Pétrole : 78 dollars le baril, plus bas niveau depuis mars

Dimanche dernier, Donald Trump a annoncé lors du sommet du G7 à Évian-les-Bains qu’un cadre de paix avec l’Iran avait été signé.

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Pétrole : 78 dollars le baril, plus bas niveau depuis mars © journaldeleconomie.fr

Le pétrole Brent a fermé à 78,96 dollars le baril lundi, franchissant pour la première fois depuis mars la barre symbolique des 80 dollars. Une chute de 5 % qui a rassuré les marchés, provoqué un rebond des Bourses mondiales et déclenché une vague d’optimisme dans la presse économique. Seul problème : l’accord censé justifier cette euphorie n’a toujours pas été rendu public. Trois jours après son annonce, personne n’a vu le texte. Ni les experts, ni les armateurs, ni même les anciens conseillers de la Maison Blanche.

Amos Hochstein, ancien conseiller du président Joe Biden sur l’énergie, a résumé la situation avec un mélange d’ironie et d’inquiétude : « Personne n’a vu le moindre texte, donc s’il y a eu un accord conclu il y a trois jours, il est pour le moins étrange que nous ne l’ayons pas vu. » Pourtant, l’annonce d’un cadre de paix entre Washington et Téhéran a suffi à convaincre les investisseurs que le Détroit d’Ormuz, artère pétrolière représentant 20 % de l’approvisionnement mondial avant le conflit de février, rouvrirait rapidement. Le West Texas Intermediate (WTI) a suivi la même trajectoire, clôturant à 76,05 dollars avec une baisse de 5,8 %.

La course à l’optimisme : comment un accord flou a rassuré les Bourses

Dimanche dernier, Donald Trump a annoncé lors du sommet du G7 à Évian-les-Bains qu’un cadre de paix avec l’Iran avait été signé. Selon le président américain, le Détroit d’Ormuz « rouvrira complètement » vendredi, sans péages iraniens. Une cérémonie de signature formelle devait se tenir à Genève dans la foulée. L’annonce a provoqué une onde de soulagement sur les marchés : les cours du pétrole ont plongé, les indices boursiers ont grimpé, et les compagnies maritimes ont salué la perspective d’une normalisation du trafic.

Hapag-Lloyd, géant allemand du transport de conteneurs, a déclaré accueillir « la perspective d’un accord de paix et d’une fin de toute action militaire dans la région comme une bonne nouvelle pour nous, pour nos équipages et pour nos clients ». La société espère que ses quatre navires restants pourront traverser le détroit dès ce week-end. Pourtant, Jotaro Tamura, PDG de Mitsui OSK Lines, s’est montré plus prudent : « Ce qui doit être mis en place, ce n’est pas simplement un accord entre les pays concernés, mais quelque chose de matériel et traduit dans les situations réelles du Détroit d’Ormuz, afin que les compagnies maritimes puissent se sentir en sécurité pour passer », a-t-il confié au Financial Times.

Baisse du baril : effet psychologique plus que réel ?

Le marché pétrolier a réagi moins aux faits qu’aux espoirs. Aucune garantie concrète n’a été fournie sur la sécurité du détroit, aucun calendrier précis de réouverture n’a été publié, et les conditions exactes permettant à Téhéran de vendre son pétrole restent floues. Selon des sources proches du dossier citées par le Wall Street Journal, le programme de levée des sanctions pour l’Iran entrerait en vigueur « immédiatement après la signature de l’accord ». Mais cette signature formelle, initialement prévue vendredi à Genève, n’a toujours pas eu lieu.

L’accord provisoire prévoit une extension de 60 jours du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Près de 140 jours après le déclenchement des hostilités le 28 février, l’opération militaire censée durer « 4 à 5 semaines » selon les déclarations initiales de Trump n’a pas renversé le pouvoir des mollahs ni réduit l’armée iranienne à néant. Le compromis annoncé semble surtout refléter une impasse militaire plutôt qu’une victoire diplomatique.

