L’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran provoque une chute spectaculaire du pétrole, qui perd plus de 5% après l’annonce de la réouverture du détroit d’Ormuz. Les Bourses mondiales s’envolent tandis que les experts restent prudents sur la normalisation des approvisionnements énergétiques.
L’accord de paix USA-Iran provoque un plongeon spectaculaire du pétrole
L’annonce dimanche d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran a déclenché une chute brutale des cours du pétrole sur les marchés mondiaux. Le Brent, référence internationale, a perdu plus de 4% pour tomber à 83,31 dollars le baril, tandis que le brut américain WTI s’effondrait de 5,6% à 80,13 dollars, retrouvant ses niveaux du 10 mars dernier.
Donald Trump a confirmé sur Truth Social que « l’accord avec la République islamique d’Iran est désormais finalisé ». Le président américain a précisé que le détroit d’Ormuz rouvrirait sans système de péage et que Washington mettrait fin à son blocus naval de l’Iran. « Navires du monde, démarrez vos moteurs. Laissez le pétrole couler ! », a-t-il lancé.
Le Pakistan, artisan discret de la médiation
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, qui a orchestré les négociations entre les deux puissances, a annoncé « la fin immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts ». Une cérémonie officielle de signature se tiendra vendredi 19 juin en Suisse, scellant formellement la fin de près de quatre mois de conflit qui ont bouleversé l’économie mondiale.
Kazem Gharibabadi, ministre adjoint iranien des Affaires étrangères, a confirmé lors d’une intervention télévisée la finalisation de l’accord avec Washington. Les futures sur actions américaines ont immédiatement bondi, avec le S&P 500 gagnant 1% selon les premières cotations, rapporte Axios.
Ormuz, le verrou énergétique mondial enfin débloqué
La réouverture du détroit d’Ormuz constitue l’enjeu majeur de l’accord. Cette voie maritime étroite entre l’Iran et Oman achemine normalement 20% de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Depuis les frappes américano-israéliennes du 28 février, le trafic pétrolier s’était effondré après les menaces iraniennes d’attaquer tout navire empruntant cette route stratégique.
L’Inde, qui importe 88% de ses besoins en brut dont la moitié transite par Ormuz, devrait particulièrement bénéficier de la normalisation. Les coûts de fret et les primes d’assurance maritime, qui avaient explosé pendant le conflit, devraient rapidement se détendre. New Delhi avait dû multiplier les sources d’approvisionnement, se tournant vers la Russie, l’Afrique et l’Amérique latine pour compenser les perturbations du golfe Persique.
La prudence des experts malgré l’euphorie des marchés
Si les places financières saluent l’accord, les spécialistes du secteur pétrolier restent circonspects sur l’évolution des prix à court terme. Bob McNally, président de Rapidan Energy, a averti dimanche sur ABC que les cours pourraient repartir à la hausse cet été, « atteignant 100 à 120 dollars le baril et propulsant l’essence vers 5 dollars le gallon » aux États-Unis.
Plusieurs facteurs expliquent cette prudence. Le déminage du détroit d’Ormuz pourrait prendre plusieurs semaines à six mois selon Andrew Lipow de Lipow Oil Associates. Les puits du Moyen-Orient, largement fermés pendant le conflit, nécessiteront du temps pour retrouver leurs niveaux de production d’avant-guerre. Un important arriéré de pétroliers attend de pouvoir emprunter la voie maritime, tandis que les réserves stratégiques américaines devront être reconstituées.
Une normalisation qui prendra du temps
L’accord USA-Iran marque potentiellement un tournant majeur pour les marchés énergétiques mondiaux. Après avoir culminé à 119 dollars le baril au plus fort de la crise, contre 70-72 dollars avant le conflit, le pétrole retrouve des niveaux plus soutenables pour l’économie mondiale.
Les experts s’accordent néanmoins sur le fait que le retour à la normale prendra du temps. Le PDG de Frontline, Lars Barstad, se montre « très optimiste » sur la reprise rapide du trafic maritime « dès qu’un accord crédible sera trouvé », mais reconnaît que la remise en route complète des infrastructures nécessitera plusieurs mois.
Pour les consommateurs, la baisse des prix du pétrole devrait progressivement se répercuter sur l’ensemble de l’économie, réduisant les coûts de transport et atténuant les pressions inflationnistes.

