À partir du 1er janvier 2027, environ 15 000 Français en situation de handicap verront leur revenu mensuel diminuer de 600 euros. Cette baisse s’explique par l’interdiction définitive de cumuler l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et l’allocation de solidarité spécifique (ASS), deux aides sociales jusque-là cumulables. Pourtant, aucun dispositif d’information officiel n’a été mis en place pour informer les bénéficiaires, qui ont souvent découvert cette situation par hasard sur Internet cet été.
Les allocations concernées : AAH et ASS
L’AAH : un revenu pour les personnes handicapées
L’allocation aux adultes handicapés (AAH) offre un revenu minimum aux personnes ayant un taux d’incapacité d’au moins 80 %, ou compris entre 50 % et 79 % avec une restriction substantielle d’accès à l’emploi. En 2026, l’AAH s’élève à 1 041 euros par mois, un montant inférieur au seuil de pauvreté fixé à 1 337 euros pour une personne seule. Selon la Drees, environ 1,41 million de Français perçoivent actuellement cette allocation.
L’ASS : pour les demandeurs d’emploi en fin de droits
L’allocation de solidarité spécifique (ASS) est destinée aux demandeurs d’emploi ayant épuisé leurs droits à l’assurance chômage. Elle requiert cinq ans d’activité salariée au cours des dix années précédant la fin du dernier emploi. Son montant est d’environ 600 euros par mois. Contrairement à l’AAH, l’ASS permet de valider des trimestres pour la retraite, un atout non négligeable pour les futurs retraités.
La fin du cumul décidée en 2017
Un délai de 10 ans et les bénéficiaires concernés
En 2017, une loi a été votée au Parlement français pour interdire le cumul de l’AAH et de l’ASS. À cette époque, 35 000 personnes bénéficiaient des deux prestations. Un sursis de dix ans a été accordé pour éviter un impact immédiat. Actuellement, seuls 15 000 allocataires cumulent encore ces aides, les autres ayant quitté le dispositif progressivement. À partir du 1er janvier 2027, le cumul sera définitivement interdit.
Les raisons de l’interdiction
Les autorités n’ont pas clairement expliqué les raisons de cette interdiction. Aucune communication officielle n’a accompagné cette mesure. Interrogés par l’association APF France handicap en août 2026, le ministère du Travail et la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) n’ont pas répondu. Le gouvernement renvoie au Parlement et au projet de loi de finances 2027, actuellement en débat. Aucune mesure compensatoire n’est prévue dans les textes actuels.
Conséquences pour les 15 000 allocataires : une perte de 600 euros par mois
Réduction de revenu et conséquences
Les 15 000 allocataires perdront l’ASS, soit environ 600 euros par mois, ce qui représente un tiers de leur revenu. Ils ne conserveront que l’AAH à 1 041 euros. Céline, 52 ans, sans emploi depuis 15 ans, explique à Franceinfo : « Je ne pourrai plus honorer mon loyer de 670 euros sans les charges. J’aurai à peine de quoi faire mes courses. On devrait considérer que 1 041 euros pour vivre avec 30 % de frais supplémentaires liés au handicap, ce n’est pas digne. »
Impact sur la retraite
Au-delà de la perte financière immédiate, la fin de l’ASS prive les bénéficiaires de trimestres de cotisation pour l’Assurance retraite, réduisant leur future pension de base d’au moins 11 %. Pour ceux déjà éloignés du marché du travail, cette situation est particulièrement pénalisante.
Manque de communication officielle : questions en suspens
Le silence des autorités soulève des questions. Aurélie Foucher témoigne : « Personne ne m’a jamais dit que le cumul s’arrêterait fin 2026. Je l’ai appris par hasard sur Internet cet été. » Aucune campagne d’information, aucun courrier personnalisé, aucun accompagnement vers d’autres dispositifs n’ont été mis en place. L’association APF France handicap dénonce ce manque de mesures de transition.
Le débat budgétaire national met en lumière une asymétrie troublante. Bien que les dépenses sociales occupent une place importante dans le budget français, les personnes en situation de handicap voient leurs ressources se réduire drastiquement sans compensation. « J’aimerais pouvoir travailler mais mon état de santé est un frein à l’embauche, explique Aurélie Foucher. La majorité des allocataires de l’AAH ne perçoivent pas l’ASS, mais cela ne justifie pas d’en priver ceux qui la touchent ! »
Cette situation soulève la question de la prise en charge des citoyens les plus vulnérables en France. Alors que certaines catégories professionnelles manifestent pour défendre leurs acquis, les personnes handicapées voient leurs revenus diminuer sans réaction notable. D’ici janvier 2027, 15 000 Français passeront sous le seuil de pauvreté à cause de cette mesure.


