Alors que les États-Unis viennent d’imposer des droits de douane de 20 % sur certaines importations européennes, dont des produits stratégiques français, les tensions économiques entre Washington et Bruxelles rappellent un vieux fond idéologique que Christian Harbulot analysait dès 2017 dans Le nationalisme économique américain.
Contrairement à une idée reçue, cette politique commerciale agressive ne relève pas d’un dérapage ponctuel ou d’un réflexe populiste. Pour Christian Harbulot, elle s’inscrit dans une matrice historique profonde : « l’économie américaine s’est construite en se protégeant des appétits extérieurs […] Le nationalisme économique est un outil cyclique de préservation et de reconquête de puissance. » Ce que l’on observe aujourd’hui n’est donc qu’un retour à la norme américaine, après une parenthèse libérale de façade.
La doctrine Monroe, le tarif McKinley (1890), la guerre douanière des années 1920, la loi Smoot-Hawley de 1930, puis, plus récemment, la politique de Donald Trump : l’histoire américaine est jalonnée d’épisodes où l’État fédéral s’arroge le droit d’armer économiquement ses frontières pour défendre sa souveraineté industrielle. Dans une logique typiquement « hamiltonienne », les États-Unis ont toujours su conjuguer libéralisme et protectionnisme, selon les besoins du moment.
La France, en particulier, semble prise en étau. D’un côté, les sanctions américaines pèsent sur ses exportations ; de l’autre, la réindustrialisation promise dans les plans successifs reste freinée par l’orthodoxie budgétaire européenne. D’où les tensions actuelles au sein de l’exécutif, qui envisage déjà d’assouplir son objectif de réduction du déficit. Pour Harbulot, c’est le dilemme classique des puissances de second rang : « Les stratégies de conquête des marchés par les entreprises ne sont pas toujours convergentes avec une stratégie d’accroissement de puissance initiée par un pays. »
En rappelant que le nationalisme économique est d’abord une doctrine de puissance étatique, Christian Harbulot invite à penser la souveraineté au prisme de la géoéconomie. Le retour des droits de douane n’est pas un accident, c’est un signal. Celui qu’une économie-monde fondée sur l’illusion du libre-échange touche à sa fin. L’heure est aux rapports de force assumés.


