L’A320 d’Airbus devient officiellement l’avion de ligne le plus vendu au monde, a annoncé le GIFAS. En dépassant son concurrent de toujours, le Boeing 737, le constructeur européen franchit un seuil symbolique attendu depuis plusieurs années. Une performance d’autant plus notable qu’elle survient après un retard initial de deux décennies dans l’entrée sur le marché.
L’A320 dépasse le Boeing 737 : les chiffres ne mentent pas
Le basculement a eu lieu de manière précise et documentée. Selon les données publiées par La Dépêche du Midi, l’A320 d’Airbus a atteint 12 151 livraisons cumulées à la fin juillet 2025, contre 12 019 exemplaires pour le 737 de Boeing à la même date.
Ce franchissement de seuil ne date pourtant pas de juillet, mais de décembre 2024, moment où Airbus totalisait 11 813 livraisons, soit 17 de plus que son rival américain (11 796). Une performance qui s’est depuis amplifiée mois après mois :
Mars 2025 : Airbus 11 958 vs Boeing 11 884
Juin 2025 : Airbus 12 097 vs Boeing 11 977
Juillet 2025 : Airbus 12 151 vs Boeing 12 019
Ces données confirment que l’avion monocouloir d’Airbus s’est définitivement imposé comme le leader mondial en termes de vente (par livraisons), mettant fin à des décennies de domination américaine.
Une remontée historique : vingt ans de retard comblés
Le Boeing 737 est entré en service en février 1968, soit 20 ans avant l’A320, mis en exploitation seulement en mars 1988. Ce décalage historique avait permis à l’avionneur américain de prendre une avance considérable dans les livraisons.
Mais Airbus a opéré une accélération industrielle constante, fondée sur la montée en cadence de ses chaînes d’assemblage et le succès commercial croissant des déclinaisons de l’A320 : du petit A318 au long-courrier A321XLR.
Le constructeur européen prévoit désormais d’augmenter encore ses cadences, passant de 50 à 75 avions par mois d’ici 2027, selon les informations de La Dépêche. Boeing, de son côté, vise une production de 42 exemplaires mensuels contre 38 aujourd’hui, sous réserve de validation par la Federal Aviation Administration (FAA).
Derrière les livraisons, des carnets de commandes massifs
En matière de commandes fermes, la firme de Seattle conserve une longueur d’avance. Au 31 juillet 2025, Boeing totalisait 19 952 commandes pour le 737, contre 19 285 pour l’A320, d’après les mêmes sources.
Cependant, le carnet de commandes d’Airbus, bien que légèrement inférieur en volume, reste extrêmement robuste. Il représente plus de 7 100 avions à livrer, soit environ 8 années de production au rythme actuel. Boeing enregistre environ 7 900 avions en attente, soit près de 15 années d’activité théorique.
Ce différentiel illustre un paradoxe : si Airbus a pris la tête sur les livraisons, Boeing reste — pour l’instant — en tête sur le plan commercial global.
Un duel technologique et stratégique au sommet
Le match entre les deux géants ne se joue pas seulement sur les volumes, mais aussi sur les choix industriels. La famille A320neo (New Engine Option) a connu un franc succès grâce à ses performances énergétiques améliorées, ses faibles coûts d’exploitation, et sa flexibilité opérationnelle pour les compagnies.
En face, Boeing a connu plusieurs revers avec la série 737 MAX, notamment en raison des crises de certification sur les modèles MAX 7 et MAX 10. Ces retards ont ralenti les cadences de production et freiné certaines livraisons.
En termes de stratégie, Airbus a aussi bénéficié de sa capacité à anticiper la montée en puissance du marché asiatique, avec des usines implantées en Chine (Tianjin), ce qui facilite les livraisons locales.
Ce que cela signifie pour l’industrie aéronautique mondiale
L’A320 devient plus qu’un best-seller : il s’impose comme le symbole du savoir-faire industriel européen face à la domination historique américaine. Cette évolution reflète aussi un basculement du centre de gravité de l’industrie aérienne vers une production plus diversifiée, plus répartie géographiquement et technologiquement.
L’avenir du secteur aérien se jouera non seulement sur les volumes, mais aussi sur l’innovation, la capacité à répondre aux enjeux environnementaux et à résister aux perturbations géopolitiques.

