La Banque de France a publié le 19 mars 2025 un résultat net négatif de 7,7 milliards d’euros, une première depuis plus de vingt ans. Derrière ce chiffre, la perte opérationnelle colossale de 17,9 milliards d’euros, en partie compensée par 10,1 milliards d’euros prélevés dans le Fonds pour risques généraux (FRG), reflète un contexte monétaire et économique particulier.
Banque de France : Une perte qui n’est pas une réelle surprise
Ce déficit était largement anticipé par les acteurs économiques. Dès 2023, la Banque de France affichait une perte opérationnelle de 12,4 milliards d’euros, totalement compensée à l’époque par ses réserves. Cette année, le déséquilibre entre revenus et charges a été trop important pour être entièrement absorbé. « C’est un chiffre qui n’a pas existé dans l’histoire de la Banque de France, et qui n’existera plus non plus dans l’avenir prévisible. », a déclaré François Villeroy de Galhau, lors de la conférence de presse le 19 mars 2025.
Cette perte ne résulte ni d’une mauvaise gestion des actifs de la Banque de France, ni d’un événement exceptionnel imprévu. Elle est principalement liée à l’évolution des taux d’intérêt décidée par la Banque centrale européenne (BCE) dans un contexte de lutte contre l’inflation.
- Une accumulation d’actifs à faible rendement
- Entre 2015 et 2021, la Banque de France, comme d’autres banques centrales de la zone euro, a accumulé des obligations souveraines et privées à taux très bas (autour de 0,7 % en moyenne) dans le cadre du programme d’achats d’actifs de la BCE.
- Ces titres, conservés au bilan, continuent de générer des revenus modestes, bien en deçà des taux actuels du marché.
- Une hausse rapide des taux directeurs depuis 2022
- Face à l’inflation, la BCE a remonté ses taux jusqu’à 4 %, augmentant le coût de la rémunération des dépôts bancaires placés auprès de la Banque de France.
- L’écart croissant entre les rendements des actifs et le coût des passifs a généré un déficit structurel, creusant progressivement les pertes.
La crise des banques centrales est généralisée en Europe
Ce phénomène ne concerne pas uniquement la Banque de France. La Bundesbank allemande a annoncé une perte historique de 19,2 milliards d’euros en 2024, tandis que la BCE elle-même affiche un déficit de 7,94 milliards d’euros. La structure des bilans des banques centrales européennes, héritée des politiques monétaires ultra-accommodantes des années 2010, les expose à des pertes temporaires dans la phase actuelle de normalisation.
Malgré cette perte historique, la Banque de France se veut rassurante sur la solidité de sa position financière. Aucune recapitalisation par l’État n’est envisagée, et les projections indiquent un retour progressif à l’équilibre dans les prochaines années.
- Des fonds propres robustes : Avec des capitaux nets et des plus-values latentes estimés à 202,7 milliards d’euros, l’institution conserve une marge de manœuvre confortable.
- Un amortissement des pertes sur plusieurs exercices : La perte nette de 7,7 milliards d’euros est inscrite en report, ce qui permet de lisser son impact comptable sur plusieurs années et d’attendre un retour aux bénéfices.
- Une amélioration attendue en 2025 et 2026 : Avec la baisse anticipée des taux directeurs de la BCE, la charge de rémunération des dépôts bancaires devrait diminuer, réduisant ainsi l’impact du déséquilibre bilan.
François Villeroy de Galhau insiste sur cet ajustement progressif, affirmant que les pertes additionnelles seront limitées à l’avenir et que la Banque de France pourrait renouer avec les bénéfices dans un « nombre limité d’années ».
L’enjeu pour les années à venir sera de trouver un équilibre entre stabilité financière et maintien de l’indépendance monétaire, afin d’éviter que ces pertes ne deviennent une source de pression politique sur la BCE et ses membres.
Les banques centrales restent-elles en mesure d’absorber ces ajustements sans intervention extérieure ? Cette question pourrait bien dominer le débat économique dans les prochains mois.


