Quand la vertu devient un désavantage stratégique
L’Europe aime se penser comme une puissance normative. Elle édicte des règles, des principes, des cadres éthiques. Elle sur-transcrit, encadre, moralise. Elle s’en félicite. Mais à quel prix ? Dans France : une souveraineté sous influence ? Christophe Assens montre comment certaines normes : environnementales, sociales, juridiques, cessent d’être des outils de protection collective pour devenir des facteurs d’affaiblissement stratégique, dès lors qu’elles ne s’appliquent qu’à ceux qui les respectent.
La norme comme substitut à la puissance
L’Union européenne a progressivement fait de la règle un substitut à la puissance. Là où elle peine à produire, elle réglemente. Là où elle ne maîtrise plus les chaînes de valeur, elle encadre. La norme devient une réponse politique à l’impuissance stratégique. Christophe Assens souligne que ce glissement est dangereux : le droit n’est jamais neutre. Il est toujours l’expression d’un rapport de force. Lorsqu’il n’est pas adossé à une capacité industrielle, technologique et commerciale équivalente, il se retourne contre celui qui l’édicte.
Une vertu non réciproque devient une faiblesse
Dans le monde réel, la norme n’est jamais universelle. Pendant que l’Europe sur-transige, ses concurrents subventionnent, protègent et offensent. Les États-Unis pratiquent un patriotisme économique assumé. La Chine protège ses industries derrière des barrières efficaces. Le marché mondial ne récompense pas la vertu. Il récompense la puissance organisée. Résultat : désindustrialisation, pertes de parts de marché, dépendances accrues, importations de produits ne respectant pas les normes imposées aux producteurs européens.
L’écologie hors du rapport de force
L’écologie n’est pas contestée par Christophe Assens. Elle est replacée dans le réel stratégique. Une politique environnementale sans protection des frontières, sans réciprocité commerciale, sans stratégie industrielle devient une politique de déclassement. En réduisant sa production tout en important massivement, l’Europe externalise ses émissions et ses dépendances, tout en conservant une bonne conscience morale. Une écologie sans souveraineté ne protège ni la planète, ni les nations.
Quand la morale devient un instrument contre soi
L’un des apports majeurs du livre est de montrer comment la morale peut être instrumentalisée dans la guerre économique, parfois contre ceux qui la brandissent. Les normes européennes deviennent un filtre qui élimine les producteurs européens au profit d’acteurs étrangers non soumis aux mêmes contraintes.
La vertu devient un avantage compétitif… pour les autres.
