Eaux minérales : nouveau rebondissement dans le scandale Nestlé

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Eaux minérales : nouveau rebondissement dans le scandale Nestlé © journaldeleconomie.fr

Nouveau rebondissement dans le scandale des eaux minérales impliquant Nestlé. Un rapport sénatorial publié le 19 mai 2025 accuse Nestlé Waters France d’avoir eu recours, pendant plusieurs années, à des traitements interdits sur ses eaux minérales, et pointe également l’implication de l’État – jusqu’à l’actuel président de la République – dans la facilitation et la couverture de ces pratiques frauduleuses.

Nestlé : des traitements non conformes et une fraude estimée à 3 milliards d’euros

Selon le rapport de la commission d’enquête sénatoriale présidée par Laurent Burgoa (Les Républicains, Gard), Nestlé Waters France a eu recours, entre 2020 et 2023, à des procédés interdits pour le traitement de ses eaux minérales commercialisées sous les marques Perrier, Vittel, Hépar et Contrex. Ces méthodes incluent notamment l’utilisation de filtres à charbon actif, de rayons ultraviolets et de systèmes de microfiltration à 0,2 micron.

Ces pratiques sont contraires au cadre défini par l’article R1322-1 du Code de la santé publique, qui interdit toute désinfection pour les eaux minérales naturelles. Cette stratégie aurait permis à Nestlé de maintenir en vente des produits non conformes tout en conservant leur statut réglementaire. Montant total estimé de la fraude : 3 milliards d’euros sur 15 ans.

Complicité administrative : alertes ignorées et rapports modifiés

D’après France Inter, des services de l’État étaient informés des pratiques de Nestlé dès 2021. Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, aurait envisagé un signalement au procureur de la République, qui n’a finalement jamais été effectué.

Selon France Culture, un rapport de l’Agence régionale de santé d’Occitanie, daté de 2023, évoquait la présence de pesticides et de bactéries dans des forages exploités par Nestlé. Ce document aurait ensuite été modifié après intervention du groupe, avec l’accord des services de l’État concernés.

Toujours selon ces sources, la journaliste Marie Dupin précisait que ces modifications sont intervenues à la suite de plusieurs échanges entre Nestlé et les représentants des ministères concernés. Zone Bourse indique par ailleurs que Muriel Lienau, présidente-directrice générale de Nestlé Waters, a éludé plusieurs convocations et questions lors de son audition du 19 mars 2025 (Radio France).

Des liens avec les plus aux sommets de l’État

Comme le rappelle Blick, Emmanuel Macron, aujourd’hui président de la République, a travaillé en 2012 comme banquier d’affaires chez Rothschild & Cie. Il y a dirigé la vente de la branche nutrition de Pfizer à Nestlé pour environ 9 milliards d’euros. Cette opération, menée aux côtés de l’ancien PDG Peter Brabeck, est citée dans le rapport sénatorial pour illustrer une proximité ancienne entre le chef de l’État et le géant agroalimentaire.

Le rapport met aussi en cause Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, pour avoir, selon les sénateurs, favorisé une posture de tolérance de l’exécutif face aux irrégularités de Nestlé.

Le sénateur Alexandre Ouizille (Parti socialiste, Val-d’Oise), co-auteur du rapport, résume sans détour : « La présidence de la République savait, au moins depuis 2022, que Nestlé trichait depuis plusieurs années » des pratiques illégales de Nestlé. « L’Elysée joue la chaise vide. Cette décision instille le poison du doute et constitue un affront à la représentation nationale, et surtout un refus d’aller au bout de la vérité devant les Français » , fustigeait Alexandre Ouizille dans Le Monde.

Des conséquences économiques et judiciaires en cascade

Les ventes de Perrier ont chuté de 17 % depuis janvier 2024. Une baisse significative qui témoigne de la perte de confiance des consommateurs, malgré les assurances de Nestlé sur la sécurité sanitaire de ses produits.

Deux informations judiciaires ont été ouvertes à Paris pour « tromperie », visant Nestlé Waters et le groupe Alma. L’organisation Foodwatch a également porté plainte contre X. Ces procédures pourraient conduire à un élargissement des responsabilités au sein de l’appareil d’État, à mesure que les éléments du rapport sénatorial continuent d’être exploités sur le plan judiciaire et réglementaire.

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