« D’après ses dires datant de dimanche soir, la base de données a déjà été vendue. S’il parvient à la vendre à plusieurs personnes, à des prix de quelques milliers d’euros, cela peut rapidement monter. » Ce constat vient de Clément Domingo, alias Saxx, expert en cybersécurité et hackeur éthique, invité lundi 17 août 2026 de « Bonjour ! La Matinale TF1 ».
Il affirme avoir échangé récemment avec le cybercriminel à l’origine du piratage de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP), et précise que d’autres personnes l’ont depuis contacté pour tenter d’acheter le fichier dérobé.
Ce vol de données remonte à juin 2026. La DGFiP a reconnu vendredi 14 août une intrusion dans ses systèmes, après que Bercy a révélé jeudi 13 août avoir subi cette cyberattaque. Près de 700 000 comptes de particuliers et de professionnels sont concernés.
Selon le site FrenchBreaches, le pirate aurait précisément dérobé les données de 678 438 contribuables. Noms, dates de naissance, numéros de téléphone, adresses postales et électroniques figurent parmi les informations consultées, tout comme la composition du foyer fiscal et le revenu fiscal de référence, que la DGFiP a confirmé vendredi comme ayant pu être consulté. Le fisc assure toutefois que ces données ne permettent pas d’accéder aux comptes sécurisés sur impots.gouv.fr.
Selon Saxx, l’auteur du piratage n’a pas voulu révéler son âge. Il s’agit d’une personne sans emploi, ayant postulé dans une entreprise pour y faire de l’informatique, et qui a agi en binôme avec un complice. « Sa principale motivation reste l’argent », explique le hackeur éthique, qui ajoute que l’opération relevait au départ du pur hasard : « Cette cyberattaque n’était pas du tout prévue, c’est du pur hasard. »
Des craintes de cambriolages et d’arnaques ciblées
Saxx qualifie cet épisode de « cyberattaque la plus grave de France ». Il redoute une vague d’escroqueries fondées sur les données volées, estimant que le niveau de détails (nom, prénom, situation fiscale, revenu fiscal de référence, etc.) pourrait permettre à des personnes de se faire passer pour l’administration fiscale et ainsi de piéger les contribuables.
Le cybercriminel lui aurait indiqué que certains contribuables concernés avaient déclaré jusqu’à 45 millions d’euros de revenus, ce qui inquiète particulièrement le hackeur éthique : « Ces personnes ont une cible dans le dos que l’État, hélas, leur a mise. »
Il rappelle qu’après le piratage de la Fédération française de tir, des victimes avaient été cambriolées pour leurs armes, et redoute un scénario comparable, avec des cambriolages voire des séquestrations. Il s’étonne enfin qu’une administration réputée aussi sécurisée ait pu être infiltrée sans que la fuite soit détectée avant que le cybercriminel ne la revendique lui-même.
Les 700 000 contribuables concernés doivent être contactés individuellement à partir de ce lundi 17 août, avec le détail des données exposées et les mesures de vigilance à adopter, selon le cabinet du ministre Sébastien Lecornu, cité par Le Parisien, la DGFiP ayant précisé vendredi 14 août que cette information serait transmise par e-mail ou par courrier.
Une cellule interministérielle de crise doit se tenir le même jour, sous la présidence du Premier ministre, en visioconférence sécurisée à l’issue d’un déplacement en Gironde. Elle doit faire le point sur le plan de sécurisation engagé le 30 avril 2026, qui vise une nouvelle gouvernance numérique de l’État avec la création d’une autorité baptisée Ariane, et valider le déblocage de 200 millions d’euros pour la cybersécurité interministérielle, l’intelligence artificielle et la sécurisation des ministères.
Le parquet de Paris a ouvert samedi 15 août une enquête pour extraction frauduleuse de données et association de malfaiteurs, confiée à l’Office anticybercriminalité. Les sénateurs socialistes, dans un courrier adressé au président du Sénat Gérard Larcher, réclament de leur côté la création d’une commission d’enquête dédiée, afin de « formuler les propositions législatives, réglementaires, organisationnelles et budgétaires nécessaires pour prévenir la répétition de tels incidents ».



