Le CAC 40 : trente-huit ans d’histoire en clair-obscur

Le 31 décembre 1987, la Bourse de Paris inaugure un nouvel outil censé moderniser son image : le CAC 40, pour « Cotation Assistée en Continu ». Sur une base de 1 000 points, ce panier de 40 entreprises représentatives de l’économie française devient le thermomètre officiel de la place financière. Très vite, il dépasse son rôle technique pour devenir un symbole, scruté par les marchés comme par les politiques.

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Le CAC 40 : trente-huit ans d’histoire en clair-obscur | journaldeleconomie.fr

Une histoire entre sommets et abîmes

  • 1987-1990 : les débuts prudents
    Le CAC 40 accompagne la libéralisation de la finance française. On y retrouve alors PéchineyElf AquitaineThomson, autant de fleurons industriels bientôt disparus ou absorbés.
  • Les années 1990 : l’âge d’or des privatisations
    Sous l’impulsion d’Édouard Balladur puis d’Alain Juppé, l’État ouvre le capital d’Elf, de France Télécom, de BNPou de Renault. Le CAC reflète cette transformation. À la tête de ces nouveaux géants privés émergent des figures comme Michel Pébereau, qui bâtira BNP Paribas en 1999, ou Louis Schweitzer chez Renault.
  • 2000 : l’euphorie puis la chute de la bulle internet
    En septembre, l’indice tutoie les 6 922 points. Alcatel et France Télécom deviennent les stars du moment. Mais la bulle éclate : l’indice perd la moitié de sa valeur en deux ans. Thierry Breton, nommé PDG de France Télécom en 2002, hérite d’un mastodonte endetté jusqu’au cou.
  • 2007-2008 : le choc des subprimes
    Sous la présidence de Daniel Bouton à la Société Générale, la banque est frappée par l’affaire Kerviel. Le CAC plonge de 43 % en un an. Les grands patrons — Jean-Laurent Bonnafé chez BNP Paribas, Frédéric Oudéa chez Société Générale — doivent rassurer des marchés secoués.
  • 2010-2020 : le règne du luxe et de la mondialisation
    Alors que l’Europe peine, les valeurs du luxe explosent. Bernard Arnault (LVMH), François-Henri Pinault(Kering), Axel Dumas (Hermès) imposent la France comme capitale mondiale du luxe. À l’opposé, des icônes comme Péchiney ou Alcatel disparaissent définitivement de la cote.
  • 2020 : la pandémie de Covid-19
    En mars, le CAC s’effondre de 40 % en trois semaines. Mais très vite, l’argent magique des banques centrales et la résilience des grands groupes relancent l’indice. Le PDG de LVMH, Bernard Arnault, devient l’homme le plus riche du monde, pendant que Patrick Pouyanné (TotalEnergies) défend une stratégie de diversification énergétique.
  • 2023-2024 : l’âge des records
    À plus de 8 000 points, le CAC 40 atteint des sommets inédits. Il n’est plus vraiment l’indice de « l’économie française », mais celui d’entreprises globalisées, qui réalisent 70 % de leur chiffre d’affaires hors de l’Hexagone.

Membres emblématiques du CAC 40 (2025)
Air Liquide – Airbus – Alstom – ArcelorMittal – AXA – BNP Paribas – Bouygues – Capgemini – Carrefour – Crédit Agricole – Danone – Dassault Systèmes – Engie – EssilorLuxottica – Hermès – Kering – L’Oréal – Legrand – LVMH – Michelin – Orange – Pernod Ricard – Publicis – Renault – Safran – Saint-Gobain – Sanofi – Schneider Electric – Société Générale – Stellantis – STMicroelectronics – Teleperformance – Thales – TotalEnergies – Unibail-Rodamco-Westfield – Veolia – Vinci – Vivendi – Worldline – Eurofins Scientific.

Les figures patronales qui incarnent l’indice

Le CAC 40, ce sont autant de noms d’entreprises que de dirigeants devenus des visages familiers :

  • Bernard Arnault (LVMH), architecte d’un empire planétaire, dont le poids pèse désormais plus que celui du PIB de certains pays européens.
  • Jean-Laurent Bonnafé (BNP Paribas), figure de la banque universelle européenne, pilier de stabilité après les crises.
  • Patrick Pouyanné (TotalEnergies), patron énergique, au cœur des débats sur la transition et le climat.
  • Paul Hermelin puis Aiman Ezzat (Capgemini), qui ont fait de la SSII française un leader mondial du numérique.
  • Henri de Castries (ancien président d’AXA), qui a accompagné l’internationalisation de l’assurance française.
  • Guillaume Faury (Airbus), héritier d’une aventure européenne où la France garde une place centrale.

Entrées, sorties et symboles

Chaque sortie du CAC 40 raconte une page d’histoire : ThomsonRhône-PoulencPéchiney ont symbolisé la fin d’un cycle industriel français. À l’inverse, des entrées comme Hermès en 2018 ou Dassault Systèmes en 2020 incarnent le basculement vers une économie de la marque et de la technologie.

L’ascension fulgurante d’Hermès a fait d’Axel Dumas l’un des patrons les plus scrutés du monde du luxe. Tandis que la disparition d’Alcatel, jadis fleuron des télécoms, rappelle que le CAC est aussi un cimetière de gloires passées.

Crises et rebonds : une histoire française

L’histoire du CAC 40 est indissociable de celle des crises mondiales. Il s’effondre avec la bulle internet, vacille avec les subprimes, chute avec le Covid. Mais il renaît toujours, souvent plus fort. Cette résilience doit beaucoup à la diversification des groupes et à leur internationalisation.

Aujourd’hui, ce n’est plus la France qui porte le CAC 40, mais la Chine, les États-Unis, le Moyen-Orient, marchés naturels de ses géants du luxe, de l’aéronautique et de l’énergie.

Un miroir de la mondialisation

En près de 40 ans, le CAC 40 a cessé d’être l’indice de « l’économie française » pour devenir celui des champions français mondiaux. Ses 40 entreprises réalisent la majorité de leur chiffre d’affaires hors de nos frontières. C’est ce qui explique à la fois la vigueur de l’indice et le sentiment de déconnexion qu’il suscite : il reflète moins la vie des Français que celle d’un capitalisme globalisé, dont la France fournit les marques et les talents.

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