La prise de position de Marylise Léon s’inscrit dans une continuité idéologique claire : la CFDT considère la « préférence nationale » comme un principe incompatible avec sa conception du syndicalisme. La secrétaire générale estime que ce type de projet introduit une division au sein du monde du travail en distinguant les salariés selon leur nationalité, ce qui revient selon elle à organiser une forme de stigmatisation incompatible avec l’égalité des droits sociaux. Cette position explique son refus d’engager un dialogue politique avec le Rassemblement national, qu’elle juge porteur d’une vision du travail fragmentée et identitaire. Déjà en 2025, elle expliquait que la CFDT s’opposait « farouchement » aux projets de l’extrême droite, considérant qu’ils affaiblissent les travailleurs plutôt que de les défendre. Derrière cette position se dessine une doctrine syndicale précise : pour la CFDT, le travail constitue un espace universel de droits, et non un instrument de hiérarchisation nationale. Le refus du dialogue avec certaines forces politiques n’est donc pas seulement tactique, mais relève d’une conception normative du rôle syndical.
La CFDT, un syndicalisme réformiste fondé sur le dialogue social
Depuis plusieurs décennies, la CFDT s’est affirmée comme le principal syndicat réformiste français, privilégiant la négociation et la recherche de compromis plutôt que la confrontation systématique. Cette orientation remonte aux évolutions stratégiques engagées à partir des années 1990 et au tournant de la « refondation sociale », où la centrale s’est imposée comme un partenaire central des négociations nationales. L’arrivée de Marylise Léon à la tête du syndicat en 2023 s’inscrit dans cette tradition. Son parcours interne, centré sur les questions de conditions de travail, de transition industrielle et de responsabilité sociale des entreprises, confirme une ligne réformiste attentive à la protection des salariés dans un contexte économique en mutation. Ce positionnement explique que la CFDT refuse de s’inscrire dans une logique d’affrontement idéologique global. Elle revendique au contraire un rôle d’intermédiaire entre salariés, entreprises et pouvoirs publics, visant à obtenir des avancées concrètes par la négociation. Cette stratégie l’amène à dialoguer avec des gouvernements très différents, mais à fixer des lignes rouges lorsque les principes d’égalité ou de solidarité sont remis en cause.
Une position syndicale au cœur du débat politique français
La déclaration de Marylise Léon intervient dans un contexte politique marqué par la montée des tensions sociales et par la recomposition du paysage partisan en vue de l’élection présidentielle de 2027. Pour la CFDT, le risque principal réside dans l’instrumentalisation du travail à des fins identitaires ou sécuritaires, au détriment des questions sociales structurelles. La dirigeante syndicale a déjà averti que les reculs sociaux alimentent mécaniquement la progression de l’extrême droite, estimant que la dégradation des conditions de travail et du pouvoir d’achat nourrit les frustrations politiques. Dans cette perspective, la CFDT cherche à maintenir une ligne cohérente : défendre l’universalité des droits sociaux, préserver le dialogue social et empêcher que le monde du travail devienne le terrain d’une confrontation identitaire. Le refus de dialogue avec le RN s’inscrit donc moins dans une logique partisane que dans une stratégie syndicale globale visant à préserver un modèle social fondé sur l’égalité et la négociation collective.
