Journal de l'économie

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"Luttons contre la désertification industrielle", témoignage de Jean-Marc Buonanno, dirigeant d'entreprise de la région lyonnaise





Le 18 Avril 2014, par Jean-Marc BUONANNO

Si les quelques cas de relocalisations industrielles suscitent beaucoup d'espoirs chez l'actuelle majorité, le phénomène de désertification industrielle de pans entiers du territoire n'a pas cessé pour autant, loin de là. Avec à l'esprit la conviction que ce sont les entreprises et les industries qui font l'emploi, Jean-Marc Buonanno, dirigeant d'entreprise de la région lyonnaise, lance un cri d'alarme sur la situation économique.


(Credit : Creative Commons.org)
(Credit : Creative Commons.org)
La France, aujourd’hui, souffre d’un chômage qui atteint les 10% et d’un manque de croissance lié à un déficit de compétitivité de nos entreprises. Il n’y pas une semaine qui passe sans l’annonce d’une fermeture d’usine ou d’un plan de licenciement massif. Le dernier en date concerne 400 postes supprimés chez Alstom Transport le 15 avril dernier. Les média ne relaient en revanche pas les centaines de licenciement qui ont lieu dans un silence assourdissant et de manière quasi quotidienne dans les TPE ou les PME.

La situation est tout simplement révoltante, nous mourrons à petit feu. Je veux délivrer ici le témoignage d’un dirigeant d’entreprise qui lève le nez du guidon, se donne le temps de réfléchir et prend la plume quand d’autres préfèreraient prendre les armes. Chacun sa manière de combattre, pour ma part j’ai encore confiance dans la capacité de nos élites à se mobiliser et à faire bouger les lignes. La réforme en profondeur de notre économie est une nécessité impérieuse. L’alternative n’est pas réjouissante, c’est le chômage de masse, la montée des extrêmes, l’implosion du système et –n’ayons pas peur des mots- la révolution. Il n’est donc plus le temps de gémir, mais celui d’agir. Simple instinct de survie.
 
L’un des enjeux essentiels de notre économie est le coût du travail. Il s’agit d’un serpent de mer depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, sa réforme engage le devenir de notre industrie. Il s’agit d’une évidence qui m’apparait après 23 années d’expérience lyonnaise dans le secteur de la chimie  et de la verrerie industrielle.
 
Doit-on continuer à faire porter sur la seule valeur travail (les salaires bruts), les charges de notre modèle social ? La réponse est clairement négative. Les limites de ce système né de l’immédiat après-guerre sont dépassées, il nous faut réinventer une solution, sans pour autant sacrifier le modèle social Français.
 
Que faire ? L’hypothèse de base, est de décharger les entreprises d’une partie importante des charges patronales, en les transférant massivement et immédiatement sur le chiffre  d’affaire, et donc la TVA. Rien de bien révolutionnaire me diriez-vous, mais cette fois, j’ai choisi en partant d’un exemple simple, de tester l’’intérêt et les limites de ce système.
 
Prenons l’exemple de cette entreprise industrielle au sein de laquelle j’exerce, qui existe depuis 90 ans. Les salaires bruts représentent 30% du CA, les charges patronales  s’élèvent à 50% des salaires bruts, soit 15% du CA. Pour un revenu brut de 100 €, les salariés touchent en net 80 €. Je raisonne sur hypothèse d’augmentation de la TVA de 5% (soit 5 points, de 20 à 25%). Comment utiliser cette marge ? L’erreur serait de la consacrer au financement de la dette, ou pire, pour augmenter les dépenses et écraser plus encore les salariés, qui ont dû supporter l’intégralité des crises successives, d’un point de vue financier et moral.
 
Le surplus de revenus générés par cette augmentation, devrait permettre de répondre à 5 objectifs :
  • Redonner des marges à nos entreprises, pour la compétitivité.
  • Redonner du pouvoir d’achat aux salariés.
  • Redonner le goût aux industriels de produire en France.
  • Soutenir l’exportation.
  • Être neutre fiscalement.
 
Revenons à notre PME Lyonnaise qui n’en espère pas tant. Prenons une hypothèse de CA taxable de 10 000 000 €, l’augmentation de 5 points de TVA génèrerait 500 000 €. L’incidence sur l’entreprise de cette augmentation  serait nulle dans le cadre de relation B to B, forte en dans le cas de relation B to C.
 
A cette annonce naturellement, les syndicats crieraient au scandale, dénonçant un impôt perçu comme injuste, et qui plombe le pouvoir d’achat de 5 points, ce serait l’émeute. Il faudrait donc que ce surplus de TVA aille en priorité aux salariés. Cette augmentation de TVA devrait donc être compensée par une réduction des retenues salariales de 5 points. Au lieu de toucher 80 € sur 100 € bruts, ils se verraient verser 85 €. Si la masse des salaires bruts de l’entreprise s’élève à 3 000 000 €, cela signifie donc que 150 000 € seraient reversés aux salariés. Le produit de l’augmentation de la TVA étant de 500 000 € au total, le « reste à distribuer » serait de 350 000 €. Cette somme pour être utilisée efficacement au service de la compétitivité de l’entreprise devrait servir dans son intégralité à diminuer les charges patronales pour encourager l’embauche et redonner des marges d’action à l’entreprise.
 
On peut ainsi créer sur des zone industrielles, existantes, en déclins, ou à revitaliser, des pôles industrielles compétitifs, en soutenant les activités hier encore destinées à être délocalisées, et opérer des sauvetages de dernières minutes sur entreprises, pas assez rentables aux yeux des actionnaires. De plus l’augmentation immédiate des salaires nets permet un regain de consommation et de confiance, et surtout générer de nouvelles rentrées fiscales.
 
Sur les simulations faites ci-après, je fais varier, le pourcentage de la masse salariale brute, et le niveau de TVA.
 
Cette simulation porte sur des hypothèses d’augmentation de la TVA de 5 à 8 points, et des % de masse salariales de 20 % à 50 %, du CA.
Il semble pertinent pour les entreprises de type industriel, ayant ces caractéristiques, avec des allègement de charges patronales qui vont de – 64 %, à -10 %. Donc, très au-delà de tous les dispositifs existants, pour un coût nul, faut-il encore le rappeler.

Outres les avantages déjà énumérés, système simple, rapide à mettre en œuvre, peut se décliner par type d’industrie, par zone géographiques à réindustrialiser d’urgence, compréhensible par tous. En fonction de la typologie d’entreprise à aider, les industries devraient être les grandes gagnantes, de leur survie, l’économie française en dépend. C’est aussi simple que cela.
 
Alors osons, voir exigeons des baisses de charges patronales massives, de minimum 25%, avec des baisses de cotisations des salariés, compensées par une hausse de la TVA. Il en va de la survie de notre économie et de l’avenir de notre pays.

Hypothèse d'une hausse de la TVA de 5 points


Hypothèse d'une hausse de la TVA de 6 points


Hypothèse d'une hausse de la TVA de 7 points


Hypothèse d'une hausse de la TVA de 8 points




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