Les zones d’ombre : trois questions sans réponse publique

Aucun texte rendu public trois jours après l’annonce : pourquoi c’est un problème

L’absence de texte public pose une question fondamentale : comment les marchés peuvent-ils évaluer la solidité d’un accord dont ils ignorent le contenu ? Les investisseurs parient sur une normalisation rapide de l’approvisionnement pétrolier, mais rien ne garantit que les engagements pris par Téhéran et Washington soient compatibles, vérifiables ou durables. Un responsable américain anonyme, cité par CNBC, a précisé que « l’Iran ne peut accéder aux bénéfices de l’accord que s’il respecte ses engagements, notamment ne pas poursuivre d’arme nucléaire, neutraliser son uranium enrichi et ne pas interférer avec le trafic dans le Détroit d’Ormuz ». Mais comment vérifier ces engagements sans mécanisme de contrôle public ?

Comptes rendus contradictoires entre Washington et Téhéran

Les États-Unis et l’Iran ont fourni des versions contradictoires de l’accord, selon plusieurs sources diplomatiques. Washington insiste sur des conditions strictes liées au programme nucléaire iranien, tandis que Téhéran met en avant une levée immédiate des sanctions sans conditionnalités préalables. Cette divergence d’interprétation rappelle les faiblesses de l’accord nucléaire de 2015, qui avait fini par s’effondrer faute de mécanismes contraignants et de confiance mutuelle.

L’histoire récente montre que les accords minimalistes, sans texte détaillé et sans garanties de mise en œuvre, deviennent rapidement caducs. L’accord de 2015 avait pourtant bénéficié d’un processus de négociation long et multilatéral. L’accord actuel, annoncé en plein sommet du G7 après moins de cinq mois de conflit, semble reposer davantage sur un besoin politique urgent que sur une architecture solide.

Et Israël dans l’équation ? Une grande inconnue économique

Israël, partenaire militaire clé des États-Unis dans l’offensive contre l’Iran, n’apparaît nulle part dans les annonces officielles. Jérusalem a-t-elle donné son aval ? Le gouvernement israélien accepte-t-il de suspendre ses frappes sans garanties renforcées sur le programme nucléaire iranien ? L’absence d’Israël dans la communication autour de l’accord soulève des doutes sur sa viabilité à moyen terme. Si Tel-Aviv décide de reprendre les hostilités unilatéralement, l’accord pourrait voler en éclats avant même d’avoir produit le moindre effet.

Donald Trump avait promis au « peuple fier de l’Iran » que « l’heure de sa liberté est à portée de main ». Pourtant, l’éditorial de L’Avenir résume la situation sans détour : « Plutôt que la voie de la fermeté, le président américain a opté pour un accord qui n’en a que le nom. » Les marchés célèbrent une paix énergétique, mais les bases de cette paix restent invisibles.

L’accord de 2015 nous avertit : quand les textes minimalistes deviennent fragiles

L’accord nucléaire de 2015, négocié sous l’administration Obama, avait permis une levée progressive des sanctions contre l’Iran en échange de limitations strictes sur son programme nucléaire. Malgré un cadre détaillé et un mécanisme de contrôle international, l’accord s’est désintégré en 2018 lorsque Trump a décidé de se retirer unilatéralement. Si un texte aussi structuré a pu s’effondrer, quelle chance de survie a un accord dont personne n’a vu le contenu trois jours après son annonce ?

Les marchés pétroliers ont intégré un scénario optimiste : réouverture complète du Détroit d’Ormuz, retour de l’Iran sur le marché mondial, stabilisation des prix autour de 75-80 dollars le baril. Mais ce scénario repose sur une hypothèse fragile : que Washington et Téhéran tiendront parole sans mécanisme de vérification, sans texte public, et sans l’aval d’Israël. L’histoire récente suggère le contraire.

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