L’enquête de 60 Millions de consommateurs soulève une question : faut-il demander aux Français de modifier leur alimentation ou légiférer pour leur sécurité ? L’Anses a déjà alerté sur le fait que 98 % de l’exposition au cadmium chez les non-fumeurs proviennent de l’alimentation. Face à 90 % des paquets de pâtes contaminés, changer de régime alimentaire ne suffit pas.
L’alerte de l’Anses : l’alimentation, principale source de cadmium
En mars 2026, l’Anses a clairement indiqué que l’alimentation est la principale source d’exposition au cadmium pour les non-fumeurs en France. Avec une consommation annuelle de 9,3 kg de pâtes par personne, les Français ingèrent ce métal dangereux, reconnu cancérigène, mutagène et toxique pour la reproduction. Patricia Chairoupolos, de 60 Millions de consommateurs, souligne que l’accumulation de cadmium dans le corps est due à la consommation régulière de plusieurs aliments contaminés. L’enquête du 27 août 2026 montre que seules deux marques échappent à cette contamination : Marque Repère (E.Leclerc) et U.
Cadmium dans les pâtes : un risque difficile à éviter
Le cadmium est naturellement présent dans les sols, et les pâtes de blé dur en concentrent davantage, surtout les variantes complètes. Les niveaux maximaux détectés atteignent 0,071 mg/kg, bien en dessous de la norme européenne de 0,18 mg/kg. Cependant, respecter ces normes ne protège pas suffisamment la santé, un enfant consommant régulièrement des pâtes peut ingérer une part significative de sa dose hebdomadaire tolérable de cadmium. Diversifier son alimentation n’est pas une solution quand l’assiette est la source principale d’exposition.
Un problème de santé publique, pas d’hygiène personnelle
Le cadmium s’accumule dans le corps, notamment dans les reins, et s’élimine difficilement. Cela expose à des risques de cancers, maladies rénales et problèmes de reproduction. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables. Patricia Chairoupolos explique que le cadmium dans les pâtes provient du blé dur, et que sa teneur dépend de la région de culture, non de la marque ou du prix. Demander aux consommateurs de choisir différemment est donc irréaliste.
En juin 2026, les députés français ont voté une loi pour réduire l’exposition au cadmium, marquant un changement en reconnaissant la responsabilité collective plutôt que de blâmer les consommateurs. Sylvie Metzelard, de 60 Millions de consommateurs, demande quand les problèmes de santé publique seront pris au sérieux. Le débat ministériel se concentre sur la réduction des engrais phosphatés, source majeure de contamination des sols.
Objectifs et calendrier de la loi adoptée
La loi de juin 2026 propose des actions pour réduire l’exposition au cadmium par l’alimentation, en accord avec les normes européennes. Elle souligne que l’action individuelle est insuffisante face à une contamination des sols. L’accent est mis sur la réglementation des engrais phosphatés, avec un calendrier de réduction des seuils autorisés jusqu’à 2038.
Normes des engrais phosphatés : débat ministériel
Le 16 août 2026, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, a proposé un seuil de 20 mg/kg de cadmium dans les engrais pour 2030, tandis que le ministère de l’Agriculture défend 40 mg/kg, repoussant à 2038 l’objectif de 20 mg/kg. Ce débat illustre le conflit entre ambition sanitaire et réalités économiques. Les producteurs marocains travaillent à réduire le cadmium, mais l’adaptation demande du temps. Sans réglementation stricte, peu de progrès sont attendus.
Rôle de l’Anses et harmonisation européenne
L’Anses est clé dans l’établissement des normes réglementaires. Son avis de mars 2026 a alimenté la proposition de loi. L’agence évalue les risques sanitaires en croisant diverses données. Les normes actuelles reposent sur la dose hebdomadaire tolérable, mais l’accumulation justifie un renforcement des mesures. L’harmonisation européenne est essentielle pour éviter les distorsions de marché et garantir une protection uniforme.
L’Anses calcule les seuils en fonction de la dose hebdomadaire tolérable pour un adulte, ajustée pour les groupes vulnérables. Les 0,18 mg/kg dans le blé dur résultent d’un compromis entre santé et faisabilité. Toutefois, l’accumulation reste problématique, justifiant un abaissement des normes malgré les contraintes industrielles.
L’Union européenne envisage de réviser ses normes sur les contaminants alimentaires, dont le cadmium. La France soutient une harmonisation ambitieuse, appuyée par les données de l’Anses et la loi de juin 2026. Certains pays producteurs de blé dur hésitent, craignant des coûts accrus. L’enjeu s’étend au-delà des pâtes, concernant aussi le chocolat, les céréales et les légumes. Une réglementation cohérente éviterait les délocalisations de production, comme pour les colorants artificiels retirés par M&M’s.
Responsabilité collective plutôt que culpabilité individuelle
Le véritable enseignement de l’alerte au cadmium est clair : les consommateurs ne peuvent seuls résoudre un problème structurel. Diversifier les choix alimentaires est inutile face à une contamination généralisée. La loi de juin 2026 et le débat d’août montrent que la France a saisi l’urgence. Il reste à concrétiser ces intentions avec des mesures contraignantes et des sanctions. Comme la condamnation de Temu par Bruxelles, seule la pression réglementaire incite au changement des pratiques économiques. Le cadmium dans les pâtes est un problème de gouvernance, non de consommation.



