Un budget placé sous le signe du redressement financier
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 s’inscrit dans la continuité du budget général présenté par Bercy : retour à la rigueur et priorité donnée à la soutenabilité. Après une dérive marquée par la pandémie et la crise énergétique, le gouvernement veut reprendre la main sur la trajectoire financière de la protection sociale.
L’enjeu est colossal : le déficit cumulé de la Sécurité sociale devrait atteindre 23 milliards d’euros en 2025, contre 15,3 milliards l’an passé. L’objectif est désormais clair : ramener ce solde à 17,4 milliards en 2026, avant un retour progressif à l’équilibre en 2029. Le ministre du Budget, Thomas Cazenave, parle d’un “effort de responsabilité collective” destiné à “sauvegarder un modèle social unique au monde”.
Pour y parvenir, l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM) – le cœur du budget de santé – ne progressera que de 1,6 % l’an prochain, contre 3,4 % en 2025. Autrement dit, la dépense continuera d’augmenter, mais deux fois moins vite. Le gouvernement assume cette inflexion : il s’agit de “ralentir la dépense, pas de la couper”.
Santé, retraites et prestations sociales : les axes de la rigueur
La branche maladie concentre l’essentiel de l’effort. La Caisse nationale d’assurance maladie devra dégager près de 3,9 milliards d’euros d’économies en 2026, via un meilleur ciblage des prescriptions, des négociations sur les prix des médicaments et une refonte des affections de longue durée (ALD). Ces dernières, aujourd’hui remboursées à 100 %, font l’objet d’un réexamen. François Bayrou, Haut-commissaire au Plan, a évoqué “une actualisation nécessaire du périmètre”.
L’exécutif entend également agir sur les prestations sociales : le gel temporaire des pensions de retraite et des allocations familiales devrait rapporter environ 3,7 milliards d’euros. La mesure est politiquement sensible, mais présentée comme un levier d’ajustement conjoncturel. En parallèle, les franchises médicales sur les consultations et médicaments pourraient être relevées, générant 800 millions d’euros de recettes supplémentaires.
Côté recettes, l’État prévoit une hausse mécanique de 16 milliards d’euros, liée à la progression de la masse salariale et à la lutte contre la fraude sociale. Le gouvernement promet par ailleurs de renforcer les échanges de données entre administrations, un outil jugé essentiel pour récupérer plusieurs milliards d’euros d’ici 2027.
Les tensions autour du financement hospitalier
L’un des points les plus sensibles du budget concerne le financement de l’hôpital public. Le sous-objectif de l’ONDAM hospitalier ne progressera que de 2,4 %, un niveau jugé insuffisant par la Fédération hospitalière de France (FHF), qui y voit “un risque de sous-financement structurel”. Entre inflation persistante, hausse des coûts de l’énergie et pénurie de personnel, les établissements craignent un nouveau recul de leur capacité d’investissement.
Le gouvernement rétorque qu’un Fonds d’investissement santé, doté de 2 milliards d’euros sur trois ans, viendra soutenir la modernisation des équipements. Mais pour les acteurs du secteur, cette enveloppe ponctuelle ne compense pas le ralentissement global de la dépense. Les syndicats hospitaliers redoutent une pression accrue sur les services d’urgence et sur les personnels déjà épuisés.
Une équation économique et politique délicate
Pour l’exécutif, ce budget est un test de crédibilité économique. L’objectif est double : rassurer Bruxelles sur la trajectoire des finances publiques et contenir la progression de la dette sociale, désormais reprise par la CADES jusqu’en 2033. Chaque point d’écart dans l’évolution de l’ONDAM représente environ 2,5 milliards d’euros de dépenses supplémentaires : un dérapage que Bercy ne veut plus tolérer.
Mais la stratégie n’est pas sans risques. En période de croissance atone (+0,7 % attendue en 2025) et d’inflation encore proche de 2,5 %, l’effort demandé aux ménages et aux hôpitaux pourrait peser sur la demande intérieure et sur le climat social. Les syndicats parlent déjà d’un “budget d’austérité déguisé”. Les associations de patients redoutent une montée des renoncements aux soins.



