Le marché asiatique accueille ce mois-ci une opération de premier plan dans le secteur des énergies nouvelles : Contemporary Amperex Technology Ltd. (CATL), leader mondial des batteries pour véhicules électriques, procède à une introduction en Bourse à Hong Kong le 20 mai 2025, avec pour objectif de lever jusqu’à 5,3 milliards de dollars américains, soit près de 4,9 milliards d’euros.
Une cotation secondaire au format Reg S : architecture d’un placement restrictif
L’opération prend la forme d’une cotation secondaire (dual listing), CATL étant déjà coté à Shenzhen (code 300750.SZ). L’offre prévoit l’émission de 117,9 millions d’actions au prix indicatif maximal de 263 dollars de Hong Kong (33,8 dollars US), avec une option de surallocation portant sur 38 millions de titres supplémentaires. En cas de pleine exécution de cette clause, le montant total levé atteindra 41 milliards HKD, selon le South China Morning Post.
La structure juridique de l’opération repose sur une offre conforme au règlement « Reg S » du Securities Act américain, excluant formellement les investisseurs basés aux États-Unis. Une clause rare pour une IPO de cette ampleur. Le groupe entend ainsi limiter son exposition aux risques juridiques américains, à la suite de son inscription en janvier 2025 sur une liste noire du Pentagone qualifiant l’entreprise de « Chinese military company » — accusation que CATL conteste officiellement.
Objectifs de financement et allocation sectorielle : focus sur l’Europe
Selon le prospectus déposé à la Bourse de Hong Kong, les fonds seront principalement orientés vers l’expansion européenne du groupe. CATL prévoit notamment de financer la construction de son deuxième site de production en Hongrie, dont la capacité cible est estimée à 100 GWh par an. L’installation doit renforcer la couverture logistique de l’entreprise sur le marché européen, en complément du site allemand inauguré en janvier 2023.
Malgré un environnement de marché volatil et des tensions géopolitiques accrues, CATL affiche une solidité financière avérée. Le groupe a dégagé en 2024 un résultat net de 52 milliards de yuans (environ 6,7 milliards d’euros), en progression de 16 % sur un an, pour un chiffre d’affaires de 362 milliards de yuans, en retrait de 9,7 % en raison de la baisse des prix des matériaux. Sa part de marché mondiale reste dominante, à plus de 37 % des volumes livrés en batteries EV. Cette position renforce son attractivité pour les investisseurs, malgré la décote réduite de l’offre. Le prix d’introduction représente un rabais de seulement 1,5 % par rapport à la cotation de Shenzhen, là où la norme sur le segment offshore se situe entre 15 % et 20 %.
Participation institutionnelle : un signal de confiance prudent
Le placement bénéficie du soutien d’investisseurs de référence (« cornerstone investors »), qui se sont engagés à hauteur de 2,6 milliards de dollars HK (environ 300 millions d’euros), selon le SCMP. Parmi eux figurent Sinopec, la Kuwait Investment Authority, et Hillhouse Capital.
Côté banques conseil, on retrouve JPMorgan, Bank of America Securities, China International Capital Corp. et China Securities International. À noter que la présence des deux établissements américains n’est pas anodine : en avril, ils ont fait l’objet de courriers de pression émanant du Congrès américain, leur demandant de se retirer de l’opération — ce qu’ils ont refusé de faire.
Enjeux boursiers : rééquilibrage régional
Pour la Bourse de Hong Kong, cette opération constitue le plus grand placement primaire depuis 2021, surpassant en taille les IPO de Midea ou Nongfu Spring. Elle intervient alors que la place hongkongaise cherche à se repositionner comme hub de cotation pour les géants technologiques chinois, dans un contexte d’assèchement des flux vers les marchés américains, en raison des exigences de transparence imposées par la SEC.
À moyen terme, l’opération CATL pourrait servir de modèle pour d’autres groupes cotés en Chine continentale cherchant à diversifier leur base d’investisseurs sans passer par les marchés américains. Elle valide également l’intérêt d’une approche hybride, alliant cotation domestique et levée internationale en zone neutre, dans un contexte de fragmentation financière croissante.


