Défense : combien ont dépensé les Etats en 2024 ?

En dépit d’un contexte économique fortement contraint par les sanctions occidentales, la Russie a augmenté ses dépenses militaires de 38 % en 2024.

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Défense : combien ont dépensé les Etats en 2024 ? © journaldeleconomie.fr

En 2024, les dépenses militaires mondiales ont franchi un seuil symbolique et stratégique : 2 718 milliards de dollars ont été investis dans l’armement, soit une augmentation de 9,4 % par rapport à l’année précédente. Ce chiffre record, révélé par le rapport annuel du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) publié le 28 avril 2025, illustre une tendance lourde et durable. Les grandes puissances consolident leur appareil militaire, non plus seulement pour faire face à des menaces directes, mais aussi pour peser dans un monde devenu de plus en plus polarisé.

Les États-Unis : moteur historique et industriel de la puissance militaire

Avec un budget de 997 milliards de dollars en 2024, les États-Unis représentent 37 % des dépenses militaires mondiales. Cette hausse de 5,7 % par rapport à 2023 n’est pas seulement un signe de continuité : elle marque aussi une volonté politique de maintenir une supériorité stratégique face à la Chine et à la Russie. Ce budget colossal irrigue une industrie d’armement ultra-performante, fortement exportatrice, qui alimente également les besoins croissants des alliés européens et asiatiques.

Les priorités portent sur la modernisation de la dissuasion nucléaire, l’intégration de capacités cyber, l’expansion spatiale, et la relocalisation partielle de certaines chaînes critiques. Cette orientation a des effets d’entraînement considérables sur les sous-traitants civils, qui bénéficient indirectement des commandes publiques massives liées à la défense.

Chine : l’expansion militaire encadrée par une ambition industrielle globale

La Chine a porté ses dépenses à 314 milliards de dollars en 2024, soit une progression de 7 %. Deuxième puissance militaire du globe, elle investit de manière structurelle dans le développement d’un complexe militaro-industriel autonome et concurrent. L’Empire du Milieu poursuit notamment la modernisation de sa flotte navale, l’intégration de l’IA dans ses dispositifs de commandement, ainsi que l’expansion de ses capacités satellitaires.

Cette progression militaire s’inscrit dans un projet global d’influence régionale, en particulier dans la mer de Chine méridionale, et d’affirmation face à Washington. Pékin finance massivement ses industriels de défense dans le cadre de la stratégie « Made in China 2025 », qui intègre désormais la sécurité comme pilier de compétitivité économique.

Russie : une économie de guerre assumée malgré les contraintes

En dépit d’un contexte économique fortement contraint par les sanctions occidentales, la Russie a augmenté ses dépenses militaires de 38 % en 2024, atteignant 149 milliards de dollars. Ce chiffre reflète une mobilisation budgétaire prioritaire, qui fait passer l’appareil militaire avant toutes les autres fonctions de l’État. Selon le SIPRI, environ 30 % du budget fédéral russe est aujourd’hui classifié, rendant les estimations partielles mais convergentes. Diego Lopes da Silva, chercheur au SIPRI, avertit : « La Russie a de nouveau augmenté significativement ses dépenses militaires, élargissant l’écart de dépenses avec l’Ukraine. ».

Europe : relance budgétaire fragmentée et dépendance transatlantique

En 2024, les dépenses militaires européennes ont atteint 693 milliards de dollars, en hausse de 17 %. L’Allemagne a engagé 88,5 milliards de dollars (+28 %), devenant le plus gros contributeur militaire d’Europe de l’Ouest. La France, avec 64,7 milliards (+6,1 %), poursuit l’application de sa Loi de programmation militaire 2024-2030, qui engage 413 milliards d’euros sur sept ans. Mais cette dynamique de réarmement, bien que vigoureuse, se heurte à des limites industrielles et politiques.

Selon Jade Guiberteau Ricard, analyste au SIPRI, « augmenter les dépenses ne se traduira pas nécessairement par des capacités militaires significativement accrues ou par une indépendance vis-à-vis des États-Unis. » En effet, près des deux tiers des équipements militaires achetés par les Européens depuis 2020 proviennent de fournisseurs américains. Ce déséquilibre freine l’émergence d’une autonomie stratégique européenne et alimente une dépendance technique persistante.

Inde, Japon, Corée du Sud : trois puissances asiatiques sur une trajectoire ascendante

L’Inde, avec 83,6 milliards de dollars (+4,3 %), continue de renforcer ses forces conventionnelles tout en développant sa doctrine de dissuasion nucléaire. Ce positionnement s’explique par la double pression stratégique exercée par la Chine et le Pakistan. Le Japon enregistre la plus forte hausse asiatique hors Chine, avec 55,3 milliards de dollars investis (+21 %), dans une logique assumée de remilitarisation constitutionnelle.

La Corée du Sud, quant à elle, consacre 50,2 milliards (+6 %) à sa défense, axant ses efforts sur la surveillance, la cybersécurité et les systèmes antimissiles. Ces puissances régionales, historiquement liées aux États-Unis, modernisent leur base industrielle de défense pour limiter leur dépendance et projeter leur propre influence dans leurs zones d’intérêts.

Moyen-Orient : tensions régionales et asymétries budgétaires

Dans le monde arabe et au Proche-Orient, les dépenses militaires connaissent une croissance rapide mais contrastée. Israël augmente ses investissements de 65 % en 2024, pour atteindre 46,5 milliards de dollars, dans un contexte de guerre intense. L’Arabie Saoudite, moteur régional traditionnel, enregistre une hausse plus modérée, avec 75 milliards de dollars alloués (+4,5 %). À l’opposé, l’Iran réduit ses dépenses en raison d’un affaiblissement économique persistant.

Zubaida Karim, du SIPRI, résume : « Les hausses les plus marquées en 2024 au Moyen-Orient concernent Israël et le Liban. » Cette hétérogénéité reflète un déséquilibre stratégique profond, où seuls quelques États concentrent les leviers de puissance militaire au détriment des équilibres régionaux.



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