Le géant français de la défense navale signe un retour stratégique au premier plan international. Avec deux contrats attribués par la marine brésilienne, Naval Group entérine un partenariat industriel de long terme sur un programme aussi sensible qu’ambitieux : la construction du tout premier sous-marin à propulsion nucléaire d’Amérique latine.
Une percée de Naval Group au cœur du programme nucléaire brésilien
Le 2 septembre 2025, la marine brésilienne a officiellement notifié deux nouveaux contrats à Naval Group dans le cadre du programme ProSub, selon une publication au Journal Officiel brésilien. Ce programme, initié en 2008, vise à doter le Brésil de capacités sous-marines stratégiques, incluant un bâtiment à propulsion nucléaire.
Le constructeur naval français s’est vu confier la réalisation de prestations majeures dans ce projet. Le premier contrat, d’un montant de 282 millions d’euros, s’étendra sur 54 mois. Il couvre la fourniture de services techniques relatifs à l’intégration de systèmes additionnels à bord du futur sous-marin nucléaire Álvaro Alberto, à l’exception du cœur nucléaire conçu localement. Le second contrat, estimé à 246,3 millions d’euros, porte sur des travaux d’ingénierie électromécanique dans le cadre du développement de la centrale de puissance auxiliaire testée au centre expérimental LABGENE.
Au total, l’engagement contractuel s’élève à 528,4 millions d’euros, consolidant la présence industrielle de Naval Group au Brésil dans un secteur technologique ultra-sensible.
Un retour en force pour Naval Group après des revers en série
Ce double succès intervient dans un contexte de turbulences commerciales pour Naval Group. Après avoir essuyé plusieurs échecs à l’export, notamment au Canada (programme de sous-marins) et en Norvège (frégates), le chantier naval français trouve au Brésil un terrain de reconquête. Comme le rapporte La Tribune le 2 septembre 2025 :
« C’est un contrat qui ne va pas remplacer la perte des deux compétitions majeures au Canada (sous-marins) et en Norvège (frégates), mais c’est une commande qui permet à Naval Group de rester très présent au Brésil. », indique La Tribune
Cette coopération stratégique, amorcée dès 2009, a déjà permis la mise à flot de plusieurs sous-marins Scorpène assemblés à Itaguaí, dans l’État de Rio de Janeiro. Le nouvel accord confirme une orientation industrielle vers le transfert de compétences et l’appropriation progressive des technologies de pointe par la marine brésilienne.
Transfert technologique, souveraineté et diplomatie industrielle
Au-delà des chiffres, ce contrat est le reflet d’un partenariat politique fort entre la France et le Brésil. Dès mars 2024, à l’occasion de la visite officielle de Luiz Inácio Lula da Silva à Paris, Emmanuel Macron affirmait :
« Je souhaite que nous ouvrions le chapitre pour de nouveaux sous-marins, le quatrième, le cinquième, mais […] que nous regardions en face la propulsion nucléaire en étant parfaitement respectueux de tous les engagements les plus rigoureux de non-prolifération. […] Ce cadre existe, est possible. Vous le voulez. La France sera à vos côtés. », discours d’Emmanuel Macron, 27 mars 2024
Cette déclaration s’inscrit dans une diplomatie de défense assumée, où l’exportation de technologies stratégiques devient un levier d’influence. Le projet Álvaro Alberto cristallise cette volonté de coproduction et de codéveloppement, dans un format qui échappe à la logique unilatérale des contrats classiques d’armement.
Cap sur la propulsion nucléaire : une ambition technique partagée
Le partenariat signé ne couvre pas la chaufferie nucléaire du sous-marin, qui reste une technologie souveraine brésilienne, conçue par le CNEN (Comissão Nacional de Energia Nuclear). En revanche, Naval Group fournit un accompagnement complet sur l’intégration des systèmes, la gestion de l’énergie et les interfaces complexes du bâtiment.
L’une des spécificités de ce projet réside dans l’implication de LABGENE, le laboratoire de génération nucléaire, où sera testée la centrale de propulsion à terre. C’est dans ce centre que s’appliqueront les prestations du second contrat, validant la maturité des installations avant toute embarcation.
Un nouvel horizon stratégique pour Naval Group
À l’heure où les tensions géopolitiques stimulent la course aux équipements navals avancés, ce contrat confère à Naval Group une visibilité industrielle de moyen terme. Il préfigure aussi, selon plusieurs sources, un possible appel d’offres futur pour un second sous-marin nucléaire brésilien. Une dynamique que Paris et Brasília semblent enclins à poursuivre, sur fond de convergence diplomatique et de confiance mutuelle.


