La révision à la baisse de la prévision de croissance française pour l’année 2025, annoncée par le ministère de l’Économie le 9 avril, s’inscrit dans un contexte de dégradation de l’environnement international et de volatilité accrue sur les marchés. Initialement estimée à 0,9 %, la croissance attendue est désormais ramenée à 0,7 %.
Baisse de la croissance : un ajustement cohérent avec les indicateurs avancés
La nouvelle prévision gouvernementale s’aligne sur la fourchette anticipée par plusieurs institutions nationales. La Banque de France, dans sa note de conjoncture publiée le 9 avril, a légèrement relevé sa projection pour le premier trimestre 2025 à +0,2 %, mais maintient une estimation prudente de 0,7 % de croissance annuelle, en raison des signaux contradictoires sur le front de l’activité et de la demande.
L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) adopte quant à lui une approche plus pessimiste. Dans son scénario publié le 9 avril, il table sur 0,5 % de croissance, en soulignant le double effet des pressions externes (notamment les mesures tarifaires américaines) et des incertitudes politiques internes, telles que l’instabilité gouvernementale récente. Selon l’OFCE, ces facteurs combinés représenteraient une perte potentielle de 0,6 point de produit intérieur brut (PIB).
Facteurs de révision : commerce international et environnement politique
L’élément déclencheur de cette révision réside dans la guerre commerciale relancée début avril par les États-Unis, avec des annonces de surtaxes ciblées de la part de l’administration Trump. Si une suspension temporaire de 90 jours a été décidée pour la majorité des partenaires commerciaux, la Chine reste soumise à des surtaxes de 125 %, et les chaînes d’approvisionnement globales en subissent les conséquences indirectes. L’économie française, en particulier son secteur exportateur, demeure vulnérable aux effets de contagion.
Par ailleurs, la perspective d’un ralentissement de la demande mondiale, couplée à un durcissement des conditions financières sur certains segments du marché, contribue à alimenter la prudence des prévisionnistes. Le gouvernement affirme toutefois que la trajectoire budgétaire ne sera pas modifiée en réponse à cette révision. Comme l’a déclaré le ministre de l’Économie Éric Lombard sur TF1, « même s’il y a moins de croissance, nous n’augmenterons pas les impôts en 2025 », affirmant la volonté de respecter le cadrage adopté par le Parlement.
Alerte sur les finances publiques
Le Rapport économique, social et financier annexé au Projet de loi de finances pour 2025, publié par la Direction générale du Trésor à l’automne 2024, tablait encore sur une croissance de 1,1 % pour 2025. Cette prévision reposait sur une reprise graduelle de la consommation des ménages, soutenue par la désinflation (prévue à 1,8 % en moyenne en 2025) et l’assouplissement attendu des conditions monétaires.
En l’état actuel, cet objectif apparaît désormais hors de portée, même si la trajectoire budgétaire reste inchangée. Le gouvernement maintient son objectif de déficit public à –5,0 % du PIB, contre –6,1 % en 2024, avec un effort budgétaire évalué à 60 milliards d’euros sur deux ans. Le maintien de ce cap dépendra en partie de la capacité à éviter une dégradation des recettes fiscales liée à la décélération de l’activité.
Sur le marché du travail, les prévisions s’assombrissent également. L’OFCE anticipe une hausse du taux de chômage à 8,5 % d’ici fin 2026, accompagnée de la suppression nette de 190 000 emplois.
L’attention se portera désormais sur les réunions du G7 prévues le 22 avril, au cours desquelles les autorités françaises espèrent obtenir davantage de clarté sur l’orientation de la politique commerciale américaine. D’ici là, le maintien du cap reposera largement sur la capacité de résistance des agents économiques à une croissance plus faible, mais encore positive.



