Bien avant de devenir le financier mondain connu pour ses réseaux politiques et mondiaux, Jeffrey Epstein a fait ses armes dans l’ombre d’un scandale financier majeur : l’affaire Towers Financial. Au cœur de ce système, Steven Hoffenberg, dirigeant charismatique et escroc reconnu, dirigeait ce qui allait être qualifié comme l’un des plus vastes montages de Ponzi des années 1980-1990. Cette période constitue un épisode crucial pour comprendre la trajectoire d’Epstein et l’origine controversée de sa fortune.
Towers Financial : un montage financier classique mais massif
Fondée dans les années 1970, Towers Financial Corporation se présentait comme une société spécialisée dans le rachat et le recouvrement de créances douteuses. Le modèle était simple : l’entreprise promettait des rendements élevés à des investisseurs en affirmant financer ses opérations par l’achat de portefeuilles de dettes. En réalité, une grande partie des fonds levés servait à payer les intérêts promis aux investisseurs précédents. Le mécanisme correspondait à la structure typique d’un schéma de Ponzi : une fraude reposant sur l’entrée permanente de nouveaux capitaux pour maintenir l’illusion de rentabilité. Au début des années 1990, l’escroquerie atteignait plusieurs centaines de millions de dollars. Lorsque l’entreprise s’effondra, elle laissa derrière elle des milliers de victimes, parmi lesquelles des fonds de pension, des institutions et des investisseurs particuliers. Steven Hoffenberg fut arrêté en 1994, plaida coupable et fut condamné à près de vingt ans de prison.
Le rôle d’Epstein : collaborateur, stratège ou simple exécutant ?
Jeffrey Epstein rejoignit Towers Financial à la fin des années 1980. Il y occupa rapidement un poste central, notamment dans les relations avec les investisseurs et la structuration financière. Selon Hoffenberg, Epstein aurait joué un rôle majeur dans la conception et la gestion du système frauduleux, allant jusqu’à le qualifier d’« architecte » du dispositif. Ces déclarations furent répétées à plusieurs reprises par Hoffenberg après sa condamnation, notamment dans des interviews. Toutefois, aucun tribunal n’a retenu ces accusations. Epstein ne fut jamais inculpé dans cette affaire, et les autorités américaines ne poursuivirent pas son implication. Cette absence de poursuites alimente encore aujourd’hui les interrogations sur les protections dont il aurait pu bénéficier, ou sur la difficulté à établir juridiquement son rôle exact. Ce qui est certain, en revanche, est que cette période constitue le premier moment où Epstein apparaît dans des circuits financiers d’envergure, au contact de flux d’argent considérables et de réseaux d’investisseurs fortunés.
Une étape fondatrice dans la trajectoire d’Epstein
Après l’effondrement de Towers Financial, Epstein lança sa propre structure de gestion de fortune, se présentant comme conseiller exclusif de milliardaires. C’est à partir de ce moment que sa fortune personnelle devint visible, bien que son origine précise restât opaque. Pour plusieurs observateurs, l’expérience acquise chez Hoffenberg lui aurait fourni trois éléments déterminants : une compréhension des mécanismes financiers complexes, l’accès à des réseaux d’investisseurs internationaux, et la maîtrise d’une opacité structurelle dans la gestion des capitaux. L’affaire Towers Financial apparaît ainsi comme une préfiguration de la carrière d’Epstein : un univers mêlant finance, influence et zones d’ombre juridiques. Elle n’explique pas à elle seule son ascension ultérieure, mais elle constitue sans doute la première pierre d’un parcours marqué par la controverse.



