GiFi, enseigne française de décoration fondée en 1981, est en cessation des paiements et dépose le bilan. Comment 513 magasins et 6 000 salariés en sont-ils arrivés là ? Retour sur une bascule informatique catastrophique, des erreurs stratégiques et un marché saturé qui ont précipité la chute.
De la réussite à la débâcle en 45 ans
Lancée par Philippe Ginestet en 1981 à Villeneuve-sur-Lot, GiFi s’est rapidement imposée dans le secteur du bazar discount en France. Sa promesse : proposer des articles de décoration, des loisirs créatifs et des produits saisonniers à bas prix. Pendant quatre décennies, ce modèle a prospéré, avec plus de 500 points de vente et près d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Cependant, dès 2023, des difficultés émergent. En octobre 2026, Sud Ouest rapporte que GiFi ne peut plus régler ses dettes et va déposer le bilan au tribunal de commerce de Toulouse. Un comité social et économique extraordinaire se réunit les 20 et 21 octobre pour informer les salariés.
Chapitre 1 : Le fiasco informatique de 2023
En 2023, GiFi entreprend de migrer vers un nouvel ERP (Enterprise Resource Planning), essentiel pour centraliser les données de l’entreprise telles que les stocks et les commandes. Cette transition, mal préparée, plonge l’enseigne dans le désordre : les stocks sont mal gérés, les commandes s’accumulent, les rayons se vident. « On travaille par cycle », explique Pierre Laffore, délégué syndical CFDT. GiFi ne parvient plus à réapprovisionner ses magasins à temps, et l’image de l’enseigne en souffre. Les pertes s’amplifient, atteignant 100 millions d’euros de déficit en 2025.
Chapitre 2 : Stratégies erronées et isolement
En parallèle du désastre informatique, GiFi tente maladroitement de se positionner sur des produits plus haut de gamme, s’éloignant ainsi de sa clientèle habituelle à la recherche de petits prix. Dans le même temps, Action, arrivé en France depuis 11 ans, compte déjà 900 magasins et 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires. GiFi est également dépassée par la montée en puissance des plateformes chinoises comme Temu et Shein. Incapable de développer une offre en ligne solide, elle se retrouve prise en étau entre Action et les géants du e-commerce.
Chapitre 3 : 2025-2026, l’accélération fatale
En février 2024, face à l’accumulation des pertes, GiFi entre en procédure de conciliation avec ses créanciers. Malgré une injection de 100 millions d’euros par la maison mère, l’arrivée de BNP Paribas et Crédit Agricole au capital à hauteur de 40% en 2025 ne suffit pas à redresser la situation. Le refus des banques de financer 50 millions d’euros supplémentaires précipite GiFi vers la faillite. En 2026, Patrick Puy devient le quatrième président du directoire en moins de deux ans, symbolisant l’instabilité qui minait l’entreprise.
Octobre 2026 : le dépôt de bilan inéluctable
La cessation des paiements signifie que GiFi ne peut plus faire face à ses obligations financières. L’entreprise doit déposer le bilan au tribunal de commerce de Toulouse, ouvrant ainsi une procédure collective : redressement judiciaire ou liquidation. Le redressement, qui gèle les dettes, permettrait aux 6 000 salariés de conserver leur emploi durant l’observation, mais si aucune solution n’est trouvée, la liquidation entraînerait la fermeture des magasins et le licenciement du personnel.
Quelles perspectives pour GiFi ?
De nombreuses questions restent en suspens. Philippe Ginestet tentera-t-il de redresser l’enseigne ? Le siège social de Villeneuve-sur-Lot, employant 600 personnes, pourrait disparaître. Les cartes cadeaux deviendront des créances chirographaires en cas de liquidation, rarement remboursées. Enfin, combien de magasins pourront être sauvés ? Un redressement judiciaire pourrait préserver une partie du réseau, mais les points de vente les moins rentables seront probablement fermés. GiFi, symbole du commerce populaire français, pourrait bientôt voir se clore un chapitre de 45 ans d’histoire commerciale tumultueuse.



