Un nouveau barème imposé par l’Assurance maladie provoque une mobilisation d’envergure des taxis conventionnés. Résultat : ces derniers ont lancé une grève nationale ce lundi 19 mai 2025, bloquant routes et périphériques dans toute la France.
Une réforme de la tarification des transports sanitaires dans le viseur
Le projet de réforme porté par la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) vise à refondre le système de rémunération des trajets médicaux. À partir du 1er octobre 2025, le transport d’un patient par taxi ne sera plus payé au moyen d’un taximètre, mais selon un forfait national fixé à 13 euros. Ce montant sera complété d’un tarif kilométrique départemental, déterminé par arrêté. Par ailleurs, le remboursement du trajet de retour à vide – jusqu’ici pris en charge – sera supprimé.
L’objectif affiché : stabiliser la dépense publique, qui s’élevait à 3,07 milliards d’euros en 2024 pour les seuls taxis conventionnés. Cela représente une augmentation de 45 % en cinq ans, selon les chiffres de la CNAM. Pour les autorités, cette réforme permettrait d’unifier les pratiques, de limiter les écarts de facturation et de mieux maîtriser les coûts.
Mais pour les professionnels du secteur, la réforme est loin d’être anodine. Le nouveau barème ne prend pas en compte la réalité des zones rurales, où les distances sont longues, les patients dispersés, et les trajets de retour sans passager fréquents. Résultat : un trajet de 40 kilomètres avec retour à vide pourrait demain être moins rémunéré qu’un aller-retour de 10 kilomètres en centre-ville.
Jusqu’à 40 % de pertes d’activité pour certains chauffeurs
Pour les artisans du transport sanitaire, chaque kilomètre compte. Supprimer l’indemnisation des retours à vide revient à déséquilibrer un modèle déjà fragile. Dans des départements comme le Lot, la Dordogne ou la Creuse, le transport de patients représente parfois jusqu’à 90 % de l’activité d’un taxi. Un patient domicilié à 25 kilomètres d’un hôpital génère souvent un déplacement de 50 kilomètres sans autre prise en charge possible.
Selon la Fédération nationale du taxi (FNDT), les pertes de revenus pourraient atteindre 30 à 40 % pour les professionnels dont c’est l’unique source de revenus. À cela s’ajoute une couche administrative supplémentaire : la CNAM prévoit d’imposer, d’ici 2027, un système de facturation numérique géolocalisée, avec outils de traçabilité intégrés. Une mesure perçue comme coûteuse, chronophage et peu adaptée aux réalités du terrain.
Pour de nombreux chauffeurs de taxis, cette réforme dépasse les seules questions de tarif : elle remet en cause la mission de service public de proximité assurée par les taxis conventionnés, notamment dans les territoires où l’accès aux soins repose presque exclusivement sur eux.

