Londres inverse l’impossible : les poumons des enfants guérissent

Une étude scientifique d’envergure, menée par la Queen Mary University of London et publiée dans The Lancet Public Health, établit pour la première fois un lien direct entre la mise en place d’une zone à faibles émissions et l’amélioration mesurable de la croissance pulmonaire chez l’enfant.

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Pic de pollution à Paris : lancement de la circulation différenciée
Londres inverse l’impossible : les poumons des enfants guérissent © journaldeleconomie.fr

Une étude scientifique menée sur plus de 3 400 enfants londoniens démontre que la mise en place de la zone à faibles émissions (ULEZ) a permis de restaurer la croissance pulmonaire des jeunes, auparavant entravée par la pollution automobile. En quatre ans, les poumons des enfants du centre de Londres ont rattrapé ceux de leurs pairs de Luton, ville témoin sans restriction de circulation, grâce à une réduction deux fois plus rapide de l’exposition au dioxyde d’azote.

Une zone à faibles émissions inverse les dommages de la pollution sur les poumons des enfants

La pollution atmosphérique ne constitue plus une fatalité pour le développement pulmonaire des plus jeunes. Une étude scientifique d’envergure, menée par la Queen Mary University of London et publiée dans The Lancet Public Health, établit pour la première fois un lien direct entre la mise en place d’une zone à faibles émissions et l’amélioration mesurable de la croissance pulmonaire chez l’enfant. Entre 2018 et 2022, plus de 3 400 écoliers londoniens et de Luton ont participé à ce suivi médical inédit, révélant des résultats que les chercheurs eux-mêmes qualifient de stupéfiants.

Avant l’instauration des restrictions de circulation, les jeunes Londoniens présentaient une capacité respiratoire nettement inférieure à celle de leurs homologues de Luton, ville témoin dépourvue de dispositif similaire. Quatre années après l’introduction de l’Ultra Low Emission Zone (ULEZ), l’écart s’était presque entièrement résorbé. « J’ai été absolument stupéfait lorsque j’ai découvert les résultats pour la première fois », a confié le professeur Chris Griffiths, coauteur principal de l’étude, au Guardian. « La rapidité du rattrapage de la capacité pulmonaire dans le groupe londonien était surprenante et impressionnante. »

L’ULEZ londonienne, un laboratoire grandeur nature contre la pollution automobile

Instaurée en avril 2019 par le maire Sadiq Khan, l’Ultra Low Emission Zone constitue la zone de restriction environnementale la plus ambitieuse au monde. Son principe s’avère aussi simple que contraignant : les véhicules ne respectant pas certaines normes d’émissions doivent s’acquitter d’une taxe journalière de 12,50 livres sterling pour circuler dans le périmètre défini. Initialement limitée au centre de la capitale britannique, la zone s’est progressivement étendue aux arrondissements intérieurs en octobre 2021, puis à l’ensemble du Grand Londres en août 2023.

Le dispositif visait explicitement à réduire les concentrations de dioxyde d’azote (NO₂), polluant étroitement associé aux gaz d’échappement des véhicules thermiques et particulièrement nocif pour les voies respiratoires. Selon les données municipales citées par The Guardian, par rapport à un scénario sans extension de l’ULEZ, le niveau de NO₂ s’est révélé inférieur de 27 % dans les zones périphériques et de 54 % dans le centre de Londres. Les particules fines PM2,5 issues des gaz d’échappement ont, quant à elles, reculé de 31 %.

Des poumons qui rattrapent leur retard en quatre ans

Le protocole scientifique mis en œuvre par les chercheurs britanniques repose sur une méthodologie rigoureuse. Les scientifiques ont recruté 1 664 enfants âgés de six à neuf ans dans des écoles primaires londoniennes situées au sein de l’ULEZ, ainsi que 1 750 enfants à Luton, ville présentant un profil socio-économique, ethnique et d’activité physique comparable, mais dépourvue de zone de protection atmosphérique. Chaque année, entre 2018 et 2022, les participants ont subi des tests de fonction respiratoire mesurant notamment le volume d’air qu’ils pouvaient expulser avec force en une seconde après une inspiration maximale, indicateur standard de la santé pulmonaire.

Les mesures initiales ont révélé une différence marquée : les jeunes Londoniens affichaient une capacité pulmonaire significativement réduite par rapport à ceux de Luton. Au fil des années suivant l’instauration de l’ULEZ, la situation a commencé à s’inverser. La capacité respiratoire des enfants londoniens a progressé en moyenne de 233 millilitres par an, contre 223 millilitres à Luton. Un écart apparemment modeste, mais statistiquement significatif et cliniquement pertinent.

Concrètement, les améliorations permettent aux enfants concernés de courir aussi vite que leurs pairs sans s’essouffler davantage, ou de souffler autant de bougies d’anniversaire sans reprendre leur souffle, comme l’a illustré le professeur Griffiths. Plus fondamentalement, la proportion d’enfants londoniens présentant une fonction pulmonaire cliniquement altérée, c’est-à-dire susceptible d’engendrer toux chroniques ou essoufflements, a chuté de 14 % à 9 %. À Luton, où des mesures moins ambitieuses ont été mises en œuvre, le taux est passé de 9 % à 7 %.

La pollution recule deux fois plus vite dans la capitale

L’amélioration de la santé pulmonaire des enfants londoniens coïncide avec une baisse marquée de leur exposition aux polluants atmosphériques. Les concentrations de dioxyde d’azote ont diminué d’environ 3,8 microgrammes par mètre cube et par an à Londres, contre seulement 1,8 à Luton. Autrement dit, la pollution liée au trafic automobile a reculé plus de deux fois plus rapidement dans la capitale britannique.

Les chercheurs soulignent que la corrélation temporelle et géographique entre la réduction de la pollution et l’amélioration de la fonction pulmonaire constitue un élément clé de leur démonstration. La comparaison avec Luton, où les niveaux de pollution ont également baissé mais dans une moindre mesure, permet d’isoler l’effet spécifique de l’ULEZ des autres facteurs, notamment les changements de comportement liés à la pandémie de Covid-19, qui a également influencé la qualité de l’air durant la période étudiée.

Comme l’a déclaré la ministre de la Santé britannique Karin Smyth, citée par BBC News, l’étude constitue « un rappel puissant de l’impact que la qualité de l’air a sur la santé pulmonaire des enfants ». Elle ajoute que les travaux « contribueront à améliorer notre compréhension de la manière dont les réductions de la pollution atmosphérique peuvent restaurer la croissance pulmonaire normale chez les enfants, réduire le risque de maladies respiratoires à l’âge adulte et soutenir notre objectif de donner à chaque enfant le meilleur départ dans la vie ».

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