Trump fait grimper les droits de douane sur les médicaments

Donald Trump a franchi un nouveau seuil dans sa politique commerciale en visant cette fois l’industrie pharmaceutique. Avec des droits de douane pouvant grimper jusqu’à 100 % sur certains médicaments brevetés importés, la Maison Blanche cherche à forcer les laboratoires à produire davantage aux Etats-Unis.

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Les médicaments pourraient être délivrés à l'unité d'ici 2022
Trump fait grimper les droits de douane sur les médicaments © journaldeleconomie.fr

Le 2 avril 2026, Donald Trump a officialisé de nouveaux droits de douane sur des produits pharmaceutiques importés aux Etats-Unis, selon la Maison Blanche le 2 avril. Le dispositif repose sur la section 232 du Trade Expansion Act de 1962, l’outil juridique déjà utilisé par Washington pour justifier des mesures au nom de la sécurité nationale. Derrière ce choix, l’objectif est limpide : pousser les industriels à relocaliser la production sur le sol américain et à accepter des prix plus bas sur le marché américain.

La mesure touche les médicaments brevetés et certains de leurs ingrédients. Le taux maximal annoncé atteint 100 %, selon la Maison Blanche, avec une entrée en vigueur dans 120 jours pour les grandes entreprises et 180 jours pour les plus petites. En revanche, l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, la Suisse et le Liechtenstein bénéficient d’un plafond à 15 %. Les génériques et les biosimilaires sont, à ce stade, exclus du champ de ces nouveaux droits de douane.

Droits de douane : ce que Donald Trump a décidé pour les médicaments

La Maison Blanche présente ce tour de vis comme un levier de réindustrialisation. Un responsable américain, cité par le HuffPost, résume ainsi la ligne défendue par l’exécutif : « Notre volonté est que la majeure partie des produits pharmaceutiques sous licence soient fabriqués aux États-Unis. » Le coeur de la stratégie ne se limite donc pas à taxer. Il s’agit aussi de remodeler la géographie de production des grands groupes, en conditionnant l’accès au marché américain à des engagements industriels.

Le mécanisme est gradué. Les laboratoires qui signent à la fois un accord de prix de type “nation la plus favorisée” avec le département américain de la Santé et un accord de relocalisation avec le département du Commerce peuvent obtenir un taux de 0 % jusqu’au 20 janvier 2029, selon la Maison Blanche. Ceux qui n’acceptent qu’un accord de relocalisation se voient appliquer un taux de 20 %. A l’inverse, les groupes refusant de jouer le jeu s’exposent au plafond de 100 %, selon Reuters.

Ce point est décisif. Les nouveaux droits de douane ne sont pas conçus comme une simple barrière tarifaire uniforme. Ils servent aussi d’outil de négociation politique avec les multinationales du médicament. Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a d’ailleurs défendu cette logique en affirmant que « le meilleur est à venir », la politique tarifaire de Donald Trump devant, selon lui, « encourager la production nationale, augmenter les salaires des travailleurs et renforcer nos chaînes d’approvisionnement critiques ».

Mais cette lecture est loin de faire consensus. Neil Bradley, de la Chambre de commerce des Etats-Unis, a averti que « ce nouveau schéma tarifaire complexe sur les produits pharmaceutiques augmentera les coûts de santé pour les familles américaines », selon Reuters. Le patron de PhRMA, Stephen J. Ubl, a lui aussi dénoncé des taxes sur les médicaments innovants qui, selon ses mots, « augmenteront les coûts et pourraient mettre en péril des milliards d’investissements aux Etats-Unis », d’après AP News.

Quels laboratoires européens sont exposés aux droits de douane ?

Pour les groupes européens, le risque n’est pas homogène. Le plafond de 15 % accordé à l’Union européenne évite, à ce stade, le scénario maximal. Il n’en reste pas moins significatif pour des entreprises qui exportent vers les Etats-Unis des médicaments à forte valeur ajoutée, souvent protégés par brevet.

Le cas français est particulièrement scruté parce que Sanofi figure parmi les laboratoires ayant déjà annoncé un accord de prix avec l’administration Trump, selon Reuters. L’agence précise que le groupe a annoncé en décembre vendre certains traitements à moindre coût via TrumpRx et d’autres canaux directs au patient, avec des économies moyennes d’environ 70 % sur des médicaments contre les infections, les maladies cardiaques et le diabète.

Le laboratoire français est déjà engagé dans le volet prix de la stratégie Trump. Cela ne signifie pas qu’il sera immunisé contre la nouvelle vague de droits de douane, mais cela suggère qu’il dispose d’un canal de négociation direct avec Washington.

Au-delà de Sanofi, les groupes suisses Roche et Novartis font également partie des entreprises ayant publiquement annoncé des accords de prix avec l’administration Trump, selon Reuters. Or ces laboratoires, tout comme Sanofi, disposent d’une forte exposition au marché américain et d’activités européennes majeures.

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