Depuis le 1er juin 2025, de nouvelles réglementations encadrent les usages commerciaux de la reconnaissance faciale en Chine, symbole d’une transformation profonde des modes de paiement dans le pays. Alors que les espèces deviennent quasiment inutilisées dans les grandes villes, la Chine pousse l’expérimentation de solutions biométriques avancées. Cette transition rapide, saluée pour son efficacité, suscite toutefois des inquiétudes sur le plan économique, éthique et social.
La Chine bascule vers le paiement biométrique généralisé
Dans les grandes métropoles chinoises, il est devenu rare de voir un billet changer de main. La majorité des paiements s’effectue par smartphone via WeChat Pay ou Alipay, principalement à l’aide de QR codes. Ce mode de paiement, qui couvre aujourd’hui plus de 90 % des transactions du quotidien, s’impose comme le standard urbain, selon BFMTV.
Mais depuis peu, ces plateformes ne se contentent plus de lire des codes. Elles expérimentent des systèmes de paiement biométrique : paume de la main, reconnaissance faciale, voire authentification vocale. La technologie repose sur l’analyse des veines internes de la paume, couplée à une détection 3D de la forme de la main, offrant une précision et une sécurité accrues.
L’étape suivante est déjà à l’essai : des caméras intégrées dans les distributeurs automatiques identifient le visage de l’utilisateur pour autoriser la transaction. Dans certaines zones pilotes, un simple sourire suffit pour régler une bouteille d’eau. L’objectif est clair : rendre le paiement invisible, sans effort, ni friction.
Une accélération technologique aux retombées économiques visibles
Le gouvernement chinois encourage ces mutations par le biais d’incitations réglementaires et d’investissements massifs. L’un des objectifs : renforcer l’efficacité économique nationale et réduire la dépendance à l’argent liquide, considéré comme un vecteur de fraude, de blanchiment et de coûts logistiques élevés.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans la province du Heilongjiang, le volume des transactions mobiles réalisées par des étrangers a été multiplié par 4,9 entre janvier 2024 et janvier 2025, tandis que leur valeur totale a bondi de 8,1 fois sur la même période, selon China Daily. Cette croissance illustre non seulement l’accessibilité des solutions numériques aux touristes, mais aussi l’efficacité de l’infrastructure technologique chinoise.
Derrière cette stratégie se profile également le projet de yuan numérique. Déjà en phase pilote dans plusieurs villes, cette monnaie digitale souveraine permettrait à terme de concurrencer les géants privés du secteur, tout en renforçant le contrôle de l’État sur les flux financiers internes et transfrontaliers.
Surveillance, exclusion et régulation : les limites du modèle chinois
Mais cette transformation numérique, aussi rapide soit-elle, soulève de nombreuses interrogations. D’abord sur le terrain des libertés individuelles. La généralisation du paiement biométrique entraîne une collecte massive de données sensibles, notamment faciales. En réponse, la Commission chinoise du cyberespace a publié en mars 2025 de nouvelles « mesures de gestion de la sécurité », imposant notamment un principe de consentement non forcé : « La reconnaissance faciale ne peut être exigée comme unique mode d’identification si d’autres méthodes peuvent remplir le même objectif », stipule le texte officiel.
Une deuxième couche de régulation est entrée en vigueur le 1er juin 2025. Elle impose à toute entreprise collectant les données faciales de plus de 100 000 personnes de s’enregistrer auprès de l’administration locale de la cybersécurité. Cette obligation vise à encadrer les pratiques des géants du numérique chinois, tout en rassurant les utilisateurs sur la destination de leurs informations.
Cependant, dans les faits, les alternatives sont rarement mises en avant. Dans plusieurs commerces, la reconnaissance faciale est présentée comme la seule option rapide, et de nombreux clients ignorent qu’ils peuvent choisir une méthode manuelle ou traditionnelle. Par ailleurs, la sécurisation de ces systèmes reste perfectible. Les QR codes piratés, deepfakes et autres usurpations d’identité numérique se multiplient, malgré des efforts constants des autorités pour mettre en place des codes dynamiques ou des doubles authentifications.
Enfin, la disparition progressive du liquide risque d’exclure certains groupes vulnérables. Les personnes âgées, peu familières du numérique, peinent à suivre la cadence. En milieu rural, la couverture réseau est encore insuffisante pour permettre un paiement biométrique fluide. Même les touristes, malgré l’amélioration de l’intégration des cartes étrangères dans les portefeuilles numériques chinois, se heurtent à des barrières linguistiques ou logicielles.
