurs chercheurs et ingénieurs au monde, avec des infrastructures de très haute qualité. Tout cela participe d’un écosystème qui, avec une fiscalité de plus en plus incitative, contribue à créer un environnement favorable à la R&D.
 
Les sociétés étrangères et françaises ne s’y trompent pas, et viennent installer ou pérenniser leur centre de recherche en France. On peut citer Safran sur le site du Bouchet, à Itteville, Google à Paris, Intel à Sophia Antipolis et depuis peu Rakuten, une société japonaise spécialisée dans le secteur de l'économie numérique, qui vient d’installer son centre de R&D Européen à Paris, mettant notamment en avant l’avantage procuré par le Crédit d’Impôt Recherche et la qualité des ingénieurs français.
 
S’il est certain que la R&D ne redressera pas à elle toute seule l’économie française, elle est une pierre angulaire sur laquelle la France devra s’appuyer pour continuer à exister dans un monde ultra concurrentiel.

Sébastien Pichon est associé au sein du cabinet de conseil EIF Innovation. Il est titulaire d’un doctorat en biologie et biotechnologie et enseigne par ailleurs la fiscalité de l’innovation à l’université Paris 7.

Stéphane Sapolin est consultant expert pour EIF Innovation depuis 2012, cabinet qu’il a intégré après une longue expérience en tant que journaliste scientifique et consultant en cabinet de conseil.


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EIF Innovation est une filiale de la société EIF. Présent sur le marché du conseil depuis plus de... En savoir plus sur cet auteur


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